MICROFINANCE

Agathe chargée de mission C.I. page 36 (cliquer sur l’image pour l’agrandir)

DEFINITIONS ET USAGES

Terme qui s’est imposé depuis deux décennies. Il désigne l’ensemble des crédits fournis à des personnes ou des groupes qui de par leur situation économique et sociale sont exclus des banques.

Au fil des ans des systèmes complexes de microfinance se sont développés notamment dans l’ensemble des pays du Sud (Asie, Amérique du Sud et Afrique). Parfois ils s’apparentent à des banques mutuelles, parfois ils sont de simples fonds de financement. Mais en général la « microfinance » combine l’épargne locale, des apports externes et des formes de caution mutuelle.

Si, comme tout système financier, elle n’est pas sans risque de dérives graves, (et les dérivent sont nombreuses),la « microfinane » est pour l’ensemble de l’économie informelle urbaine, comme pour comme pour une bonne partie des producteurs ruraux, – donc la grande majorité des populations des pays en développement, – un moyen d’accéder à des ressources financières nécessaires à la consolidation  et au développement de leur activités de production.

La microfinance se veut aussi une alternative à des pratiques d’usure. Exemple

“Dans les mois qui suivent la récolte, pendant que d’autres font la fête,certains remboursent aux usuriers les dettes des mois difficiles. Dans l’euphorie, on ne fait pas attention au taux d’intérêt qui varie de 50 à 200%. Le montant de la dette est souvent prélevé en nature sur la récolte. En attendant que le cours du riz remonte, l’usurier stocke la marchandise jusqu’en octobre. Il revend alors son stock deux à trois fois plus cher que le prix d’achat. C’est bien connu, la richesse engendre la richesse. Toutefois, dans les villages malgaches, la fortune ne s’affiche pas de manière ostentatoire. Les riches y partagent, à une bedaine près, les mêmes conditions de vie que les pauvres. La différence se joue dans l’au-delà. Les riches investissent dans des troupeaux de zébus qui peuvent atteindre plusieurs milliers de tête. L’honneur rejaillira au jour de leur enterrement, quand la famille organisera le sacrifice des bêtes devant le village au grand complet”. (p56)

(LUNVEN Véronique, « Le goût des autres. Récit d’une Bretonne à Madagascar », Les portes du large, 2007, page 156)

QU’ECRIVENT DES AGENTS ?

(JMUR. p.184) C’est une réunion de quartier comme les autres, avec les habitants, avec les habitants d’un bloc de maisons. Je prends la parole pour expliquer le principe du microcrédit, dont nous souhaitons nous inspirer pour aider les gens du quartier à créer de petits commerces. Dans la salle, une femme m’interrompt : « A quoi ça sert de soutenir la création de petites entreprises ici ? », demande- t-elle. On n’a pas d’argent, alors de toute façon, personne ne va leur acheter ! A quoi ça sert de créer des entreprises si personne ne peut acheter ce qu’elles produisent ? ».

Sa remarque m’ouvre les yeux. Je n’y avais pas pensé avant mais, maintenant, tout devient clair. Nous devons créer un système qui soutienne à la fois la production ET la consommation.

(JMUR. p.185) […] Notre point de départ a consisté à créer deux lignes de crédit : une à la production, et une à la consommation, cette dernière prenant la forme d’une « carte de crédit » à destination des ménages les plus pauvres.

Nous leur avancerions de très petites sommes – 20 réais au maximum – pour leur inciter à acheter ce que produiraient les entreprises du quartier.

(JMUR. p.187) Dans ma tête, les choses vont très vite. Mais dans la réalité, nous devons affronter le premier obstacle – et pas des moindres : il nous faut trouver de l’argent si nous voulons prêter !

C’est la première fois que je me mets en quête de fonds. D’après mes calculs, nous avons besoin de 100 000 réais pour pouvoir lancer notre projet. (…)

(JMUR. p.189) Je revois Yves Cabannes, qui s’occupe alors d’un programme avec le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCDF) : le Fonds d’appui aux programmes d’autogestion (Fapag). Il ouvre de grands yeux quand je lui demande 100 000 réais. Il pourrait à la limite nous apporter 2000 réais. Mais nous devons fournir la preuve de la viabilité de notre projet.

