« La voix du paysan », la radio communautaires des groupes Naam

Visualisez et écoutez l’interview, par Bernard Lecomte, d’Adama Sougouri, Directeur de la Voix du Paysan, la radio communautaire des groupes Naam du Burkina Faso, un nouveau type de blogue vidéo que vous propose le GRAD.

Adama Sougouri explique le rôle social et économique joué par les radios communautaires et pourquoi les ONG de développement devraient plus souvent engager des partenariats fructueux avec elles.

Visualisez la suite de cette interview sur VideoGRAD

 

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« Saison sèche, saison sûre », au Yatenga (Burkina Faso)

YatengaBL : On entend désormais parler de votre région comme « Le Yatenga vert ». Pourquoi , alors qu’elle est située au Nord du Burkina Faso tout près du Sahel ?

A cette question, Adama Sougouri, journaliste depuis 15 ans de la radio de Ouahigouya, me répond ceci  (1) le 10 octobre 2013 :

AS : Les initiatives locales de reverdissement de la nature se sont développées ces dernières années. Des associations locales avec l’appui d’ONG internationales organisent chaque année des campagnes de reboisement avec un accent mis sur la protection des plants. A cela s’ajoute l’utilisation des nouvelles méthodes culturales pendant l’hivernage. La pluie ne tombe plus en grande  quantité comme par le passé. Donc, la solution est d’adopter des méthodes culturales comme le zaï, les demi-lunes, les cordons pierreux. Actuellement, un peu partout  dans le Yatenga et même dans le Nord,  si vous arrivez dans le champ d’un  paysan qui a réussi, où le mil a très bien donné, c’est quelqu’un qui a utilisé ces paquets  technologiques.

Mais, depuis 5 années, on observe un décalage de la saison dite d’hivernage. Elle ne démarre plus  fin juin, ou début juin comme avant. Maintenant, il faut  attendre la mi-juillet pour avoir les premières  vraies pluies ; et les pluies du début du mois d’aout qu’on connaissait  avant vont intervenir vers la mi-aout ou fin-aout. Il y a un décalage. Et parfois, il ne pleut pas jusqu’en début septembre. Le mois d’août peut être sec.

Cependant, ceux qui appliquent  les techniques de préparation des sols, même s’il ne pleut pas bien, au moins, eux, récoltent. Et ceux qui ne les utilisent pas se justifient en disant que pour faire le zaï,« il faut des bras valides, il faut  de la force ». Seuls ceux qui  ont des enfants assez solides ou des moyens pour se payer de la main-d’œuvre arrivent à préparer correctement leurs champs avant que n’arrive l’hivernage.    

BL : Et le maraichage ?

AS : Le maraichage, c’est vraiment le « boum» dans la région ! Désormais on entend même ceci : « comme  la pluviométrie n’est plus contrôlable, on ne peut jamais être sûr de la saison  des pluies, mais ce dont on peut être sûr, par contre, c’est de la saison sèche ! » Vous voyez comme les choses ont un peu changé en quelques 30 ans !! Quand ceux qui ont commencé à s’investir dans les activités  de saison sèche, en produisant des salades, des choux, de la pomme de terre, à la limite  ils ont été vus comme des gens qui produisaient  des spéculations de Blanc : « la salade, c’est pour le Blanc, le chou c’est pour le Blanc  et je ne suis pas un mouton, je ne suis pas un animal, pour manger la salade ! », entendaient les promoteurs !

Aujourd’hui, les gens se bousculent pour avoir des parcelles un peu plus humides que les autres, et pouvoir les exploiter au début de la saison sèche. Si ce n’est pas dans un bas-fond ou au bord d’un barrage, ou s’il n’y pas un puits avec de l’eau qui peut durer longtemps, c’est difficile de faire la culture maraichère.

BL : Tout un chacun qui peut le faire le fait ?

AS : Je vous assure qu’actuellement, autour des barrages, si vous voulez 100 m2 pour faire quelque chose, vous risquez de ne pas les avoir, parce que tous les jeunes qui se sont intéressés à cette exploitation  sont devenus millionnaires aujourd’hui.

BL : Et ils sont devenus… âgés !!

AS : Oui, ceux qui ont démarré l’activité sont âgés aujourd’hui, mais ils ont su assurer la relève. Ils sont les propriétaires terriens de ces surfaces car ils ont travaillé à les aménager, et à permettre la culture  de spéculations nouvelles. Et aujourd’hui, il y a tout, toute la gamme de produits de la saison sèche, devenue la « contre saison » : si vous arrivez  à Noël, chez nous,  partout c’est la pomme de terre frite qu’on mange pour la fête, et même les jours ordinaires !  Et cette pomme de terre ne suffit pas car  des commerçants des pays côtiers, comme le Togo,  viennent en acheter avec leurs camions pendant la période de récolte.

Donc,  celui qui a pu conquérir  un espace et l’aménager, il est sauvé, il est riche, il est « bon ».

BL :  Cela a-t’il bloqué l’émigration  vers le Sud et la Côte d’Ivoire?

AS : On peut dire « ralentir » mais cela n’a  pas bloqué car il n’y a pas assez de surfaces humides pour tout le monde.

BL : L’Etat a t’il entrepris la construction de nouveaux barrages ?

AS : Justement, autour d’un grand barrage en construction, le barrage de Guitti, un périmètre  permettra aux paysans de produire. Mais une fois  ce périmètre aménagé, qui va avoir le droit de le cultiver ? Est- ce que les femmes vont avoir des parcelles ? Est-ce que les jeunes vont avoir des parcelles ?  

BL : Est- ce que des villages réclament de construire des micro-barrages ?

AS : Oui, ça, il y en a ! Car des villages -où il n’y en a pas- en demandent et des villages -où il y en a déjà- demandent à ce  qu’on les multiplie ou qu’on les agrandisse. Et même autour  des  micro-barrages, ce n’est pas facile de faire du maraichage, car on n’est pas sûr que l’eau pourra durer suffisamment longtemps, jusqu’en mars. Mais ne serait-ce que pour les animaux, c’est très important.

BL : Y a t’il une politique de construction et d’aménagement pour utiliser la saison sèche ?

AS : Non, je ne pense pas. Des efforts sont faits, mais pour pouvoir atteindre tous les villages c’est difficile. La phrase qui revient toujours, est : «  il n’y a pas assez de moyens ». Nous ne sommes plus dans les années 1970/1990 quand l’association  Six S aidait les groupements Naam à aménager les pentes.

Le lendemain de cet entretien, Adama Sougouri m’interroge, à son tour :

AS : Six S (2) a bien été créée en 1977, c’est à dire 3 ans après la grande sècheresse, par Ledea et vous ?

BL : Oui, mais l’idée était plus ancienne. Nous admirions l’énergie et les capacités de débrouillardise des familles, malgré l’absence des hommes adultes, et nous cherchions comment permettre aux jeunes et aux femmes de s’équiper en réalisant des activités collectives de saison sèche.

