PLAN LOCAL DE DEVELOPPEMENT

Agathe chargée de mission C.I. p. 24 (cliquer sur l’image pour l’agrandir)

DEFINITIONS ET USAGES

Le territoire est une portion d’espace ; façonné par une histoire et une culture, habité et approprié par une société donnée dans la diversité de ses activités et de ses groupes, avec ses modes de relation, de décision d’insertion en des ensembles plus vastes, pouvant être animé par une dynamique de projet. A la globalisation par les pôles financiers, répond la globalisation de développement par chaque territoire : c’est un espace géographique a aménager, équiper et protéger ; un espace économique a valoriser par la coordination de ses activités ; un espace social et culturel a recomposer et a aimer ; un espace de réseaux d’acteurs, de pouvoirs, d’institutions a renforcer et a renouveler. Le développement appelle le croisement de la logique verticale des filières économiques et la logique transversale des dynamiques territoriales et sociales : l’organisation des territoires est aussi nécessaire a l’essor des entreprises que la croissance de celles-ci est nécessaire a la mise en valeur des territoires. La protection de l’environnement, la création et les reconversions d’activités, les équipements et les services, les actions de formation et d’intégration sociale ont leurs canaux spécifiques, mais ne peuvent plus être conduits séparément : Les territoires peuvent offrir les cadres efficaces pour ces coordinations.

(Houée p247)

QUE DISENT LES ACTEURS LOCAUX ?

La « profession de foi », pacte de solidarité et d’entraide (Bamba Thialéne,Sénégal,1977)

Nous ne nous réunissions pas pour faire des actions économiques ou « pour faire du développement ». Mais uniquement pour répondre à deux questions :

– « Comment allons-nous reprendre en mains les possibilités de chez nous ?

– ”Comment tracer une voie nouvelle qui réponde à nos interrogations ».

Tout cela a fini par donner la possibilité de rédiger ce que nous avons appelé notre profession de foi à une trentaine de personnes du village, qui marque notre association. +++LIENp45

(CISSOKHO Mamadou , »Dieu n’est pas un paysan », Grad , Présence Africaine,2009,pp43/45)

QUE DISENT LES AGENTS ?

”Je crois que l’Etat a beaucoup perdu de sa force de coordination des activités des différentes structures. Je ne sais pas si c’est dû au fait que les agents ne sont plus aussi nombreux sur le terrain. Le responsable d’un service étatique au Mali m’a dit ceci : « Nous n’avons plus beaucoup d’agents sur le terrain, alors le peu de techniciens que nous avons se consacrent plutôt à des tâches techniques plutôt que de discuter autour de tous ces points-là (coordination, concertation, etc.) ». Et puis, les agents de l’Etat ne sont pas bien préparés pour de tels débats. On constate que durant les rencontres, ils ont très peu de choses à dire.

Et aussi, à chaque fois qu’une initiative du type concertation ou discussion avec l’aide extérieure naît, ils prennent du recul en disant : « cela peut être dangereux, nous ne sommes pas là pour cela. Nous risquons d’avoir des problèmes avec les responsables à d’autres niveaux ». C’est que dans nos pays, en général, l’Etat ne va pas refuser un programme d’aide même si il est incompatible avec sa politique de développement : « Il faut prendre tout ce que l’on te donne ». Il y a une soumission : les gens sont devenus très passifs, surtout l’administration, face aux agents de l’aide extérieure. Les gens ne parviennent plus à prendre l’initiative, ni à discuter avec les projets et les ONG pour les orienter en fonction des besoins des communautés. C’est un point très important et trop ignoré. Il est vrai qu’il y a des tentatives aujourd’hui (de manière isolée)d’adopter une stratégie participative du développement même au sein de l’administration publique, mais la réalité de l’ensemble est toute autre » .