Et c’est là tout le problème : pour le moment, la Banque Palmas n’est qu’une intuition. Nous n’avons pas d’études à soumettre, ni de plan précis. Il ne s’agit que d’idées un peu folles nées dans la tête d’habitants de la banlieue pauvre d’une grande ville brésilienne. Yves approuve l’idée et en perçoit le potentiel. Mais il est coincé par la procédure. (…)

(JMUR. p.190) Dans une semaine, on coupera le ruban inaugurant la Banque Palmas. Si nous n’avons pas de quoi accorder un seul prêt, cette belle idée sera morte avant même d’être née. Sandra sourit. Elle me dit : « Avec toi, c’est toujours pareil : on décide les choses, et puis seulement après on voit si elles sont possibles ! »

(JMUR. p.191) Il décide de nous soutenir, passe outre les règles strictes qui l’obligent à disposer d’une étude d’impact. Il nous accorde un prêt de 2000 réais, et nous inscrit dans la liste des bénéficiaires des fonds du Fapag. L’aventure de la Banque Palmas peut commencer !

(JMUR p.203) Nous voulons créer une banque communautaire de microcrédit, gérée par la communauté des habitants, qui encourage la production et la consommation locale par l’intermédiaire d’une carte de crédit. La carte de crédit permet – par un accord entre la banque et le commerçant – de prêter l’agent aux plus pauvres pour qu’ils achètent dans le quartier, et ainsi de « relocaliser » l’économie et de dynamiser notre banlieue de la grande ville riche de Fortaleza !

(JMUR. p.215) Avec la banque, dont les habitants sont aussi devenus des clients, une distance de gestionnaires responsable s’impose. Ils ne peuvent avoir accès à tout. Ce passage d’une compétence sociale à une compétence économique est un vrai dilemme pour moi. Je dois refuser des prêts à des leaders communautaires qui ont beaucoup donné pour le quartier mais ne viennent pas avec un projet viable, suivant les conditions que nous avons définies.

Je leur explique que pour obtenir un prêt, il faut un projet précis, car au-delà des besoins particuliers l’objectif est de relancer l’économie dans l’ensemble du quartier.

(JMUR p.216) Ils estiment qu’ils ont beaucoup donné, par leurs luttes pour le quartier, et que la banque doit leur apporter un service. Ainsi, parfois, quand nous prêtons aux leaders, nous vérifions qu’ils sont parmi les plus mauvais payeurs, estimant trop facilement que leur engagement pour le quartier tout au long des années a valeur de remboursement de leur dette en monnaie.

(JMUR p.226) Strohalm, une association néerlandaise qui avait financé la venue d’Heloisa chez nous, m’offre une piste.

Cette structure travaille sur la notion de monnaie sociale : une devise qui sert aux échanges dans un lieu donné, en dehors du système classique. Une monnaie locale n’a de valeur que dans le quartier où elle est utilisée, et pas en dehors. Elle permet de réintégrer dans le circuit économique des personnes qui en sont exclues, car elles n’ont pas d’argent. (…)

(JMUR p.227) L’association néerlandaise nous propose d’émettre des billets : les palmas – le nom fait écho à celui de la banque. Ils serviront de monnaie d’échange pour notre club de troc géant.

(JMUR p.230) Pour que la monnaie sociale fonctionne dans notre quartier, elle doit être échangeable en réais, la monnaie nationale brésilienne. Le dépôt de gaz et la station d’essence sont sortis du système, car ils n’avaient pas besoin d’échanger des biens à l’intérieur du quartier. Eux, ils ont besoin d’aller chercher leur matière première – l’essence, le gaz… – en dehors du Conjunto Palmeiras.