Quand Lédéa Bernard Ouedraogo et moi avons  présenté une communication (3), émettant des hypothèses de façons de faire, lors d’une conférence organisée par l’ENDA à Accra en 1975,  notre idée d’agir en saison sèche avait  fait peu d’effets chez les participants ! Pendant deux années, nous avons organisé et peu à peu réussi à faire financer un « fonds souple ». Pourquoi vouloir agir grâce un fonds-non-affecté-d’avance et non par un projet ou un programme ? Pour qu’un groupement de jeunes ou de femmes puisse avoir un peu d’argent en début de saison sèche sans qu’il ait besoin ni de dire, encore moins d’écrire, ce qu’il allait en faire. Car qui est capable de dire -quand il y a eu sécheresse pendant deux ans- comment les gens vont se débrouiller, vont agir ? Certains feront ci, d’autres feront ça, l’un partira là-bas, l’autre partira ici, le troisième va faire un bout de champ ou tenter un jardin. Nous étions partisans de laisser les gens essayer, de laisser leurs propres pensées se réaliser. Les seules conditions étaient : « faire cela ensemble et durant la saison sèche,» une saison relativement inoccupée et intéressant peu les « grand-quelqu’uns », les administrations et les agences d’aide publique.

AS : Et pourquoi ont-ils été si nombreux à commencer par faire des jardins ?

Ceci est un effet des premiers « chantiers-écoles ». L’idée était la suivante : « ne formons pas les jeunes pour ensuite qu’ils aillent en Côte d’Ivoire, formons les jeunes  pour qu’ils puissent contribuer de suite à nourrir leur famille et à gagner de l’argent ». Un maraîcher de Ouahigouya a été le troisième homme-clef de Six-S. Il cultivait les légumes pour les pères et les soeurs de la mission catholique et un petit hôtel. Lédéa a dit aux jeunes: « Venez aux mois de décembre, janvier et février, vous passez trois semaines avec lui. Vous apprenez à cultiver des légumes, vous apprenez à entourer un petit jardin avec du fil de fer, et quand vous partez, vous emportez vos semences et du fil de fer!. » Le succés a été immédiat et, passée la période d’apprentissage des diverses recettes de cuisine des pommes de terre et de la salade, la réussite est venue des femmes.

AS : Mais comment ont été financés les grands aménagements ?

BL : Il n’y a pas eu de grands aménagements ! Par contre, en mettant des petites sommes, chaque saison sèche, dans 30, 40 ou 50 endroits à la fois, beaucoup de choses ont été réalisées pour aménager les pentes, implanter des boulis et des mini-barrages, etc. Et puis, Lédéa a coopéré avec les techniciens d’OXFAM, une ONG qui avait un bon programme de restauration des sols. Et ainsi, au Yatenga, l’argent souple de SIX-S, l’organisation disciplinée des groupements Naam et OXFAM, par sa technicité, ce trio a fait merveille!

AS : L’argent de Six S, c’était des prêts ou des dons ?

Les deux. Cependant, dès que tu dis qu’il faut rembourser, tu te prives de créer  des zayes ou des diguettes ; ceux-ci  ne sont pas faisables par des prêts sauf des prêts à long terme et à trés faibles taux d’intérèt. Car un kilomètre de diguette représente des journées  de vivres  PAM pour les travailleurs et heures de camions.  Si tu parcours la Haute Savoie, tu vas voir des kilomètres de murettes réalisées par les paysans durant des siècles. La différence est qu’ici il pleut ; tu peux mettre des vignes, tu peux mettre du blé, etc. Au Yatenga, tu fais ton investissement et, s’il ne pleut pas l’année suivante, tu manges quoi ? Quand on veut appuyer des familles  vivant dans des conditions si difficiles, il faut pouvoir combiner les deux, le don et le prêt. Mais utiliser les deux en même temps, comme nous l’avons fait avec le fonds Six S pour des jeunes associations paysannes de niveaux d’expérience variables, était plutot trop optimiste. Car, une fois présente, la pente « dons » est difficile à remonter…

AS : Quels autres raisons ont contribué au succès au Yatenga?

Beaucoup de choses et beaucoup d’autres acteurs que Six S !

Mais aussi, parce que cela a duré 15 ans! Fournir du financement pendant assez longtemps est capital. Enfin, Six S donnait au groupement  le pouvoir de choisir quelle action mener. Quand tu agis ainsi, rapidement l’action peut se reproduire puisqu’elle est née dans la tête des gens. Si elle se reproduit, elle attire d’autres, et si elle attire d’autres, cela peut atteindre une taille suffisante pour tout changer. Comme, par exemple, passer en 30 ans d’une saison sèche/saison morte à une saison sèche/saison sûre !

10 et 11 octobre 2013

  • (1) Entretiens entre Adama Sougouri et Bernard Lecomte, à Bonneville, les octobre 2013
  • (2) Sis S = Se Servir de la Saison Sèche en Savane et au Sahel, association internationale.
  • (3) Lecomte Bernard, Ouedraogo Lédéa Bernard, « Comment permettre aux jeunes et aux femmes de s’équiper en réalisant des activités collectives de saison sèche, » ENDA-Dakar, Conférence d’ Accra, 1975.
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Des paysans et leurs Etats aux prises avec des entreprises minières

Exploitation minièreDans la récente publication du GRAD-S (1), les auteures citent la firme de négoce Glencore pour les effets de son activité spéculative sur l’augmentation des prix des céréales entre 2008 et 2010. Cette multinationale est décrite dans une étude remarquable des chercheurs de l’association suisse « Déclaration de Berne » et ses activités comme ses déboires sont publiées dans un bulletin financier hebdomadaire genevois :

  • Le géant des matières premières et des mines Glencore Xstrata, basé à Baar, dans le canton suisse de Zoug, a annoncé, le 14 juin, avoir obtenu une facilité de crédit renouvelable de 17,34 milliards US$
  • Glencore Xstrata soumissionne pour acquérir les actifs de minerai de fer de Rio Tinto, au Canada
  • La police des marchés italienne a ouvert une enquête sur les pratiques d’évasion fiscale d’une filiale italienne de Glencore Xstrata , la société Portovesme
  • Plusieurs milliardaires australiens, dont Ivan Glasenberg, patron de Glencore, voient leur fortune fondre sous l’effet de la baisse des cours du minerai de fer. » (3).

De notre côté, à Bonneville, à Dakar et à Tunis, nous avons écouté et enregistré trois récits qui concernent les implantations au Burkina Faso, au Mali et au Sénégal de firmes exploitant de l’or et d’autres minerais sur des concessions attribuées par les gouvernements aux entreprises étrangères du secteur minier. Un secteur en plein essor et dont le directeur des Mines du Sénégal, Monsieur Ousmane CISSE, disait, en mars 2013:
« Globalement, le manque à gagner enregistré par l’Etat, entre 2005 et 2012, représente près de 401,2 milliards de Francs CFA  en terme d’exonérations fiscales douanières et le Sénégal n’a perçu en contrepartie que 40 milliards pendant cette période[…] Nous avons aussi constaté que du point de vue technique, environnemental, de l’emploi national, de la contribution à l’économie nationale, globalement le secteur minier mérite d’être revu. Il y a des manquements qui sont de part et d’autre des parties, aussi bien au niveau des sociétés minières qu’au niveau de l’Etat. » Il a ajouté que la commission de révision des conventions minières a recommandé la révision du Code minier pour apporter des équilibres à ce texte adopté en 2003 pour régir ce secteur d’activité. »

Le nouveau droit foncier au Burkina Faso favorise les acquisitions de terres par les exploitants miniers locaux 

AG : Dans la partie nord du Burkina  l’accaparement des terres par les sites aurifères est devenu grave.  Ce sont les grands (commerçants, députés …) qui se partagent…

BL : Ils font cadastrer!?

