Les résultats et les difficultés de la CAD de Fissel (Sénégal)

Source : entretien de Benoit Lecomte avec Sara Diouf, Coordinateur de la « Coordination des Acteurs de Développement ». Mars 1999

« La première réussite et la plus importante me paraît être celle-ci : on est arrivé, à Fissel, à réaliser une chose difficile en ce temps; mettre dans un même cadre les techniciens, les autorités, les élus locaux, les politiciens et les responsables d’organisations paysannes locales. Ceci est un acquis majeur parce qu’on n’ignore pas que les politiciens ne pouvaient pas s’entendre avec les responsables d’organisations. On est également arrivé à développer un comportement d’acceptation. C’est tout le développement de la démocratie interne. Tout à fait au début, le Conseil rural était géré de manière un peu éloignée des populations. On n’en connaissait rien mais nos organisations étaient gérées de la même manière. Il n’y avait pas du tout d’information et pas d’expression d’opinions diverses avant les décisions. Actuellement on se met ensemble, chacun apporte ses idées et on essaie de tisser quelque chose de vraiment consensuel.

Il y a également la transparence dans la gestion des biens publics. Cet apprentissage que nous avons commencé donne de très bons résultats dans la mesure où quand une des structures membres de la CAD reçoit un financement de quelque part, tout le monde est informé et on te demande des comptes. 

Ensuite, des organisations sont arrivées à financer d’autres organisations. Par exemple on est arrivé à donner des moyens au CR pour faire une formation. Le PDEF appuie la sous-préfecture et les techniciens. Entre organisations aussi, le PDEF appuie souvent Jig-Jam, Jig-Jam également appuie une autre association. 

Autre chose nous semble important : nous constituons une dynamique très forte par rapport aux partenaires. Une fois que les partenaires sont à Fissel, ils comprennent que le terrain n’est pas laissé au hasard : il y a une organisation, les gens réfléchissent. C’est une bonne image par rapport aux partenaires. Et puis il y a des réalisations par exemple pour la communication, des télécentres pullulent (une idée lancée par la CAD) et le problème de la communication est résolu complètement. Il y a aussi des cantines, l’ambulance et aussi la formation des animateurs et l’accompagnement que la CAD fait aux structures membres pour élaborer des programmes.

Enfin, c’est la prise de conscience. Je peux dire que, dans la communauté rurale de Fissel, tout le monde est acteur de développement. Même les politiciens. C’est cela qu’on vit actuellement et on ne vit ça que dans la CR de Fissel. Aussi la CR a une très bonne image dans les collectivités et une forte influence au niveau départemental. C’est pourquoi le Président du CR de Fissel est actuellement le Président du Cadre départemental de concertation à Mbour.

Parmi les difficultés qui sont encore devant nous, on a le travail de suivi. On désire voir, en terme de réalisations, en terme d’activités de développement, ce qui se réalise dans la communauté. Et avoir des outils performants afin de pouvoir donner l’information à l’ensemble des acteurs, la population bien sûr et aussi les intervenants qui ne sont pas de la communauté. On n’est pas arrivé encore à « suivre » à tout moment au point de connaître à 100% ce qui se réalise.

Au début il y avait plusieurs acteurs concernés mais qui vivaient dans la diversité de ce qu’ils faisaient et de leurs organisations, mais également dans la diversité d’idées et d’approches. Le consensus était difficile à trouver. Après l’élaboration du plan de développement, la concertation pour la mise en place de la CAD a pris 12 mois. Mais peu à peu la découverte de leur complémentarité a permis de dépasser ces moments de crise.

De cela, j’ai tiré une leçon : quand les gens ont une idée de créer une structure de concertation, il n’est pas bon qu’ils la créent parce qu’ils ont l’espoir qu’ils auront de l’argent à gérer.

Et puis la gestion des biens publics. Quand on se met entre responsables qui ont des expériences très différentes à vouloir gérer une chose publique, on ne peut pas manquer de problèmes. Parce que chacun a sa façon de voir les choses, chacun a sa façon de gérer. Donc, avant de trouver maintenant un système de gestion consensuel, vraiment nous avons eu beaucoup de discussions. Certains ont même payé de leurs biens pour des choses qu’on n’arrive plus à identifier ! Ou bien il y avait des activités non terminées alors que les moyens sont déjà utilisés. D’autres problèmes sont du point de vue des partenaires, parce que tous les partenaires sont divisés comme nous étions divisés. Ils avaient des approches très différentes, des croyances, des philosophies, tout qui était très différent. Pour en sortir nous avons développé des formes de contractualisation des activités. C’est à dire pour que la CAD engage une activité, désormais il faut qu’elle passe un contrat avec l’exécutant. C’est une façon de donner totale responsabilité à l’exécutant.  Et de pouvoir, en tant que CAD, se constituer juge après l’exécution. 

 

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