(Goita Mamadou, Oxfam , B.F .1995) DPH 037

QU’ECRIVENT LES AGENTS

Plans et agences d’aide

« Intervient ici le jeu réaliste, pour ne pas dire cynique, de beaucoup d’agences d’aide ; d’un côté elles contribuent (par leurs experts et par leur exigence de disposer d’un document appelé plan) à ce que chaque Etat élabore un plan ; de l’autre, elles rendent celui-ci inopérant en ne finançant, chacune pour soi, que des projets déterminés. Or elles savent bien que la somme de « leurs projets » ne coïncide pas avec le noyau dur des investissements prioritaires. Chacune vient picorer sa part du plan sans s’occuper de l’effet produit sur l’ensemble. »

(LECOMTE Bernard J., « L’aide par projet, limites et alternatives », OCDE, Paris, 1986, p60)

ONG, Collectivités locales et Etat central

Compter sur les ONG, comme certains bailleurs ont entrepris de le faire ? Les agences d’aide sont tentées de troquer sur le terrain l’administration contre le dernier acteur à la mode : les ONG. En lâchant brutalement les sociétés d’Etat et les services publics qu’elles ont longuement et massivement soutenus, elles provoquent volontairement le démantèlement de l’administration publique. Or, en milieu rural, cette dernière a un tout autre rôle que celui des ONG : elle a la mission d’apporter un ensemble de services cohérents, durables et disponibles pour tous les citoyens. Un pêle-mêle d’ONG, plus ou moins concurrentes entre elles et appuyées par des dispositifs d’aide discontinus et anarchiques, ne peut remplacer une administration publique locale même faiblement dotée en ressources. Laisser faire cela serait lâcher la proie pour l’ombre.

Alors, miser sur les collectivités locales ? Depuis le début des années 1990, les politiques de décentralisation offrent aux bailleurs de fonds l’occasion de trouver de nouveaux partenaires au profil attirant. Nombreuses et dispersées, autonomes et plus faciles à influencer que les administrations centrales, pauvres et avides d’équipements, désormais légitimées par des élections locales, les institutions publiques décentralisées présentent en effet d’attrayantes capacités d’absorption d’aide financière et d’assistance technique. Comment maîtriser cet attrait bénéfique et dangereux ?

Enfin, comment feront les Etats centraux pour éviter que ne se développe, entre les collectivités locales, une grande inégalité, fruit des appuis accordés par des intervenants externes agissant le plus souvent en concurrence ?

(GUENEAU Marie-Christine, LECOMTE Bernard, « Sahel, les paysans dans les marigots de l’aide », L’Harmattan, Paris, 1998, p263)

Voies et moyens pour aller vers la concertation au niveau local.

Entre les responsables d’OP et les élus des Collectivités Locales, il s’agit en s’unissant de construire une force capable de définir un dessein social et économique et de conduire l’ensemble des actions au niveau d’un territoire donné. Quel que soit l’avenir des actions de décentralisation (et de leur corollaire, la responsabilité d’élus au sein des collectivités locales,) la présence active d’organisations de base est un ferment utile, sinon indispensable, pour l’avenir des villageois. Utile surtout s’il maintient l’entente et limite les concurrences entre leaders. Indispensable s’il apporte du sens.

Pour cela, il convient de :

  • – communiquer et rassembler. Se rencontrer entre associations paysannes, s’allier avec les organisations de toutes sortes,    coopérer avec les élus, les collectivités locales et les fonctionnaires des administrations déconcentrées. Quitter l’étroitesse de leurs institutions propres. S’associer avec les autres pour acquérir une possibilité d’influence. Pour faire cela tout en restant spécifiques et insérés au sein des villages. Chercher avec l’ensemble des villageois le sens de l’effort commun à mener.
  • – s’informer. Aller chercher les renseignements là où ils sont. Voyager pour apprendre et comparer.
  • – ne pas craindre le travail d’évaluation. Y participer soi-même par le biais d’autoévaluations et admettre que l’œil d’autrui et son avis critique ne peuvent pas être les ferments de changements utiles. Le travail de suivi est leur affaire, sinon il ne se fera pas !

Au sein des directions des agences, l’axe essentiel est de chercher désormais à jouer en équipe et pour cela :

  • avant de penser intervenir, s’associer déjà avec d’autres agences et ensemble s’engager à épauler durablement un territoire déterminé ;
  • veiller à ce que les règles du jeu, dès le point de départ d’une intervention d’appui, fassent l’objet de négociations avec la gamme des divers acteurs locaux et que les instruments soient communs à plusieurs agences ;
  • déléguer le pouvoir de gestion de l’apport d’aide aux divers « cadres de concertation » constitués ou à construire entre acteurs locaux, acteurs étatiques et acteurs du système d’aide ;
  • veiller, s’il y a besoin d’un programme spécifique à l’agence, à ce qu’il comprenne une part de ressources non affectées d’avance