AG : Voilà. Au début qu’est-ce qu’ils font? Ils passent dans le village, ils parlent avec les chefs de famille, le chef du village, ils font des bontés, donnent des cadeaux et enfin, ils reviennent, demandent une parcelle pour exploiter. Comme c’est dans la coutume, les bontés…

BL : Eux ne peuvent pas refuser.

AG : Le vieux se lève et dit: « tu enlèves ce que tu veux! » Le type, il en profite et enlève plus de 100 ou 200 hectares! Quelques jours après, il vient avec un papier et demande au vieux de signer qu’il a accepté de céder. Il signe, et après avoir signé, c’est fini. Ils font cadastrer et ils ont les papiers!

BL : Alors qu’il y a des gens qui vivent sur ces terres depuis longtemps!

AG : Voilà. Alors, les organisations paysannes, à travers la Confédération Paysanne du Faso, nous avons dit: « Non, c’est assez! Si vous accaparez toutes ces terres, les enfants de ces villages-là où vont-ils trouver du travail? » Il y a eu une sensibilisation auprès des paysans pour qu’ils refusent  de céder leurs terres. (4)

Des associations luttent pour plus de transparence, de respect des paysans et de fair-play fiscal

Parlant de son pays, le Mali, et de l’association « Publiez ce que vous payez », Madame A. TOURE (5)  explique : « L’association est composée de plusieurs organisations de la société civile, des organisations des femmes, des organisations pour les droits humains, des organisations de la presse, etc Notre organisation « Publiez ce que vous payez » (www.publishwhatyoupay.org/fr) essaie de porter à l’attention des populations, des élus locaux, des parlementaires un lot d’ informations sur les flux financiers produits par les entreprises minières. Ce sont les paysans qui souffrent des mines et ce sont les organisations de leurs communautés locales qui sentent les problèmes et qui les vivent, et nous, la société civile, on voit ce qui se passe et nous essayons de communiquer. Ceux qui sont formés font remonter les informations. Tout ce qu’ils ont comme problèmes de santé, problèmes de travail, problèmes d’eau, problèmes de terres, etc … ils nous les font remonter d’abord au niveau des régions. Là, nos membres essaient de voir avec les autorités régionales  comment agir et, quand ils ont des problèmes plus difficiles,  ils les transmettent au niveau national. Nous avons un bulletin pour donner l’information et nous partons souvent au niveau de la base partager les informations et recueillir d’autres informations pour les diffuser à l’endroit. Et souvent on a rencontré des parlementaires qui ne réalisent pas du tout ce qui se passe au niveau local.

Car ces mines posent des problèmes d’accaparement des terres car, dans les villages, les gens cultivent. Or l’entreprise minière vient avec son contrat, le Maire, l’élu local, n’est pas au courant ; le Préfet, le Gouverneur ne sont pas au courant, le chef de village n’est pas au courant … Les employés de l’entreprise viennent faire leurs relevés topographiques en disant  que cette terre c’est pour eux ! Cela amène des problèmes parce que les paysans sont là et cultivent ces terres depuis des années, des terres qu’ils ont hérité de leurs grands parents. Ils sont dans leurs villages et sur leurs terres ; mais quand les entreprises viennent on les chasse de ces terres où ils ont l’habitude de cultiver. Parfois on leur donne des terres très loin, ils n’ont pas les moyens d’arriver jusque là  et ils n’ont rien à cultiver. Et, malheureusement aujourd’hui, quand on va vers Sadiola on voit des panneaux « Espace privé » ; et même ta cour, dans ton village, est dans un espace privé. (http://www.iamgold.com/French/Exploitations/Mines-en-exploitation/Mine-dor-Sadiola-Mali/Vue-densemble/default.aspx)

Nous faisons le plaidoyer au niveau de notre gouvernement pour qu’il y ait vraiment un changement par rapport aux contrats signés entre des multinationales et nos gouvernements,  pour que ces contrats soient beaucoup plus transparents et qu’ils ne défavorisent le pays. Nous leur demandons aussi que l’Etat rende compte des recettes que les multinationales lui ont versées et des sommes que le gouvernement a reversé dans le budget public. Comme le Mali est membre de l’ITIE (Initiative pour la transparence des industries extractives), nous avons fait l’analyse des rapports de différents pays et, dans tous ces rapports, il ressort qu’il y a des différences entre ce que l’Etat collecte et ce qu’il dit avoir reversé ; il y a  donc un problème de transparence, de lisibilité, de traçabilité de ces flux financiers. (http://eiti.org/fr/litie)

L’association « Tax Justice » est un partenaire avec lequel nous sommes en train de développer la justice fiscale en Afrique . Nous avons fait beaucoup de formations sur nos lois pour nous renforcer nous-mêmes. Actuellement nous faisons des études dans tous les pays pour montrer  quels sont les problèmes au niveau de la fiscalité,  l’environnement fiscal, qu’est ce  qu’une Commune peut gagner et qu’est-ce que l’Etat perd en termes de fiscalité. » (http://www.taxjustice.net/cms/front_content.php?idcatart=103&lang=5)

Des paysans spoliés eixgent des négociations entre les populations rurales, l’Etat et la f irme internationale

Au Sénégal, dans la zone de Diogo, au cœur de l’espace étroit, humide et fragile des Niayes, un ami paysan, Ibrahima SECK  (6) a une exploitation maraîchère bio depuis 1980. Il décrit l’implantation d’ une société, qu’on appelle MDL (Minerals Deposits Limited, (www.mineraldeposits.com.au) qui doit exploiter le Zircon et d’autres minerais

« La distance de mon exploitation d’avec leur usine est à peine de 500 à 800m ! Pour y aller, à partir de la route en goudron, il y a des dunes de sable et des difficultés pour sortir ma production. La MDL a fait une route en latérite et a pris une bande de 2 ou 3 m qu’ils m’ont remboursé 600 000 Fcfa (environ 1000 Euros). Nous ne connaissons pas les accords passés entre MDL et l’Etat, du temps du président Wade. Nous savons qu’une affectation de 44 500 ha leur a été accordée par une décision de la présidence de la République, à telle enseigne qu’elle a commencé à prendre les terres des paysans. Ces derniers, par manque d’information, ont été indemnisés à des taux très bas (2 à 3 millions FCFA par exploitation, soit 3 à 5000 Euros) Ils doivent partager ces millions entre tous les héritiers de la famille et ensuite ils sont « dégagés », ils n’ont plus de ressources.