(JMUR p.241) Pour eux, le microcrédit consiste simplement à accorder des prêts de faibles montants à des gens pauvres pour qu’ils créent leur activité ou consomment dans les circuits traditionnels. Nous savons au contraire, par nos années d’expérience auprès des familles misérables, qu’un travail ‘accompagnement est essentiel.

(JMUR p.251) Nous gérons aujourd’hui une enveloppe de crédit de 1.8 million réais ¹ pour la Banque Palmas et le réseau de banques communautaires que nous avons créées dans tout le Brésil. L’augmentation de notre portefeuille s’est faite progressivement, et nous a permis de revoir la hausse le nombre et le montant des prêts concédés. Après une première expérience fructueuse, la Banque populaire du Brésil a décidé de nous accorder, à chaque fois, un peu plus d’argent.

¹ A l’été 2009, la Banque populaire du Brésil nous accorde 1.5 million de réais, et l’Etat du Ceara, 300 000 réais.

(JMUR. p.254) Aujourd’hui, nous sommes parvenus à modifier le logiciel, et avons redéfini notre accord avec la PIB : elle nous prête à 1 % pour que nous options ensuite pour des taux allant de 1.5 à 1.3 %.

Le deuxième compromis concerne les délais de remboursement. Toute personne qui ne paie pas son prêt a 90 jours de délais supplémentaires pour acquitter sa dette. Au-delà des 90 jours, nous devons rembourser la banque la BPB.

Quand un client ne rembourse pas au bout de 90 jours, nous avons deux options : soit nous renégocions sa dette avec la BPB et ouvre une ligne parallèle où le client nous rembourse quand il peut.

Nous ne sommes pas obsédés par les taux de recouvrement. Nous vivons depuis toujours dans un quartier pauvre et nous savons – quand un système de confiance est établi- que les causes de non-remboursement sont principalement dues, soit à une mauvaise évaluation du projet, soit à un problème familial- un fils ou un père en prison, ce qui entraîne des frais de justice, par exemple. Dans ce cas-là, il faut laisser du temps aux gens et ne pas les enfoncer alors qu’ils se trouvent déjà dans une situation difficile ; C’est pourquoi nous accordons un nouveau prêt, ou nous remboursons à leur place, en attendant qu’ils puissent faire face.

QU’ECRIVENT DES AUTEURS ?

UNE ANALYSE

Une microfinance massifiée mais en quête de sens.

(Par Dominique LESAFFRE (travaille depuis plus de 20 ans sur le financement du développement et sur la microfinance dans les continents du Sud). Article pour ADA )

Le micro-crédit ou la microfinance vont faire beaucoup parler d’eux cette année. Comme pour d’autres phénomènes, ceux qui y travaillent depuis longtemps continueront après la vague, probablement stimulés par elle. Les autres, incidemment ceux qui auront fait le plus de bruit cette année, attendront après le reflux de se coller à une nouvelle vague thématique…

Le développement spectaculaire de la microfinance depuis deux décennies dans les pays du Sud, et plus récemment dans ceux anciennement de l’Est, s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs :

  • Les programmes d’ajustement structurel (PAS) ont réduit l’envergure de l’emploi public ;
  • La faiblesse de la rémunération de l’activité agricole amplifie les phénomènes migratoires et notamment l’exode rural continu qui concentrent dans les (grands) centres urbains une population à la recherche de services (y compris de services financiers) ;
  • La pression démographique des pays du Sud a généré une demande croissante d’auto-emploi et amené les populations pauvres à développer par elles-mêmes des activités qui génèrent les revenus suffisants pour faire vivre les familles ;
  • Les réductions ou la complexification de l’aide par subvention a réduit l’accès à des ressources non liées à des obligations.

En conséquence, la majorité de la population mondiale appartient désormais à ce que l’on appelle le secteur non structuré (ou secteur informel). Ces personnes, organisées collectivement ou non perçoivent maintenant clairement que leur subsistance d’abord et leur développement ensuite dépend de leurs propres capacités d’insertion et d’entreprise individuelle ou collective. Pour répondre à cet état de fait, elles ont besoin d’accéder à des services financiers de proximité (crédit, épargne, assurance…) auxquels les institutions financières commerciales ne répondent pas vu les contraintes liées au profil de cette clientèle (coût de transaction élevé, image du pauvre).

