La relation entre les paysans, les techniciens de l’Etat et les centres de recherche

Dans sa relation avec l’administration, représentée ici par le Centre Régional de Production Agricole, une Union paysanne a du mal à s’imposer

Source : entretien de Christophe Vadon avec Pierre Bicaba. 16 juillet 1998.

Pierre Bicaba, président de l’Union Provinciale des Producteurs de coton  et  de  céréales du Mouhoun : 

L’appui doit dépendre des besoins de chacun

« Il n’y a pas  d’évolution. Nous sommes en 1998 et il y a toujours des rencontres avec le CRPA (Centre Régional de Production Agricole) pour information et une collaboration si nous avons  besoin  de techniciens. Jusqu’à présent (1997) ils nous obligeaient à suivre le programme  national, mais  cela  va changer, car faire telle ou telle chose, c’est  une volonté de l’individu, de chaque paysan. L’appui doit dépendre des besoins  de chacun. 

Besoin d’information

Il n’y a pas d’information. Les gens  ne  sont pas  informés des changements. Pour les variétés par exemple,  les découvertes  se font chez les voisins ou pendant les voyages.  Par exemple pour les variétés de maïs, mes voisins ont vu que mon maïs a  bien  donné et qu’il n’était pas de la région. J’ai un rôle  de diffusion  des  informations. Nous  savons  qu’il  n’y  a  rien  à attendre  d’un agent du  CRPA  en  matière d’information.  Avec  la  nouvelle formule, il faudra le payer pour qu’il vienne sur le terrain.

Collaboration avec la recherche

Nous sommes entrés directement en contact avec la recherche, pour  voir s’il y avait une possibilité de collaboration.  Comme cela, s’il y a une sortie d’une nouvelle variété, on sera informé. Les nouvelles variétés sont un risque. Si l’on essaie et que ça ne marche  pas, c’est le paysan qui perd. Mais avec l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique), on  a  la possibilité d’être informé, de faire des tests. On est en train de faire  cette démarche. Ils veulent qu’on les paie, qu’on fasse  un contrat,  peut-être qu’il faudra une négociation avec un  bailleur pour cela !

Personnellement, pour mon information, je lis beaucoup.  J’ai  des abonnements à des revues spécialisées. J’ai une grande curiosité : je vais demander. Par exemple, ma nouvelle variété de maïs est une ancienne  variété  oubliée ou dont on a oublié  de  renouveler  la semence au bout de deux ans. En tant que leader, on essaie  d’être à la pointe de la production, même si c’est sur une petite surface. Il faut  montrer l’exemple. J’ai fait des rendements doubles de coton par  rapport  à ce que les services d’encadrement demandaient.  Et cela, les paysans l’observent. Certains sont venus me demander  si je  connaissais d’autres produits ou semences qu’on pouvait  payer en  dehors  de  ceux (toujours les mêmes) que les services d’encadrement nous  amenaient.  On ne fait pas plus d’une  tonne  avec  les produits  que  la  SOFITEC (société para-publique qui achète et transforme le coton) veut mettre en  vulgarisation  l’année prochaine.  Les gens savent que ça ne marchera pas car  ils  l’ont déjà  vu.

Les responsabilités d’un leader

Nous faisons de l’animation et de la diffusion  sur  nos exploitations. Cela nous donne de la force quand les gens  veulent nous critiquer. On est venu me confier des produits en essai.  Les gens, quand ils l’ont appris, sont venus suivre avec moi pour voir les  résultats.  A tout moment, les gens défilent ici  pour  leurs problèmes  de  produits,  d’engrais, pour  chercher  à  comprendre pourquoi   quelqu’un  qui  travaille  comme  eux  a  de  meilleurs rendements. Un leader a deux responsabilités, en tant  que  membre élu  (comme  négociateur)  et en tant que  producteur  (comme  bon exemple   d’exploitation).  J’étais  le  premier  dans tout le département  à  utiliser l’herbicide. Ils (les techniciens)  m’ont traité de paresseux. Ils avaient quand même un raisonnement qui se défendait : l’herbe sert d’engrais quand elle pourrit!

L’encadrement est vraiment rigide

Nous n’avons pas de formateur dans notre union (l’UPPM) pour diffuser la technique. Il y a l’encadrement du CRPA et celui de la SOFITEC (coton). Chacun des deux a son encadrement. Le correspondant coton vous dit comment il faut faire. Quand vous essayez de sortir du cadre, il te dit : « c’est comme ça que tu dois faire ». Je refuse parfois. Quand j’ai essayé de faire comprendre que, pour le coton, les paysans du Mouhoun n’avaient plus rien à apprendre, sauf pour les nouvelles variétés et les essais, ils ont dit que j’étais un rebelle en train de monter (contre eux) les paysans de la région. L’encadrement est vraiment rigide ».

Commentaire : La façon post-coloniale dont est encore conçu l’encadrement (en 1997 …) est un handicap pour le progrès des exploitations paysannes. Un paysan productif n’est-il pas d’abord quelqu’un qui essaie chaque saison de tirer parti de tel champ et de tel autre grâce à une spéculation et une façon de faire adaptés par la méthode essai/erreur ? Alors les « Tu dois … » des encadreurs quand seront-ils définitivement exclus sinon au moment où les paysans les chasseront de leurs champs ; mais l’Etat les protège sinon même les incite à être directifs.

 

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