Depuis lors, les paysans se sont organisés ; il y a eu des marches et la société civile les appuient. On s’est mis ensemble, nous tous, pour qu’on puisse faire face à la compagnie.  Des négociations  sont en train d’avoir lieu. Avec l’aide d’ agents de l’État, les maraîchers ont calculé ce que pouvait rapporter, par an, un ha. Avec 3 rotations dans l’année on peut avoir plus de 10 millions de francs CFA. Ils ont alors demandé qu’on calcule le total de ce que cela faisait … pendant la durée du projet Zircon (estimée à 25/30 ans). Et ils ont dit à la société MDL : « Vous nous versez cet argent, année par année, pour que nous puissions avoir annuellement des revenus et nous acceptons de vous céder les terres. » Le directeur de la compagnie leur a dit : « On a vos propositions, je les discute avec mon conseil d’administration  et on reviendra vers vous » . C’est un  grand pas ! Le fait d’accepter d’avoir une discussion véritable où les paysans sont là , où l’Etat est là. Car les terres n’ont pas été données à MDL  par la communauté rurale ; or ce sont des terres de son terroir, un terroir dont l’Etat lui a confié, par la loi, la gestion. L’Etat a  reconnu que c’est lui qui a donné à cette société ces terres pour créer des emplois, etc. On a dit à l’Etat : « Vous devez maintenant accepter l’arbitrage afin que les paysans ne soient pas lésés ». 

MDL est une compagnie australienne  qui nous dit qu’elle a beaucoup d’égard vis à vis des droits de l’homme et des impacts environnementaux. D’après leurs dires, ils ont les 40% de leur budget consacrés à l’environnement, à la remise en état. Et que si l’on veut des arbres, etc. etc. ils sont d’accord pour appuyer les populations pour refaire l’environnement qu’ils auront effectivement dégradé.  Cependant dans la région du Sénégal Oriental, vers Kédougou, cette même société exploite l’or à Sabodala  et là-bas les populations  se révoltent en  disant : « Ils n’emploient  pas nos fils »,«  Ce sont nos terres »,« Il n’y a pas  lesinfrastructures sociales qu’on nous promettait, etc ».  

Pour conclure, reprenons à notre compte le dessein de notre ami Ibrahima SECK militant aussi tenace qu’optimiste : « Les paysans des chacune des zones où il y a ces problèmes d’accaparement des terres par  l’agrobusiness ou par des industries minières luttent. Relier l’ensemble de ces mouvements sociaux pour en faire un mouvement national fort qui fera  face aux entreprises et veillera  pour que les gouvernements préservent les intérêts des populations, ce processus là se met en place en ce moment. »

  1. Valérie BOULOUDANI, Claudine COPPEL, Geneviève JOLY, Renée LECOMTE, Rien de tel qu’une bonne crise, le défi des initiatives citoyennes,2013, p 89 http://grad-s.net.
  2. Déclaration de Berne, SWISS TRADING SA, Editions d’en bas, 2011
  3. Brèves, extraites du bulletin Genève Finance du 17 06 2013
  4. Monsieur Hamidou GANAME , interviewé  en novembre 2011 par Bernard LECOMTE
  5. Madame Aminata TOURE , interviewée par Benoit Lecomte en mars 2013
  6. Monsieur Ibrahima SECK, iseck@yahoo.fr , interviewé par Benoit LECOMTE en janvier 2013. Ibrahima SECK est président du Consortium panafricain des ONG pour la recherche agricole 
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Le Web 2.0 et les organisations paysannes

Le développement d’Internet, à partir de la fin du XXe siècle, est un bouleversement similaire à celui de l’invention de l’imprimerie à partir au 15e siècle. InternauteChinois

L’aire d’accès à Internet s’accroît de jour en jour et le développement des téléphones 3G/4G va encore l’accélérer.  

Selon l’agence spécialisée de l’ONU sur les télécommunications (UIT), en début 2012, on comptait 2,3 milliards d’internautes dans le monde. La part des pays en développement dans le nombre total d’internautes à travers le monde est passée de 44 % en 2006 à 62 % en 2011. Le nombre d’abonnements au cellulaire mobile, a augmenté de plus de 600 millions dans le monde l’an passé pour atteindre un total de près de 6 milliards, soit 86 abonnements pour 100 habitants. Cette hausse est due en grande partie aux pays en développement. Chaque année depuis 2000, la croissance du marché des Smartphones en Africa est de 43% et les experts prédisent que 69% des mobiles africains seront connectés à Internet dès 2014.

Au début, le réseau Internet a été utilisé de manière descendante, du haut vers le bas. Ceux qui possédaient une certaine connaissance par rapport à des sujets variés créaient des sites Internet pour transmettre des informations et des savoirs à des lecteurs passifs. Désormais, Internet ouvre une nouvelle dimension, celle de l’échange.

Le web 2.0

Le Web 2.0 (la deuxième génération d’Internet) est ainsi défini par l’encyclopédie en ligne Wikipédia :

Le Web 2.0 est l’évolution du Web vers plus de simplicité (ne nécessitant pas de connaissances techniques ni informatiques pour les utilisateurs) et d’interactivité (permettant à chacun, de façon individuelle ou collective, de contribuer, d’échanger et de collaborer sous différentes formes)… L’internaute devient, grâce aux outils mis à sa disposition, une personne active sur la toile.

Internautes AfricainsLes réseaux sociaux, les communautés en ligne, permettent à tous de partager leur expérience et d’apporter leur contribution au lieu de se contenter de recevoir des élites informées des vérités toutes faites.

C’est dans cette direction que le GRAD-s souhaite s’engager, particulièrement en partenariat avec les organisations paysannes africaines.

Les réseaux sociaux, à condition d’être bien utilisés, peuvent soutenir le mouvement de prise de responsabilité, d’empowerment, que nous souhaitons tous développer. Il n’est pas facile de traduire en français le terme empowerment. Pour faire court, disons qu’il s’agit de prendre conscience du pouvoir que nous possédons en nous-même de changer les choses autour de nous à condition de nous associer aux autres. Généralement, les pauvres, les exclus ont été persuadés par de multiples vexations qu’ils ne possèdent pas ce pouvoir et qu’ils doivent accepter passivement leur situation.

La conquête et le partage des savoirs

Comme praticien de l’éducation non-formelle, je suis persuadé que le savoir, les compétences ne peuvent pas être transmises.  On doit les conquérir dans l’action.

Cela a très bien été exprimé par le grand éducateur brésilien Paulo Freire :

« Personne n’éduque autrui, personne ne s’éduque seul, les hommes s’éduquent ensemble par l’intermédiaire du monde« .

EcoleAfricaine

Paulo Freire critique de façon féroce les systèmes traditionnels d’enseignement qui sont fondés sur une distinction radicale entre d’un côté « ceux qui savent » (les maîtres) et de l’autre « ceux qui ignorent » (les élèves). Il appelle ce système d’enseignement « l’éducation bancaire » car les élèves sont considérés comme des récipients passifs que le maître doit remplir d’un savoir pré-établi. Considérer les autres comme des ignorants est selon Paulo Freire la caractéristique principale de l’idéologie d’oppression :

  • « Le maître enseigne et les élèves sont enseignés;
  • Le maître connaît tout et les élèves ne connaissent rien;
  • Le maître pense et les élèves sont l’objet d’une pensée;
  • Le maître parle et les élèves écoutent;
  • Le maître fait la discipline et les élèves sont disciplinés;
  • Le maître choisit et impose ses choix, les élèves obéissent;
  • Le maître agit et les élèves ont l’illusion d’agir à travers l’action du maître;
  • Le maître choisit le contenu du programme et les élèves (qui ne sont pas consultés) s’adaptent au programme;
  • Le maître confond l’autorité de la connaissance avec son autorité professionnelle, qu’il établit en opposition à la liberté des élèves;
  • Le maître est le Sujet du processus d’enseignement, tandis que les élèves n’en sont que les objets.

