AIDE ALIMENTAIRE

Agathe chargée de mission C.I. p. 4 (cliquer sur l’image pour l’agrandir)

DEFINITIONS ET USAGES

Dans les situations d’urgence, l’aide alimentaire est indispensable à la survie de populations victimes de catastrophes naturelles (cyclones, inondations, sécheresses), de conflits qui entraînent le regroupement dans des centres d’urgence de populations déplacées. Les Etats Unis en sont le principal fournisseur à hauteur de 50 à 60% de l’aide alimentaire totale, elle est un important outil d’expansion sur les marchés commerciaux pour les exportations des produits agricoles américains.

De plus, pour le pays bénéficiaire, l’aide n’est pas sans effet pervers. Elle peut entraîner une baisse des prix des denrées agricoles sur les marchés locaux, perturber les circuits de distribution et décourager les producteurs. Elle risque de modifier également le régime alimentaire des populations concernées, généralement dans les pays tropicaux.
(Conseil Economique, Social et Environnemental, « Faim dans le monde et politiques agricoles et alimentaires : bilan et perspectives », Paris, 2010)

QUE DISENT LES ACTEURS

« Les ONG, ces croque-morts de la faim »

Rarement chef d’Etat ne s’en est pris avec autant de violence au Organisations Non Gouvernementales (ONG). Le président Abdoulaye Wade du Sénégal, a dénoncé avec une rare virulence « l’agitation » autour de la crise alimentaire et de l’aide en Afrique, indiquant que cette question est devenue un « business » pour nombre d’organisations humanitaires. (…) Pour illustrer son propos, il a cité en exemple le Niger, qui, en 1994/95, a été déclaré « pays sinistré par la famine ». Sous ce prétexte, a-t-il dit, 98 millions de dollars ont été collectés, or le pays a reçu moins de trois millions de dollars et seulement 8000 tonnes de céréales.

Selon le président Abdoulaye Wade, « l’Afrique doit se dresser et refuser de jouer plus longtemps, passivement, ce rôle d’éternelle assistée ». « Certes, nous avons besoin d’aide mais pas de celle qui ne fait de nous que des prétextes », a-t-il encore dit. Et de demander ensuite à la FAO, l’agence onusienne pour l’alimentation, de ne pas se transformer, elle aussi, en « main tendue de l’Afrique pour recevoir la pitance ». Elle doit aussi cesser de « prélever 20% des aides qui passent entre ses mains et trouver ailleurs des ressources de fonctionnement ».

(Le Courrier, article du 21 avril 2000, Dakar, Sénégal)

HISTORIQUE

Voici comment Lappé et Collins, dans « Food first », résument les origines du programme P.L. 480 (« Food for Peace ») aux Etats-Unis : « A l’origine … Il y a une crise … la production agricole des Etats-Unis était excédentaire. Entre 1940 et 1950, la production des Etats-Unis a augmenté d’environ 50%, alors que la consommation intérieure restait bien inférieure, n’augmentant que de 30% environ. L’accroissement de la productivité, dû à l’utilisation plus intensive d’engrais et de pesticides, à quoi sont venues s’ajouter de meilleures semences et des aides aux prix agricoles, ont provoqué des excédents énormes dont le simple stockage coûtait un million de dollars par jour aux contribuables.

Ces excédents posaient un grave dilemme. Le « lobby » des agriculteurs refusait qu’on les mette sur le marché intérieur. Et, en décidant de les écouler sur le marché mondial, on aurait fait tomber le prix des céréales d’un dollar mondial, on aurait bouleversé le marché international.

Lors de sa Convention nationale de 1952, l’American Farm Bureau, qui représente les grandes et moyennes exploitations agricoles, proposa une solution : créer un marché étranger secondaire en permettant aux pays qui avaient un déficit alimentaire de payer leurs importations de produits alimentaires en provenance des Etats-Unis non pas en dollars, mais avec leur propre monnaie. C’est ce qu’a fait le P.L. 480.