(Note du Grad pour le Club du Sahel, 1998)

QU’ECRIVENT DES AUTEURS

Ceux d’aujourd’hui revendiquent le droit de vivre et de décider au pays. Pays, paysan, paysages : ces mots expriment depuis toujours l’identité d’un espace retreint de relations et d’appartenances, une combinaison originale de faits naturels et humains. Le pays est d’abords un héritage de la nature et de l’histoire, fait de cet affrontement séculaire où la vie personnelle et sociale est marquée par le relief, le climat et le sol, où l’homme et la collectivité transforment peu à peu le milieu naturel jusqu’à en faire un lieu humanisé et familier.

La civilisation technicienne tendait à niveler cette mosaïque de petites régions. La réalité humaine profonde se venge aujourd’hui d’avoir été ainsi méconnue. A côté de ses appartenances socio-professionnelles   —   verticales   —   l’homme d’aujourd’hui recherche des appartenances   —   horizontales   —   plus communautaires que sociétaires, plus affectives que relationnelles. Il veut être saisi, impliqué dans la globalité de son être. Il réclame un cadre, une unité de vie totale où le territorial l’emporte sur le professionnel, le politique sur l’économique.

Le pays doit être d’abord cet espace-synthèse, cette unité de vie sociale et culturelle, où des habitants d’âge, de situation, d’options différentes partagent une histoire, une mémoire collective et une micro-culture spécifiques, assez commune, assez communes et fortes pour avoir une volonté de vivre et de créer ensemble à leur manière. Il est des dimensions à ne pas dépasser pour que chacun puisse s’identifier et être identifié, pour qu’une vie collective permette la régulation des conflits, l’expression des aspirations, l’émergence des solidarités, le renouvellement social. La projection et la création collectives y deviennent possibles, parce qu’elles trouvent la solidité et la chaleur humaines nécessaires. Développer un pays, c’est d’abord rendre un peuple à lui-même pour l’amener à aller jusqu’au bout de lui-même.

(HOUEE Paul, « Les chemins creux de l’espérance », Editions CANA, 1982 , p98/99)

Un mouvement de développement local s’engage quand les projets d’acteurs s’inscrivent dans un « Projet » ; quand ils contribuent à le créer, à le faire renaître, quand ils le renforcent. « C’est dans la mouvance du Projet que les projets trouvent leur utilité et leur sens » […]

Deux conditions apparaissent, qui elles mêmes doivent être durables. La première est la création, le renouvellement, l’ajustement permanent d’instances de dialogue et de concertation entre les acteurs du développement local. Cela suppose d’imaginer des procédures d’échanges, de négociations, et de d’adapter celles qui existent. La seconde condition, qui doit alimenter la première, est la production permanente de connaissances sur les mécanismes écologiques et sociaux mis en cause dans le mouvement de développement local.

(DEFFONTAINES Jean-Pierre, PRODHOMME Jean-Pierre, « Territoires et acteurs du développement local. De nouveaux lieux de démocratie », L’aube, 2001, p102))

Dans la plupart des langues africaines, il n’existe pas de mots pour  planification, stratégie, priorité et défi. Et pourtant …

Depuis des temps immémoriaux, les gens se sont réunis pour établir des plans de survie : où trouver eau et nourriture pour aujourd’hui, que semer pour demain ? Ils pouvaient déduire de leur expérience combien de temps mettraient les pluies à arriver, quand arriverait la saison sèche ; ils entendaient les gens et les animaux arriver de loin, se prévenaient les uns les autres à l’approche du danger, prévoyaient les besoins futurs et s’approvisionnaient à l’avance. Ce n’est pas parce qu’ils ne conjuguent pas leurs verbes au passé, au présent et au futur qu’ils sont démunis de la faculté de prévoir. Prévoir, c’est agir selon ce que le passé nous a appris par rapport à ce qui peut arriver demain. C’est une des manières qui permettent d’éviter que l’ordre des choses ne soit perturbé. Mais l’inattendu n’est pas entre les mains de l’être humain. […]

Est-il étonnant que les concepts de planification, de stratégie soient difficiles à traduire dans les langues africaines ?