[…] Plus les élèves travaillent à emmagasiner les dépôts qui leurs sont transmis, moins ils développent leur conscience critique qui résulterait de leur intervention sur le monde en tant que transformateurs de ce monde. Plus ils acceptent le rôle passif qui leur est imposé, plus ils tendent à s’adapter au monde tel qu’il est et à la vue fragmentée de la réalité qui a été déposée en eux. » (Paulo Freire, Pédagogie des opprimés)

Paysans africainsL’éducation bancaire minimise ou annule le pouvoir créateur des élèves et stimule leur crédulité. Par là-même, elle sert les intérêts de ceux qui détiennent le pouvoir et qui ne souhaitent pas que la réalité du monde soit révélée ni mise en cause. Au contraire, l’éducation libératrice, préconisée par Paulo Freire, change les rôles : l’enseignant n’est plus seulement celui qui enseigne, mais celui qui est lui-même enseigné dans le dialogue avec les élèves.

Vers une nouvelle pratique associative

Cette nouvelle vision de l’enseignant et des enseignés peut être élargie à la situation des dirigeants d’organisations vis-à-vis de leurs membres.

Les organisations paysannes africaines réfléchissent sur l’utilisation que les paysans font d’Internet. Dans un premier temps, cet outil a amélioré la communication verticale du haut vers le bas en mettant à la disposition des membres des informations, des fiches techniques, des documents d’archive. Dans un deuxième temps, ils cherchent à lancer un mouvement de communication dans le sens horizontal et du bas vers le haut pour créer une sorte d’université populaire qui permettrait aux paysans de base d’échanger sur leurs pratiques, leurs expériences et de construire collectivement des savoirs utiles pour l’action.

Cette université populaire s’appuierait sur des rencontres et des actions de terrain, mais utiliserait aussi Internet et les réseaux sociaux pour faciliter les échanges et la capitalisation des savoirs. C’est particulièrement pour contribuer à la réalisation de ce deuxième objectif que le GRAD-s se mobilise. CybercaféAfricain3

Certes aujourd’hui, le paysan de base n’a pas souvent accès direct à Internet. Mais ne peut-on pas imaginer d’aider les organisations paysannes africaines à s’équiper de petits centres d’accès à Internet disséminés à travers le pays ? Un ordinateur, une connexion Internet par satellite alimentée par des panneaux solaires et voilà un cybercafé associatif capable d’ouvrir dans une micro-région l’accès aux informations, au partage des savoirs et à la prise de parole.

Cette façon d’utiliser le Web et les réseaux sociaux serait en quelque sorte l’opposé de celle de beaucoup d’occidentaux : je connais une personne qui se flatte d’avoir plus de 5000 « amis » sur Facebook, mais la communication échangée dans ce « réseau social » n’a aucun intérêt. C’est de l’épouillage mutuel. On échange à propos de faits anodins de la vie quotidienne, c’est creux, vain et inutile.

Nous avons évidemment une autre vision de ce que nous voulons faire avec Facebook et d’autres médias sociaux : permettre à des gens de sortir de l’isolement pour partager leurs problèmes, leurs interrogations, leurs frustrations, leurs attentes, les tentatives qu’ils font pour changer les choses autour d’eux dans leur communauté et construire ensemble des savoirs afin d’être mieux en mesure d’agir pour le changement. MobileAfricain

Un jour viendra où le paysan africain pourra communiquer, grâce à son smartphone, au sein d’une communauté d’autres paysans pour échanger des informations, des savoirs acquis à travers l’expérience, et organiser des actions au niveau local, national et même international pour lutter contre l’accaparement des terres, les importations alimentaires abusives, etc.

L’accès à l’information, le partage des savoirs est la condition sine qua non de la responsabilisation et de la prise de pouvoir sur sa propre vie. Tout en gardant à l’esprit un sens critique indispensable pour éviter de tomber dans l’illusion de « solutions miracles », nous pensons qu’Internet et les réseaux sociaux représentent à cet égard une chance à exploiter afin de permettre aux paysans africains de s’engager dans une démarche libératrice :

La libération, dit Paulo Freire, est une praxis* : l’action et la réflexion d’hommes et de femmes sur le monde pour le transformer. (Paulo Freire, Pédagogie des opprimés).

Dominique Bénard

* Praxis = Théorie + action. Pratique de vie formée à la fois à partir de la réflexion et de l’action.

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Acteurs du « Grand Genève » et organisations paysannes

Proposition : que des Acteurs du « Grand-Genève » et des Organisations paysannes du monde se confrontent en 2014, année de l’Agriculture familiale

Grand-GenèveLe caractère international de Genève, ville suisse de moins de 200 000 habitants,  marqué notamment  par la présence du second site des Nations Unies et de plusieurs dizaines d’organisations internationales, a contribué au développement de ses activités dans le commerce mondial. Celui-ci bénéficie d’un régime fiscal favorable et de la longue expérience  du site en matière bancaire, socle économique de la ville. Ainsi, la succursale de la banque française BNP Paribas est, sur la place de Genève, le leader du financement du commerce international des matières premières, devant le Crédit agricole (autre française) et le Crédit Suisse.

 Ces activités de négoce sont gourmandes en emplois de toutes sortes : compagnies d’assurance, sociétés de conseil, firmes de contrôle des marchandises et de transports internationaux, spécialistes de la sécurité, de la logistique, etc. Au total,  400 000  emplois existent aujourd’hui dans le bassin d’emploi et d’aménagement du territoire dit du «Grand-Genève ». 

BNP ParibasCet espace s’étend en France et en Suisse sur plus de 200 communes qui vivent certes du négoce mais aussi de la recherche, de l’industrie, du tourisme et de l’agriculture. Cette dernière activité est menée par des viticulteurs, des éleveurs et des maraichers. Un certain nombre de ces paysans pratiquent la vente directe de leurs produits «à la ferme» , au marché ou dans des magasins  gérés par des producteurs complémentaires. De plus en plus de consommateurs urbains s’associent avec un groupe de producteurs qui leur fournit chaque semaine un panier de produits de saison. (1)

Ce type de commerce local équitable est à l’opposé de celui promu au niveau mondial , depuis Genève, par une poignée de firmes concernées, depuis 2000, par le pétrole et, depuis les années 1950, par les produits agricoles. D’un côté, cinq négociants indépendants ont écoulé, en 2010, environ 28 % du volume total du commerce mondial de pétrole. Leur chiffre d’affaires, cette année-là, a dépassé  500 milliards de dollars. De l’autre, quatre firmes  multinationales jouent un rôle prédominant dans les échanges mondiaux de produits agricoles . En 2010, leur chiffre d’affaires a été de l’ordre de 270 milliards de dollars. Leur activité commerciale  se diversifie « dans la transformation des plantes, des graines et des céréales et dans la fabrication des produits qui en sont dérivés (…) et la tendance se profile clairement vers la production des matières premières agricoles, et donc vers l’acquisition de terres arables par les sociétés de négoce. »(2)

Cette diversification peut avoir des conséquences positives pour assurer la nourriture de la population mondiale croissante mais entraînera des effets négatifs sur les ressources (forte consommation de pétrole, de pesticides, d’eau), sur les paysans exclus du système et sur la prolifération des bidonvilles.