La microfinance peut être définie comme la fourniture, à des conditions commerciales, de services financiers de petite échelle destinée à une clientèle potentielle solvable mais traditionnellement laissée de côté par le système financier. Ces services financiers sont réputés « orthodoxes » puisque :

  • le (micro)-crédit entraîne des obligations mutuelles (prêt et remboursement) donnant lieu à un contrat entre un prêteur et un emprunteur et souvent l’intervention d’un garant,
  • l’épargne se manifeste par des dépôts à vue et à terme dont les modes de gestion visent à assurer leur sécurisation,
  • l’assurance répond aux mêmes exigences que dans les pays du Nord et couvre les risques des personnes et des biens,
  • les virements et transferts (provenant de la diaspora) représentent les ressources principales des populations pauvres de pays comme le Mexique ou le Mali.
  • De tous temps, la relation financière a impliqué une garantie pour assurer que le prêteur va recouvrer son capital (avec des intérêts). Les garanties appliquées dans la microfinance peuvent revêtir plusieurs formes : (i) garantie solidaire (garantie morale d’un petit groupe de personnes), (ii) garantie réelle (nantissement de biens), (iii) garantie financière (dépôts de garantie, garantie bancaire externe, etc…

Les montants sont en général petits, et servent à financer d’abord le besoin en fonds de roulement mais également, bien que plus rarement, l’équipement productif ou les besoins qualifiés de sociaux comme la santé ou l’éducation. Les emprunteurs de (micro)-crédit sont des personnes physiques individuelles  (micro-entrepreneurs, artisans, paysans, commerçant(e)s ) ou bien des associations ou groupements de producteurs, paysans, artisans.

Si on commence à ne plus seulement décrire le phénomène, mais aussi à l’analyser, on notera qu’en liant ‘microfinance’ et ‘lutte contre la pauvreté’, les promoteurs de ces services intéressés à la pérennité des structures et de l’offre vont continuer à toucher le jackpot. Car c’est du ‘gagne à tous coups’. La pauvreté n’est évidemment pas prête à reculer vu d’une part la structure des termes de l’échange entre le Nord – aux marchés protégés – et le Sud avec son cortège des effets massifs de l’exclusion, et d’autre part le système bancaire qui n’est pas conçu pour fournir des services à une clientèle analysée au mieux comme onéreuse par le coût de transaction qu’elle induit et au pire comme non solvable. La microfinance se greffe alors sur l’injustice économique comme un cataplasme, le plus souvent douloureux d’ailleurs… Car pour assurer leur durabilité, les prêteurs ‘ne mollissent pas’ sur la structure des recettes, avec des taux d’intérêt atteignant souvent allégrement les 30, 40, 50 voire 60% annuels dans les zones sans concurrence et ce toujours avec de bons arguments. Dans les cénacles microfinanciers, on entend encore dire que « l’important, c’est l’accès des populations pauvres au crédit, les conditions de cet accès, ce n’est pas le problème  » ou encore, « la mystique de l’engagement des pauvres est impressionnante, elle permet de remarquables taux de remboursement ». C’est oublier un peu vite que lesdits pauvres n’ont pas d’autres choix que celui de rembourser s’ils veulent accéder au crédit suivant, et ce notamment dans les univers non concurrentiels qui ne leur permettent pas vraiment de faire leur ‘marché du service financier’.

Du coup, on constate que « Prêter aux femmes, c’est plus sûr, car elles remboursent bien » et comme le monde traîne un lourd passif sur les questions de genre, ça tombe bien. On prête aux femmes et on se refait une petite conscience à bon compte. C’est omettre que les femmes doivent faire vivre leurs familles et qu’elles ne sont pas seules pour cela : les travaux complexes sur l’exploitation familiale montrent que c’est tout le foyer, y compris parfois les enfants qui doivent faire vivre la fragile économie familiale, avec à chacun(e) ses tâches, alors pourquoi créer des distorsions au sein des familles en n’en reconnaissant qu’une des composantes, certes essentielle ?