(Edith SIZOO, ?,pp69/70)

Une approche du développement économique ne peut donc plus se faire autrement qu’à partir d’une définition, par les habitants d’un espace donné, de l’articulation entre leur activité économique au sens strict et leur participation à la satisfaction des besoins sociaux qu’ils jugent prioritaires. C’est ainsi qu’une synergie peut se produire entre la réaction à une situation invivable et la réémergence d’une collectivité, là où, souvent, on n’observe plus qu’une juxtaposition d’individus.( p160)

L’objet d’un travail avec la population est donc de contribuer au renforcement des organisations locales, pour qu’elles puissent déterminer leur avenir en prenant en compte à la fois les atouts dont elles disposent et les contraintes internes et externes auxquelles elles sont soumises

Le développement local ne vise donc pas à identifier les obstacles au développement, ni à tenter de les lever, ni même à rechercher la combinaison optimale des ressources rares par définition. Il s’interroge sur les voies de l’émergence et du renforcement des initiatives nées au sein de la population.

Il incite à privilégier les acteurs plus que les structures, à porter une plus grande attention aux initiatives privées ou collectives qu’aux logiques institutionnelles, à prendre en compte des facteurs immatériels telle l’existence de réseaux de relations. La proximité permet de gérer les interactions entre le social, l’économique, le technique, le culturel et le politique – chacun de ces domaines étant des secteurs d’activités comme entre les groupes de population.En renforçant des instances politiques et de représentation sociale, l’approche de développement local permet un débat autour d’un projet d’avenir.(pp161/162 )

Le consensus de la population n’est pas acquis à priori, il est au contraire à construire, puis à entretenir. Il n’y a aucune raison pour que les habitants aient en permanence un point de vue commun sur toutes les questions auxquelles ils sont confrontés, surtout lorsque la rareté des ressources pose la question de leur répartition.

La dynamique de la participation populaire, n’est jamais achevée. Elle cherche sans cesse à reconstituer les groupes d’acteurs, à faire émerger, au-delà des affirmations d’intention, ceux qui sont aptes à traduire en termes concrets les aspirations de la population.(p168)

(Claude MARCHANT, »Nord-Sud, de l’aide au contrat « , Syros)

NSA/p194/195

Ouvrir le dialogue entre chercheurs, techniciens et petit producteurs est donc une priorité. Cependant ce dialogue ne peut avoir de valeur que si chacun y vient sans a priori. Sans être persuadé de posséder La vérité. S’il y a volonté réelle et profonde d’échange et de recherche commune de solution adaptées à chaque cas.

Ce cheminement demande une vraie modification des mentalités. Tous les schémas sociaux en sont bouleversés. Il ne faut évidemment pas penser que le paysan ne sait rien et que la connaissance doit lui être donnée par un scientifique. Mais il serait tout aussi faux de croire que le paysan sait, puisqu’il est paysan.

La formation des techniciens qui iront sur le terrain doit donc comporter non seulement une partie scientifique, mais aussi une véritable éducation à l’écoute. L’élaboration d’outils (film, exposition brochure,…) qui faciliteront l’émergence du dialogue est, dans cette optique, très importante.

NSA/p140/141

La force des représentations apprises à l’école des économistes est telle qu’elle leur masque ce qui fait le tissu de la vie, les ressorts fondamentaux de l’action humaine, ses moteurs délaissés : son enracinement dans un territoire, son désir d’apprendre, sa passion de créer, son plaisir d’exprimer, sa fierté d’être « reconnu », son sentiment de solidarité, la satisfaction de l’ouvrage commun.

Bien des aléas dans la quête actuelle du développement proviennent d’un aveuglement, d’une impasse faite sur les caractéristiques spécifiques et irréductibles de l’être humain, qui reste quand même le seul sujet de ce développement. On n’échappera pas à réintégrer dans la pratique du développement et de la coopération les dimensions non marchandes, dites sociales et culturelles. Les sociétés devraient s’en trouver beaucoup mieux : moins faibles au Sud, moins fragiles au Nord.

D’innombrables énergies sont présentes, qu’il suffirait d’activer, de canaliser, de doter de débouchés dans l’économie interne, en créant ou en recréant – mieux encore que des biens ou des services, mais des engagements, des liens, des arbitrages, des projets. De multiples besoins, identifiés par les intéressés comme essentiels, se trouveraient ainsi satisfaits de la manière la moins onéreuse, et des infrastructures de la base se multiplieraient.