Grand-Genève est aujourd’hui le lieu d’une extraordinaire cohabitation d’acteurs impliqués Paysansdans le présent et l’avenir des paysans du monde. Mais ces derniers ne sont-ils pas des inconnus pour la majorité des premiers ? Peu nombreux sont les travailleurs urbains qui ont conscience que l’agriculture paysanne est une solution plus sûre, plus économe, moins polluante et plus humaine que l’agriculture industrielle.

Ne pourraient-ils pas tirer parti de l’année de l’agriculture paysanne pour, au moins, faire la connaissance de paysans sinon prendre conscience de leur avenir commun? Pour amorcer cela, on pourrait :

  • organiser, à Genève, des rencontres spécifiques permettant, à des paysans de divers pays, dont Suisse et France mais surtout des Suds, de dialoguer ici avec des banquiers, là avec des traders, ailleurs avec des agents des Nations Unies et de l’OMC , etc.;
  • filmer ces échanges, puis réaliser un film destinésà diffuser ces dialogues auprès des organisations paysannes, des acteurs du Grand-Genève et d’autres publics concernés (militants de partis politiques et d’ONG, etc ).

Plus avant, ne pourrait-on pas unir des forces  paysannes et urbaines, du Sud et du Nord, pour faire avancer les concertations et obtenir des décisions politiques favorables aux familles paysannes? Voici un exemple d’action collective organisée depuis Genève : « Des organisations comme FIAN International, la Via Campesina (mouvement regroupant plus de 200 millions de paysans dans le monde), Uniterre (syndicat suisse) et une ONG genevoise (le CETÏM ) travaillent avec les Nations Unies depuis des dizaines d’années afin d’y faire adopter une Déclaration des droits des paysannes et des paysans. C’est seulement au bout de quinze ans, qu’en septembre 2012, le Conseil des droits de l’Homme a adopté la résolution sur la “Promotion des droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales ».»(3)

Enfin, comme le résume ce propos d’Hervé Kempf, « le bien-être de l’humanité va reposer désormais sur son habileté à mobiliser à bon escient les ressources de la biosphère[… et ]le paysan sera un acteur essentiel de ce nouveau stade technique, qui devra cependant être piloté par l’intérêt commun et non par la recherche du profit privé »(4). Au pays de Calvin, n’est-ce pas là un dessein plein de sens ?

Bernard Lecomte 

(1) http://www.grand-geneve.org/chezmonfermier

(2) Déclaration de Berne, SWISS TRADING SA, p212

  1. FIAN Suisse, Les impacts de Genève sur le droit à l’alimentation dans les pays du Sud, p19
  2. Hervé Kempf, Fin de l’occident, naissance du monde,Seuil, 2013
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En milieu rural d’Afrique de l’Ouest : vers d’autres façons de décider entre les aînés et les jeunes

Par Bernard Lecomte

Mamadou Cissokho :

Cissokho« En dehors du problème de leurs revenus, il nous faut tenir compte du découragement de certains jeunes, lassés de constater qu’ils ne sont pas pris en compte, qu’on ne demande pas leurs points de vue ni leurs idées bien qu’ils constituent la plus grande force de travail au sein de chaque exploitation familiale. En outre, les jeunes, filles ou garçons, nos épouses, nos sœurs occupent dans celles-ci plusieurs fonctions déterminantes. Il est important d’accepter une nouvelle organisation leur permettant de se retrouver autour du chef de l’exploitation familiale, pour parler de leur vie et de leur avenir en tant que famille dans la communauté. Car si nous voulons continuer à défendre la vie communautaire, il nous faut inventer, conformément aux règles intéressantes de nos traditions, des façons de décider et de vivre telles que chacun et chacune puissent se sentir concernés et responsables. »

(Mamadou CISSOKHO, Dieu n’est pas un paysan, Grad, Présence Africaine, 2009, p24)

Les trois témoignages ci-dessous indiquent comment cette « invention »  s’introduit  de différentes façons dans les familles et dans les villages.

  • Grâce  à l’émigration et au processus de décentralisation

Kanté BASSI (1) est devenu chef de famille, à l’âge de 30 ans, au moment du décès de son père. Il est ingénieur agricole et l’un des responsables de l’Association des organisations professionnelles paysannes  du Mali(AOPP). Il explique ceci : 

Paysans africains2« J’habite dans la famille avec ma maman et ses 5 enfants (2 hommes et 3 femmes). Moi je suis marié à une femme, mon jeune frère lui est marié à 2 femmes ; j’ai 2 enfants, mon jeune frère en  a 5.  Donc au total dans notre famille, nous sommes environ une vingtaine de personnes. L’exploitation familiale chez nous, c’est le chef de famille. Peut-être que c’est une chance ou une malchance que mon vieux ne soit plus de la famille. Mais dans les autres familles où mes camarades ont leurs pères qui sont là, la décision revient au père. Même le choix des semences ou des variétés qu’on doit semer, ça revient au chef d’exploitation. C’est lui qui dit cette année on va utiliser telle variété. 

Par exemple, aujourd’hui moi je suis là au bureau de l’AOPP, mais la maman, elle, est tout le temps dans le champ et elle peut dire « Ah, l’arachide est devenue mûre, le sorgho, c’est déjà mûr, on peut commencer à récolter ». Elle peut en parler comme tout autre membre de l’exploitation peut en parler. Mais c’est au chef d’exploitation de dire : « tel jour on peut commencer à exploiter, tel jour on peut commencer à récolter ». La récolte terminée, on met l’ensemble des produits dans le magasin. Moi je ne suis pas sur place, mais la maman est là. Les produits récoltés, ça doit subvenir aux besoins alimentaires de la famille. Mais, il  peut y avoir des problèmes dans la famille qui obligent à vendre une partie de ces récoltes pour assurer ça. Si cela arrive la maman peut le faire, mais elle doit nous informer, moi ou mon jeune frère, en nous disant « Voilà, il y a telle situation aujourd’hui, est-ce qu’on peut se permettre de prendre un sac ou deux sacs pour vendre? ». Cela ne se fait pas seul, on discute. Si c’est faisable, elle le fait ; si ce n’est pas faisable, je lui dis non et je vais chercher d’autres solutions.