Finalement, de quels choix et quels outils disposent les pauvres pour accéder au financement et sortir par eux même de la misère sans que cette dernière ne soit instrumentalisée par les ‘loans sharks’ de tout poil ?… La dernière récupération en date est l’annonce du financement de la réhabilitation par la microfinance dans les pays des rives de l’Océan Indien frappés par le Tsunami : les populations qui ont survécu à ce cataclysme pourront puiser dans leurs réserves disparues les moyens d’un endettement pour de nombreuses années et puis ‘comme d’hab’ on commencera par des crédits à 50 US$, puis 100 US$ et, comme cela, on luttera la pauvreté tout en développant le marché ! Ailleurs, on attend aussi déjà les bataillons microfinanciers, taux d’intérêt élevés (sécurisation oblige…) et agents de recouvrement dûment formés, qui prendront la place de l’armée d’occupation (pardon, de libération…) dans les quartiers de Falloujah à reconstruire … Et le financement de l’agriculture, des équipements, des aménagements sur le moyen et long terme en Afrique, mais aussi en Amérique Latine et en Asie, qui va s’en charger ? Ben oui, mais il y a tellement de risques, les inondations, les criquets, etc….Et puis les migrants vers la ville, cela fait de futurs clients pour la microfinance …

Depuis 10 ans, on a assisté à ce que l’on appelle l’institutionnalisation des ONG de crédit, c’est-à-dire leur transformation en instances régulées et supervisée par les instances publiques compétentes. Le paysage a certes été ‘nettoyé’ pour ne maintenir que les institutions jugées viables, mais ces dernières doivent désormais consentir une énergie, du temps, des coûts considérables à la production ‘d’informations transparentes’ en investissement dans des systèmes sophistiqués et pas toujours fiables d’ailleurs. Tant mieux si cela permet de savoir ce que l’on fait et où l’on va, mais les clients fidélisés et plus nombreux de ces institutions régulées déplorent le renchérissement des conditions d’accès. Et puis cette information, pour quoi faire ?

Au risque d’un pavé lancé dans la mare, la microfinance a subrepticement généré la création d’une nouvelle caste de rentiers : les « agences de rating ». Il s’agit de groupuscules situés le plus souvent au Nord, apparus récemment alors que les IMF commençaient à prospérer et qui font des indicateurs financiers à la fois leur fonds de commerce et matière à lobbying. Elles sont vraiment fortes ces agences, car elles ont réussi à se rendre indispensables pour les IMF, les investisseurs et aussi les aides publiques ou privées en mal de repères. Bien que sophistiquées, les notations ne sont en fait qu’une mise au pas à la norme ‘bestpracticienne’ dominante. L’arnaque ne vient pas de la fonction de notation externe qui permet aux IMF de réfléchir, mais de la mise en condition captive des IMF qui s’auto excluent du marché si elle ne passent pas par cette casserole (payante) et à la qualité de service parfois douteuse (c’est normal, comme il s’agit d’un marché captif, le service n’est pas obligé d’être bon…) et aux résultats plus qu’incertains car les investisseurs et maintenant les bailleurs se ruent tous sur les « success stories » contribuant ainsi à renforcer les positions dominantes avec des retours sur investissement planifiés, tout cela bien entendu avec ‘la lutte contre la pauvreté comme seule motivation’… Alors le rating n’est même pas une garantie d’accès à des nouvelles ressources. Mais sous couverts de transparence de l’information, ce sont en fait des enjeux de prise de contrôle qui dominent…