Ainsi donc, le P.L. 480 était considéré comme un moyen d’aider les pays à bas revenu, lesquels n’auraient pu, en d’autre circonstances, constituer un marché pour quiconque, à acheter les excédents de production alimentaire des Etats-Unis, alors qu’en même temps on observait, pour les pays à haut revenu, le dollar commercial à un niveau élevé.

(JonathanFRYER , « L’aide alimentaire un marché de dupes », CETIM, 1981)

En 1965, l’aide alimentaire des Etats-Unis représentaient 94% de l’aide alimentaire mondiale, mais à partir de 1967, l’Union Européenne va concurrencer les USA dans la livraison des céréales et introduire de nouveaux produits avec l’envoi de ses excédents laitiers.

Dans le même temps, des institutions d’aide multilatérales se sont développées à travers notamment l’ONU parmi lesquelles le PAM (Programme Alimentaire Mondial) qui reçoit 80 à 90%de l’aide multilatérale alimentaire.

Les objectifs les plus récents des pays fournisseurs d’aide alimentaire visent de plus en plus à rechercher la sécurité alimentaire à long terme des pays receveurs et à améliorer leurs procédures d’envoi.

On constate, entre 1983 et 1996, l’introduction de certaines mesures notamment dans la politique européenne visant à l’amélioration de cette aide.

Les dons alimentaires sont des dons faits aux Etats qu’ils revendent ensuite sur leurs marchés intérieurs. L’Union Européenne, avec les sommes récoltées, demande de créer des fonds de contre-partie qui devraient être affectés au développement agricole.
(GRAD, « L’Aide en question », p. 27/31, Bonneville, 2000)

QU’ECRIVENT LES AGENTS 

En 1973, la grande sécheresse au Sahel avait détruit les cultures sur pied et décimé le bétail. L’aide internationale avait mis en place des dispositifs d’aide alimentaire. Une amie infirmière travaillant depuis des années dans des dispensaires de brousse était le pivot de la distribution du lait dans la région de Bobo Dioulasso. Elle m’explique ceci : « Quand tu entres dans le bureau du directeur d’une ONG internationale à Ouagadougou, tu vois derrière son dos une grande carte de la Haute-Volta avec plein de petits drapeaux piqués là où il a déjà réussi à apporter du lait en poudre. Et puis une courbe, mois par mois, montre la progression du volume de la distribution de lait. Quand je suis là devant, j’ai honte de me dire que, quelques mois après la sécheresse, je suis en train d’habituer les nourrissons et leurs mamans à se nourrir de lait international. Mais lui me rassure en disant : Vous voyez, cela progresse bien : nous touchons de plus en plus d’enfants. Nous avons actuellement le meilleur système de distribution de tout le Sahel. Est-ce là un bien ? Un progrès ? Je ne sais. Une chose me rassure à moitié : quand je fais les distributions dans les villages, je fais en même temps un cours de nutrition aux mères et des soins aux enfants ».

(Bernard J. LECOMTE dans « Survivre grâce à l’aide, réussir malgré l’aide », Autrement, p. 169, Editions de l’Aube, 2000)

QU’ECRIVENT LES AUTEURS D’ETUDE

L’aide alimentaire ne doit plus perturber davantage les marchés vivriers locaux. Il est très difficile d’arriver à un tel résultat. Si l’on vend l’aide alimentaire sur place, afin de ne pas per’turber les marchés locaux, on ne touche plus par définition les plus pauvres, qui ont un faible pouvoir d’achat. Si l’on distribue l’aide gratuitement aux populations nécessiteuses, il faut être capable de les cibler. Le volume d’aide alimentaire délivré doit être fonction des besoins réels des populations en cause. Or, les niveaux de l’aide dépendent des surplus existants sur le marché, qui ont peu à peu à voir avec une logique d’ajustement aux besoins. La solution des achats locaux constitue bien entendu un mieux, mais les fonds manquent pour leur donner de l’ampleur.