En général chez nous, les vieux se déplacent très difficilement. Si le vieux est là, son fils aîné dirige les activités sur le terrain. C’est un honneur pour lui de dire : « Voilà mon père, c’est le chef d’exploitation ». Car c’est au vieux de venir parler au nom de l’exploitation, même si lui n’est pas présent dans l’exploitation, parce que lui aussi il est passé par cette étape. C’est un honneur aussi pour le vieux que d’être considéré comme le chef même si c’est le fils aîné, qui est dans le champ, qui pratique l’activité, qui se déplace pour les achats ou autre chose.

Paysans africainsDans le temps, moi personnellement, j’avais toujours travaillé pour mon père, dans le champ familial et je ne pouvais pas me permettre d’avoir un champ pour moi, parallèle au champ de mon père. Mais maintenant, petit à petit ce phénomène commence à changer. Et souvent un jeune dans la famille peut se permettre d’avoir un lopin de terre quelque part à exploiter . Ou sinon  d’élever certains animaux, des caprins et des ovins, et en faire une source de revenus. Et même il peut aménager un poulailler. Ces activités sont là et permettent au jeune de contribuer à ses propres besoins.

D’autre part, depuis la décentralisation, nous sommes en « intercommunalité » avec 9 communes autour de notre commune. Et un comité de pilotage essaie de voir dans les différentes localités quelles sont les activités qui sont génératrices de revenus, pour les femmes et les jeunes. Les anciens  commencent à comprendre cela. Et même pour le comité de pilotage, il y a un quota : au minimum 20% de femmes et 30% de jeunes, les autres c’est les personnalités qui sont là. Si on les écarte, ils vont dire que « Ah ! les jeunes ils sont là, ils veulent nous écarter de tout ça ». Donc  on a mis des quotas dans le comité de pilotage !

Et puis, pas mal de vieux maintenant sont compréhensifs, parce que beaucoup d’entre eux ont bougé ; ils ont fait l’immigration, ils comprennent mieux les choses. Le développement ce n’est plus l’affaire d’un seul vieux. C’est pour l’ensemble et il faut tenir compte de la préoccupation de tous . »

  • Grâce à la promotion de Commissions spécialisées jeunesse au sein  d’un mouvement rural

Labidi OUALY (2) présente ainsi la démarche de l’association Tin Tua.

Jeunes Paysans africains« De 1994 à 2000, j’ai travaillé à mettre en place des activités de jeunes dans la Fédération des Diémas, c’est-à-dire des Unions des groupements villageois  situés dans la région de l’Est du Burkina Faso. 

Au début, le but était surtout d’amener les anciens à accepter que les jeunes prennent des responsabilités.  Nous avons créé une Commission spécialisée jeunesse dans chaque Diéma, pour préparer les jeunes comme futurs responsables des Diémas.  Au départ les gens n’y croyaient pas beaucoup, mais aujourd’hui nous avons plein de Diémas où ce sont ces jeunes-là qui étaient présidents des commissions spécialisées jeunesse, et qui ont évolué jusqu’à être aujourd’hui président de Diéma.

Les jeunes ont œuvré pour le compte des Diémas. Avec eux nous avons initié un programme en travaillant dans beaucoup de domaines pour mobiliser les jeunes et conscientiser  les anciens. On a essayé d’amener les jeunes à créer des actions très visibles, par exemple à la fin de la saison de nettoyer les locaux des Diémas. Et surtout, comme nous avons des villages membres d’un Diéma  sans une route pour y aller, certains clubs de jeunes ont organisé des travaux d’aménagement des pistes rurales. On leur a fourni des équipements pour travailler et aménager depuis une route jusqu’au village, ce qui permet aux camions d’y accéder. C’est à travers ces actions-là que des jeunes ont eu des premiers accès à un peu de responsabilités dans les Diémas et aussi au sein de leurs familles.

Dans la tradition gourmantché, les hommes et les femmes cultivent ensemble le champ familial qui sert à nourrir la famille. Mais le matin, de 7 heures  à 9  heures, tu dois d’abord  aller dans  ton propre champ. Ensuite, jusqu’à l’après-midi, le jeune va  travailler dans le champ familial. Après 16 heures, il peut revenir dans son champ. Et il peut faire ce qu’il veut des récoltes de son propre champ mais ce sont des superficies limitées, et ce ne sont pas les terres  de meilleure qualité car le chef de famille réserve ces dernières pour la culture vivrière de la famille .

 Les jeunes avaient envie d’avoir des opportunités d’échange et de partage d’expériences parce que, on a beau être déterminé, si on n’a pas la possibilité d’échanger avec d’autres jeunes, comprendre ce qu’ils font, voir leurs expériences, ou bien communiquer ce qu’on fait, cela ne sert à rien. Ce qui fait que le premier axe d’intervention de Tin Tua à l’endroit des jeunes ruraux a été le domaine des échanges entre les jeunes, à travers des voyages que nous avons organisés d’abord dans l’Ouest du pays puis hors du pays au Bénin, au Togo, au Niger.

La demande de formation exprimée par des jeunes portait sur les nouvelles techniques de labour et de semis. Nous voulions amener les gens à changer leurs mentalités par rapport aux variétés. Le climat a tellement changé, la pluviométrie a baissé et si on utilise les variétés tardives, on aura des baisses de rendement. C’est pourquoi nous avons encouragé les jeunes à utiliser des variétés nouvelles. Au départ, beaucoup d’anciens étaient réticents, mais bon, comme ces jeunes sont intégrés dans leur famille, avec leurs parents, il y a le champ familial dans lequel le jeune ne peut pas introduire ces nouvelles techniques-là, mais il a son petit champ personnel à côté , il commence à changer  et le chef de famille voit que c’est mieux de ce côté-là que dans le champ familial ».

  • Grâce aux activités de maraichage durant la saison sèche

Paysan africain 2Amidou GANAME (3) est secrétaire général de l’Union des Fédérations des Groupements Naam dans la région du Yatenga, au Burkina Faso. Il raconte que, depuis la fin des années 1970, les jardins sont devenus une activité essentielle dans le Yatenga, grâce à la réussite de la culture de la pomme de terre désormais consommée  partout alors qu’elle n’était jadis qu’une nourriture de Blancs. Et ce tubercule, dit-il, est non seulement devenu « le grenier de saison sèche » mais il a changé les modes de décision :

« Dans une famille, au Yatenga, ils peuvent être trois ou quatre jeunes, dont des femmes, à  faire désormais le maraîchage  entre décembre et avril et les gains sont pour eux-mêmes. Aujourd’hui, que le chef de famille le veuille ou pas, les jeunes prennent des initiatives par rapport à ce que sont leurs « embarras ».  Les gens ont compris que les jeunes sont les piliers de la famille et leurs initiatives ne sont pas « résistées » comme avant.

Il y a 30 ans quand on quittait l’école et qu’on arrivait en voulant changer les habitudes, cela entrainait des problèmes ! Ce que je vois maintenant, c’est ceci : le chef de famille est là en tant que conciliateur, et ce sont les jeunes qui sont le pilier de l’exploitation familiale car ils apportent les moyens pour acheter la charrette et l’engrais et ce sont eux qui paient des manoeuvres pour aider au moment des travaux du champ familial en saison des pluies.

