Connaissez-vous le BRAC ?

Tout le monde connaît la Grameen Bank créée par Muhammad Yunus, prix Nobel de la Paix 2006, le promoteur du micro-crédit, mais connaissez-vous le BRAC, fondé par un autre citoyen du Bangladesh, Fazle Hasan Abed qui vient de recevoir le premier prix Wise pour l’éducation ?

Fazle Hasan Abed

BRAC est l’acronyme de Bangladesh Rural Advancement Committee, non seulement une ONG, mais sans doute la plus grande entreprise sociale du monde, présente dans dix pays avec plus de soixante mille employés et autant de bénévoles.

Fazle Hasan Abed était en 1971 directeur financier chez Shell, au moment de la guerre d’indépendance du Bangladesh contre le Pakistan. Bouleversé par la détresse de milliers de réfugiés, il quitte son poste pour se consacrer à son pays et crée le Comité d’Aide à la Réhabilitation du Bangladesh, première dénomination du BRAC. Au bout de deux ans, devant l’ampleur de la tâche à entreprendre, Fazle Hasan Abed décide de se consacrer entièrement au BRAC.

Ce directeur financier anti-conformiste, inspiré par la lecture de Frantz Fanon, Paulo Freire et Ivan Illitch, va engager un combat déterminé sur tous les fronts de la pauvreté. Il explique : vous ne pouvez pas vous contenter de prêter de l’argent. Il vous faut aussi vous assurer que les mères maîtrisent les règles élémentaires d’hygiène pour protéger leurs enfants des maladies et de la déshydratation. Ensuite, il faut instruire ces enfants, puis leur donner accès à l’enseignement supérieur ( Le Monde, 3 novembre 2011)

Pour soutenir cette action multi-disciplinaire, Fazle Hasan Abed a fait du BRAC une entreprise sociale, autosuffisante à plus de 70%. Le BRAC développe une stratégie globale, qui va de campagnes de prévention sanitaire aux plantations agricoles. C’est aussi un puissant organisme de micro-crédit avec 1 milliard de dollars de prêts à plus de 8 millions d’emprunteurs dans le seul Bangladesh. L’organisation gère un budget de 495 millions de dollars et 110 millions de personnes bénéficient de ses actions, non seulement au Bangladesh, mais aussi au Sri-Lanka, en Afghanistan, au Pakistan, au Libéria, au Sierra-Leone, en Haïti, au Sud-Soudan, en Tanzanie et en Ouganda. Bref dans les pays les plus pauvres du monde.

Le BRAC mène aussi une action impressionnante dans le domaine de l’éducation, de l’impression des manuels scolaires à la construction d’écoles maternelles et primaires. Il vient même de créer une université. C’est pour cette action que le BRAC vient de recevoir le premier prix Wise pour l’éducation. Nous reviendrons plus tard sur Wise, le sommet mondial pour l’innovation dans l’éducation, une initiative du Qatar.

Pour l’instant essayons de tirer quelques leçons de l’aventure du BRAC :

  • D’abord il faut noter que les pays du Sud sont désormais capables de lancer des initiatives puissantes qui changent la donne dans le domaine de l’aide au développement : le Sud aide le Sud !
  • Ensuite, au moment où les traders et autres équilibristes de la finance mondiale mettent le monde en péril, on devrait suggérer à quelques-uns d’entre eux de suivre l’exemple de Fazle Hasan Abed. Après tout, c’est sans doute plus épanouissant de créer une organisation comme le BRAC plutôt que de perdre son temps à jouer aux jeux électroniques de la finance mondiale ! Une demi-douzaine de nouvelles BRAC, cela ne ferait pas de mal au monde actuel !
  • Enfin, lançons un message à tous les jeunes diplômés des écoles d’ingénieurs et de commerce : avez-vous pensé à vous “éclater” sur le train de l’économie sociale, plutôt que de chercher un poste dans le “business” ordinaire ? Dans la crise économique actuelle, l’économie sociale et solidaire se porte bien. Elle emploie plus de 11 millions de salariés en Europe. N’est-ce pas l’alternative à développer face au monde déshumanisé et prédateur du grand capitalisme ?

Pour en savoir plus, visitez: http://www.brac.net/

Dominique Bénard

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