Mais quelques nouvelles sympathiques commencent à pointer montrant que la microfinance n’est pas seulement la propriété exclusive de quelques systèmes choisis, même si le diktat ‘best practicien’ des ratios financiers – non plus seulement considérés comme des indicateurs, mais comme des objectifs à atteindre – continuent ‘d’écrémer’ l’émergence d’un tissu multicolore d’une offre locale de financement. On parle maintenant de plus en plus de performance sociale des IMF (il faut bien retrouver sa raison d’être originelle …), les organisations de producteurs n’hésitent plus à se doter de leurs propres instruments dont les performances sont jugées par les utilisateurs eux-mêmes – quitte à sortir parfois des sentiers de l’orthodoxie – les IMF travaillent à la mobilisation de ressources à moyen terme afin de pouvoir diversifier leurs produits et commencer à financer l’équipement ou la demande qualifiée de ‘sociale’. Les IMF d’Afrique, Amérique Latine d’Asie ou encore du Monde Arabe ne sont pas des clones : elles débattent, se situent, font des tests et cherchent de plus en plus à définir par elles-mêmes leur cadre de référence et définissent de plus en plus leur ‘agenda’ au travers de réseaux continentaux et non plus seulement à Washington, Paris ou Luxembourg. Les IMF et les OP commencent à parler ensemble pour relever des défis communs et quand les banques s’y mettent avec leurs moyens comprenant qu’il s’agit d’un fantastique marché, les IMF doivent adapter à la baisse leurs taux d’intérêt. Dans les marchés très concurrentiels, les ONG de crédit, plus accessibles et souples maintiennent ou renforcent leur place au soleil. Alors, si ce que l’on appelle les distorsions du marché permettent à la fois concurrence et amélioration des conditions d’accès aux services financiers de proximité, où est la distorsion ?

UN CAS

Devant les succès explosif de la micro-finance –le taux de défaillances de l’emprunteur est de moins de 5 % en Zambie), les banques traditionnelles se sont avisées qu’il y avait là de bonne occasions qu’elles n’avaient pas songé à exploiter. Depuis 200 on assiste à une croissance rapide des investissements internationaux dans le micro-prêt par le biais d’agences variées et de fonds à visée plus commerciale.  Vers la mi-2004 ces groupes bancaires avaient investi un total de 23 milliards de dollars dans des institutions de micro-crédit.

La micro-finance a ses opposants. On reproche à cette forme de prêt aux pauvre de pratiquer des taux usuraires de susciter une sorte d’escroquerie à la Ponzi (emprunter à un prêteur pour rembourser le prêteur précédents), et d’encourager une consommation effrénée. A quoi on peut répondre 1) qu’avec le nombre croissant de micro-prêteurs et la participation toujours accrue à ce type de prêt les intérêts demandés baissent inévitablement et deviennent plus compétitifs ; 2) que, quant au risque d’escroquerie, cette objection ne fait que souligner l’importance d’une meilleure information sur les emprunteurs ( ce qui renvoie exactement à l’asymétrie dans l’information que le modèle Grameen s’efforce de corriger) ; 3) que le problème de la consommation au détriment de l’investissement existe pour tout prêt, à toute époque, et partout. (p.204)

Prêter aux pauvres n’est plus aujourd’hui une activité limitée par les frontières nationales ou réservée à des institutions financières. Avec l’existence de Kiva, site interface basé en Californie, n’importe qui, assis devant son ordinateur n’importe où, peut prêter de l’argent à n’importe qui sur la planète. Voici comment on procède : une femme au Cameroun est en ligne : elle cherche un prêt de 300 dollars pour son entreprise de couture. Elle explique son affaire du mieux qu’elle peut : un homme à Des Moines, Iowa, lui prêt 25 dollars ; un autre en Suède prête la même somme et le restant est avancé par quelqu’un au Japon. L’échéance du prêt est fixée et le taux d’intérêt arrêté. La femme informe régulièrement les prêteurs sur les progrès de l’affaire. Dans la semaine précédant le 19 avril 2008 plus de 625 000 de dollars ont été ainsi prêtés pars 3 000 nouveaux prêteurs. (p. 205)

(DAMBISA Moyo, »L’aide fatale », JC Lattes ,2009)

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