Et quand on récolte les productions du champ familial, le chef de famille est là mais il ne peut pas décider seul comment utiliser les greniers. Donc il est là pour maîtriser la situation et veiller à ce que le produit de l’exploitation soit bien réparti. Voilà, il y a  les dépenses à prévoir pour l’exploitation, les greniers de nourriture à garder, l’élevage à poursuivre, des jeunes qui ont renforcé le patrimoine par des diguettes à récompenser, le mariage d’un tel, le baptême d’une  telle, etc. Et, quand on vend (une part) du grenier pour acheter un animal, l’argent qui reste est mis dans le BTEC (Mutuelle d’Epargne et de Crédit) et tout le reste de la famille connaît le montant de l’argent  épargné ».

 Notes

  1. Kanté BASSI, région de Kayes, à l’Ouest du Mali, interviewé en 2009 par Lucile Dubos et Rémi Perrier-Gros Claude.
  2. Labidi OUALY, Fada Ngourma, à l’Est du Burkina Faso, interviewé en 2009 par Lucile Dubos et Rémi Perrier-Gros Claude et en 2012 par Bernard Lecomte.
  3. Amidou GANAME, Ouahigouya, au nord du Burkina Faso, interviewé en 2011 par Bernard Lecomte.
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Quand les poissons nagent dans les poubelles

Quand les poissons nagent dans les poubelles

Par Renée Lecomte

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18 heures, ce vendredi. Je fais mes courses dans un supermarché de mon quartier que je ne nommerai pas. Devant la poissonnerie, je tombe en admiration. L’étalage si bien fourni, l’accueil de la vendeuse, tout est tentant. J’achète deux tranches de saumon. Voyant tout ce qui reste sur l’étal, je suis traversée par une question :   « Tous ces poissons ne seront pas vendus aujourd’hui ni sans doute demain, que vont-ils devenir ? »

Une question qui me taraude

A la responsable du rayon, en train de me servir, je pose la question qui me taraude. Et voici sa réponse :

« Je vais mettre au frigo les plus frais que je pourrai encore vendre demain. Mais le reste, je suis obligée de le jeter. Je ne peux pas risquer de vous rendre malade !  »

 » Vous ne le donnez pas aux restos du coeur ? »

 » Je ne peux pas le donner aux associations et d’ailleurs, elles n’en veulent pas, elles ne sont pas organisées pour cuisiner. »

 » Cela vous fait des pertes ! »

« Oh ! Nous aurions pu acheter deux voitures avec la valeur de ce que nous avons jeté cette année ! Et pas deux twingos… ou deux Fiats 500 ! Des grosses ! 40 000€, c’est une somme ! ».

« Dans les autres rayons « , ajoute-t-elle, » des fruits, des légumes, des produits frais -ceux dont la date limite de péremption est dépassée- volent chaque jour à la poubelle ! »

Les poubelles pour poissons sont légion !

Je suis perplexe.

La vendeuse a raison, Les commerçants ne peuvent prendre le risque d’intoxiquer leurs clients avec du poisson avarié.

Mais que penser de ce gaspillage, en cette période où les ressources de la mer sont en diminution constante, où des familles ont tant de mal à payer leur nourriture et où l’on conseille de manger deux fois par semaine du poisson !

Me voici donc à la recherche d’informations supplémentaires sur ce sujet et ce que je découvre m’effraie. Car les poubelles pour poisson sont légion !

criee-aux-poissons-sete-1337109450Cela commence sur les bateaux de pêche. Pour protéger certaines espèces en voie d’extinction par des prises trop importantes, des règles sont édictées et contrôlées par la Communauté Européenne. Il est interdit, par exemple,

  • de pêcher certaines espèces de poissons pendant telle période de l’année ;
  • de pêcher des poissons de petite taille (les maquereaux par exemple, doivent mesurer au moins 20 cm) ;
  • de dépasser les quotas de pêche établis pour certaines espèces.

Et, si ces poissons « sous interdit » sont pris dans leurs filets (ils représentent environ un quart des poissons pêchés), les pêcheurs doivent les rejeter à la mer Parfois, ils ont agonisé sur le pont, ont été abîmés ou écrasés. 50 à 60 % d’entre eux ne survivront pas et serviront de nourriture aux goélands. La mer, première poubelle.

Viennent les ports et leurs criées. Souvent des organismes de producteurs se chargent de la vente et, une fois le poisson entre leurs mains, les pêcheurs individuels n’ont plus rien à dire. Quand la pêche de certains poissons a été très bonne, ces firmes – pour éviter des ventes à un prix trop bas – décident de ne pas le vendre et indemnisent les pêcheurs (par exemple à 0,5 euros le kilo) et ces poissons sont transformés en nourriture pour les animaux. Quant au poisson qui n’a pas trouvé d’acheteur, il est souvent jeté après que les employés l’aient rendu impropre à la consommation. Deuxième poubelle.

Nous arrivons maintenant aux halles des grandes agglomérations où les grossistes mettent leurs achats à la disposition des poissonniers et là aussi, tout n’est pas vendu. Mais, disent les commerçants, presque 75% de ces derniers invendus seront transformés en farine et nourriront les animaux : poissons d’élevage, vaches, cochons, etc. dont ce n’est pas la nourriture habituelle. Ce n’est donc plus du gaspillage.  

Et pourtant ! Ces poissons rejetés dans la mer, dans les poubelles ou transformés en nourriture animale ne seraient-ils pas mieux dans nos estomacs ?

Que faire ?

Les ministres européens de la pêche ont laborieusement trouvé un accord le 27 février 2013 introduisant de nouvelles règles, sur les rejets à la mer, que les pêcheurs et les associations de défense de l’environnement jugeaient inadmissibles. Tout ce qui est pris dans les filets devra être rapporté à terre et sera déduit des quotas. Cette réforme serait appliquée par paliers, d’abord en Mer Baltique en 2015, puis en Mer du Nord et dans les eaux du Nord-Ouest et du Sud-Ouest en 2016, enfin en Méditerranée, en Mer Noire et dans toutes les autres eaux européennes ou non. Les poissons débarqués pourront être utilisés à des fins caritatives. Cet accord doit encore être approuvé par le Parlement Européen.

Bien avant cette décision européenne, une association,  » Le panier de la mer « , a tenté de trouver une solution ; cette association qui a essaimé dans plusieurs ports de pêche de France dont St Malo, Boulogne sur mer, a décidé de récupérer ces invendus, de les transformer et de les mettre à la disposition des épiceries sociales et des associations humanitaires. A l’aide de personnes en insertion, elle travaille les poissons récupérés auprès des pêcheurs sur les criées ou des grossistes des halles et parfois même des grands magasins, en prépare des barquettes de 200g (sous forme de filets). En 2009, elle en a ainsi utilisé 300 tonnes et distribué plus de 400 000 portions.

Il n’est pas facile de trouver des solutions personnelles mais moi j’ai beaucoup de chance : j’achète mon poisson une fois par semaine, pendant 8 mois, sur notre petit marché, à la fille d’un pêcheur du lac Léman et son féra, ce poisson d’eau douce délicieux, est bien frais et seules ses arêtes iront dans ma poubelle.

Références :

Emissions :

  • Arte :3 juin 2012
  • Capital 3 février 2013
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