(Alternatives, Paris, 199_ ,)

UN CAS

Le Mené

Cette démarche volontariste, plus affective que rationnelle, s’est exprimée en termes de « développement global et endogène », fondé sur la complémentarité des objectifs économiques, sociaux, culturels, sur la participation intense de la population et des élus et sur la collaboration active de tous les services compétents. […]

Notre projet global de développement s’est articulé autour de trois grandes orientations :

  • – la maîtrise du développement économique par la croissance et la coordination des activités ;
  • – l’animation de la vie sociale et culturelle ;
  • – l’aménagement et les équipements collectifs.

L’enclave de notre région et l’absence de pôles urbains obligent le Mené à ne compter que sur lui-même. Le développement endogène n’a pas été une option idéologique. Il s’est imposé à nous comme la seule option possible. Il fallait partir des activités existantes, de la valorisation des ressources du sol et du sous-sol, de la coordination de toutes ces branches en un programme cohérent. Nous avions ainsi une chance de « fixer » une population suffisante en lui assurant des revenus et des conditions de vie comparable à celle qu’elle aurait pu trouver ailleurs. […]

Ceux d’aujourd’hui revendiquent le droit de vivre et de décider au pays. Pays, paysan, paysages : ces mots expriment depuis toujours l’identité d’un espace retreint de relations et d’appartenances, une combinaison originale de faits naturels et humains. Le pays est d’abords un héritage de la nature et de l’histoire, fait de cet affrontement séculaire où la vie personnelle et sociale est marquée par le relief, le climat et le sol, où l’homme et la collectivité transforment peu à peu le milieu naturel jusqu’à en faire un lieu humanisé et familier.

La civilisation technicienne tendait à niveler cette mosaïque de petites régions. La réalité humaine profonde se venge aujourd’hui d’avoir été ainsi méconnue. A côté de ses appartenances socio-professionnelle —   verticales   —   l’homme d’aujourd’hui recherche des appartenances   —   horizontales   —   plus communautaires que sociétaires, plus affectives que relationnelles. Il veut être saisi, impliqué dans la globalité de son être. Il réclame un cadre, une unité de vie totale où le territorial l’emporte sur le professionnel, le politique sur l’économique.

Le pays doit être d’abord cet espace-synthèse, cette unité de vie sociale et culturelle, où des habitants d’âge, de situation, d’options différentes partagent une histoire, une mémoire collective et une micro-culture spécifiques, assez commune, assez communes et fortes pour avoir une volonté de vivre et de créer ensemble à leur manière. Il est des dimensions à ne pas dépasser pour que chacun puisse s’identifier et être identifié, pour qu’une vie collective permette la régulation des conflits, l’expression des aspirations, l’émergence des solidarités, le renouvellement social. La projection et la création collectives y deviennent possibles, parce qu’elles trouvent la solidité et la chaleur humaines nécessaires. Développer un pays, c’est d’abord rendre un peuple à lui-même pour l’amener à aller jusqu’au bout de lui-même. ( p98/99)

(HOUEE Paul, « Les chemins creux de l’espérance », Editions CANA, 1982)

Extraits d’un débat sur le cas français.

Didier MONTAGNE

Le développement local est d’abord une action à quelques-uns qui s’alimente ou naît toujours d’une situation de crise. Il s’agit donc de parer à des situations difficiles pour tenter d’y couper court, quitte à changer d’action lorsque cela va mieux. […]

Le territoire fait l’acteur, l’acteur fait le territoire. L’un des ingrédients de cette articulation, c’est l’appartenance, pour ne pas dire l’enracinement, à un territoire. Il y a une histoire d’identification de celui qui se sent l’autorité parce qu’il réfère son action à un destin individuel et collectif dans un territoire. C’est cela qui produit du développement.   +++ LIEN Dans le cas de l’expérience du pays de Racan, c’est à partir du moment où l’on a nommé ce territoire que tous les acteurs, agriculteurs, associations sportives, établissements scolaires… se sont trouvés tout d’un coup nommés, situés, colorisés, donc peut-être in peu autorisés à agir. […]

Il y a la force d’un territoire réapproprié. Ces territoires de développement qui appartiennent aux gens qui ne sont pas forcément des territoires politiques et administratifs, donc électoraux. Le territoire pertinent pour le développement n’est pas le territoire administratif prévu par les zonages, l’argent, etc.