(Stéphane MADAULE, « La crise alimentaire qui vient », L’économie politique n° 43, Alternatives économique, juillet 2009, p.32)

L’aide alimentaire n’est pas une aide efficace; elle exige que l’on dépense presque autant d’argent, non pas directement pour aider les gens qui doivent bénéficier de cette aide, mais pour la faire venir de l’étranger, acheter et entretenir des camions, louer ou bâtir des dépôts ; et, bien que toutes ces activités puissent être créatrices d’emplois, il y aurait peut-être de meilleures façons d’utiliser cet argent dans des projets. (…) L’aide alimentaire peut voir un effet démobilisateur sur la production locale, soit parce qu’elle se retrouve sur le marché et fait baisser les prix, soit parce que les gens qui travaillent contre de la nourriture ne travaillent plus aux champs, soit simplement parce que les bénéficiaires de l’aide alimentaire trouvent alors inutile de cultiver leurs propres champs ou leur propre jardin.

Etant donné l’énorme quantité de nourriture qui se perd, après chaque récolte, dans les pays en développement (gaspillée, mangée par les rongeurs ou pourrie) il vaudrait mieux consacrer à la conservation de la nourriture une bonne part du budget des gouvernements et des ONG actuellement consacrée à l’organisation et à la distribution de l’aide alimentaire, ou encore créer des banques de denrées alimentaires.

(JonathanFRYER , « L’aide alimentaire un marché de dupes », CETIM, 1981)

ANALYSE

Aide alimentaire et régulation des prix des denrées

Les programmes de stabilisation des prix grâce à l’aide alimentaire fonctionnent selon un système relativement simple : en période de surplus, on achète pour éviter l’effondrement des prix au producteur ; en période de disette, on relâche des stocks pour éviter une flambée des prix (au consommateur) et limiter les risques de crise sociale (les émeutes de la faim accompagnent souvent de telles hausses, notamment en milieu urbain).
Satisfaisants sur le plan théorique, ces programmes se heurtent à de nombreux problèmes :

  1. Ils impliquent une grande honnêteté de la part de l’organisme de stabilisation des prix. Dans les conditions prévalant dans de nombreux pays, les structures responsables de tels programmes (souvent l’Office national des céréales) peuvent être soumis à de nombreuses pressions et ses cadres à diverses tentations.
  2. Le coût du stockage (bâtiments à louer ou à entretenir, gestion des stocks et, si nécessaire, fumigation régulière, etc.), celui du déstockage et de la reconstitution des réserves sont lourds. Les problèmes techniques ne sont pas simples : l’Europe en a fait largement l’expérience, dans les années 1970/80, avec ses surplus de production céréalières et laitières, abîmés par moisissures et rongeurs.
  3. De plus, ces programmes sont souvent frappés de plein fouet par le mesures d’économies suggérées par le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale. Basés sur le principe de l’intervention de l’Etat sur le marché pour réguler les prix, à la fois en faveur de producteurs et des consommateurs, ces programmes vont à l’encontre des lois du marché et de la libre concurrence. Ils sont donc les cibles privilégiées des institutions de Bretton Wood.

Dans ce secteur d’activités, les vrais problèmes sont en réalité liés au fait que l’on constitue souvent des stocks, non pas à partir de productions locales, mais à partir de céréales d’importation produites au Nord. Si la deuxième partie de l’équation – faire baisser les prix en période de disette -peut être réellement mise en oeuvre grâce à ces importations, en revanche, la première partie – soutenir les économies rurales – ne l’est pas du tout.
Alors, peu incités à produire des surplus, les agriculteurs se tournent vers l’autarcie et abandonnent la production (faite) en vue d’une commercialisation.
(François GRUNEWALD, dans « Entre urgence et développement », p. 140, Karthala, 2000)

CAS

Que faire avec l’argent du riz américain offert par le Japon ?

Il y a un mois environ, j’ai visité quelques boutiques au centre de Ouagadougou pour voir quel riz on trouvait sur le marché, et à quel prix. J’ai été surpris de trouver, dans une même boutique, du riz en provenance de Thaïlande, du Vietnam, du Burkina, mais aussi du riz américain appelé  » riz du Cathwel (Il s’agit de riz offert à l’ONG américaine par les Etats-Unis, et vendu aux commerçants de la place par appel d’offre.) « , et enfin du riz dit japonais, mais en provenance de Californie (USA). (…)
Ensuite j’ai aperçu quelques sacs sur lesquels on pouvait lire  » Riz du Sourou – Burkina Faso « . Le sac était vendu à 10 500 F les 25 kg (soit 420 F le kilo). J’ai demandé si c’était du riz blanc, il m’a répondu  » Non, c’est du riz américain ! « . Et il m’a montré quelques grains de riz. J’ai pu constater qu’il s’agissait bien de riz étuvé. En effet, il faut savoir qu’en langage populaire, quand on parle de riz  » américain  » veut dire paraboiled ou étuvé. Pour la bonne raison que le riz du Cathwel est très connu et très présent sur le marché burkinabé, depuis de nombreuses années !
J’allais quitter cette boutique quand le vendeur m’a dit, j’ai aussi du riz japonais. Et il m’a montré des sacs de 30 kg sur lesquels étaient collées des étiquettes où on pouvait lire  » don du peuple japonais « . Comme je sais que le Japon n’offre pas du riz japonais (il se protège plutôt des importations en taxant le riz importé à 700 %), j’ai demandé à voir l’ensemble du sac. Et j’ai vu une étiquette (…) où il était écrit : crop year 2004. Il s’agissait donc de riz américain vieux de 4 ou 5 ans (donc sans doute interdit de commercialisation aux Etats-Unis !).
Puisque 90 % des 5 270 tonnes offertes par le Japon sont vendues, pourquoi ne pas utiliser la moitié des recettes de cette vente pour soutenir la filière riz au Burkina ? Pourquoi le Cathwel n’utilise pas 50 % de ses recettes issues de la  » monétisation  » du riz paraboiled en provenance des Etats-Unis pour soutenir les producteurs de riz et les femmes étuveuses (…).
Je suis convaincu que si l’on faisait cela, dans quelques années le Burkina serait autosuffisant en riz. Et les consommateurs seraient heureux d’abandonner les vieux riz asiatiques ou américains au profit du bon riz burkinabé récolté quelques mois auparavant. Et la pauvreté reculerait dans les rizières. Mais veut-on vraiment pouvoir se passer de l’aide?
(Maurice Oudet, Président du SEDELAN, in ABC-Burkina n° 326, Koudougou, le 10 avril 2009)

L’échange « nourriture contre travail »

Il est tout à fait possible d’obtenir de très bons résultats avec des projets d’échange nourriture-travail lorsque ceux-ci sont très bien conçus et bien contrôlés, de préférence de petites dimensions, et si les gens qui y travaillent trouvent leur intérêt dans le résultat final. (…)

Il n’en reste pas moins que, socialement et psychologiquement, l’échange nourriture contre travail pose de nombreux problèmes. Certains pensent que donner, en échange de travail, de la nourriture au lieu d’un salaire dévalue le concept de travail, alors que d’autres rétorquent que, de toutes façons, on ne pourrait payer de salaire à ces gens-là en raison de l’absence de ressources financières. (…)

En fait, de grandes quantités de nourriture données en paiement contre du travail se trouvent également sur le marché, car les gens préfèrent avoir de l’argent plutôt que de la nourriture. Bien que ces pratiques soient officiellement condamnées, on ferme souvent les yeux sur ces ventes illégales d’aide alimentaire (…) et certains coopérants philosophes en parlent comme d’une « subvention indirecte à l’économie locales ». (…)

(JonathanFRYER , « L’aide alimentaire un marché de dupes », CETIM, 1981)

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Un commentaire pour AIDE ALIMENTAIRE

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