Henri BROSSIER

Le développement local s’inscrit dans cette organisation permanente d’un pouvoir qui organise un contre-pouvoir, sous forme de petites actions toutes simples. L’institutionnel,  c’est la procédure qui dit « Si vous voulez avoir de l’argent, il faut aller dans telle direction ».

Issu du mouvement associatif, je me rends compte qu’il est difficile, pour les associations bien organisées, de se défaire d’une part de leur pouvoir et de rentrer dans un système qui les dépasse et qui va permettre que leur savoir-faire soit utilisé. Chacun veut garder son petit espace d’animation sur son public, comme si c’était sa propriété propre.

Elisabeth BOURGAIN

Il faut donc accepter que chacun prenne son autonomie dans un mouvement commun, c’est-à-dire travaille en réseau, travaille en collaboration, mais de façon souple. C’est difficile quelquefois parce qu’on aimerait que tout se passe dans la maison mère, mais c’est finalement plus productif. Accepter les initiatives spécifiques différentes tout en les accompagnant, c’est ce qu’il y a de plus difficile dans notre travail de construction ; il y a là beaucoup à apprendre. Les leaders, je ne sais pas comment utiliser le terme au féminin, il faut leur laisser le temps de mûrir et de trouver leur terreau. Je pense que c’est vraiment la clé du développement durable.

Je ne comprends pas ce qu’est le développement « spontané », parce que je ne vois pas comment on peut développer un territoire spontanément. Il y a, certes, des initiatives spontanées qui ensuite s’organisent, se regroupent, travaillent ensemble et construisent. Ce qui est spontané est nécessaire comme un déclencheur, mais pas comme une dynamique de développement durable.

Gérard LOGIE

La première condition, c’est que les habitants d’un territoire partagent un patrimoine culturel, une histoire socio-économique : c’est le passé-présent. […]Mais ils sont aussi engagés dans la construction d’un avenir commun. Il y aura aussi développement local s’il y a un accord qui fait de la société locale l’objet d’un pacte social qui permet d’y parvenir. […]La deuxième étape, c’est de se fixer un horizon commun. Là réside la difficulté. On peut avoir des actions réactives à des situations conflictuelles. Par contre, comment faire en sorte que les habitants d’un même quartier, d’un même territoire, soient concernés, solidaires  face à un avenir commun ? […] avec la légitimité qui est la leur. […]Par ailleurs, il y a cette exigence de participation. Mais cette participation peut-elle exister si elle est institutionnalisée, et quand elle l’est, continue-t-elle à avoir le même dynamisme ?

(DEFFONTAINES Jean-Pierre, PRODHOMME Jean-Pierre, « Territoires et acteurs du développement local. De nouveaux lieux de démocratie », L’aube, 2001,pp11/43))

UNE ANALYSE

Les deux faces du développement local

Il semble bien y avoir deux manières d’aborder le développement local : l’une correspond à sa face visible, officielle, opératoire, pour la quelle les outils d’analyse paraissent mieux s’appliquer ; l’autre, plus informelle, atomisée, moins médiatique, concernant une plus grande nombre d’acteurs – tous peut-être -, qui va s’intéresser au foisonnement d’initiatives et d’expérimentations, aux solidarités spontanées, à l’invention individuelle et micro collective des façons de vivre sur un territoire, permanent ou temporaire selon chacun. […]

Que peut-on dire alors du développement local spontané ? Il ne se décrète pas, ne correspond pas aux habituelles procédures, même s’il n’est pas désincarné : il échappe le plus souvent aux tenants des pouvoirs locaux ; il est en quelque sorte transversal à toutes les formes de vie collective […]

Du côté du développement local institutionnel, confortées par l’évolution des réglementations, de petites administrations locales ont eu tendance à se constituer et quelquefois à générer involontairement à l’échelle locale les mêmes dérives d’un pouvoir descendant que l’on observe au niveau global. […]

En se gardant, autant que faire se peut, de l’enfermer dans une définition rigide, un regarde transversal à tant d’expériences rurales et urbaines, françaises ou non, conduit à penser que le développement local s’apparente à la manière et au rythme selon lesquels une population, plurielle et de plus en plus mobile, s’approprie, aménage et transforme un territoire,adapte ses structures pour gérer le présent et imaginer l’avenir, innove et suscite des synergies entre toutes les initiatives, règle les probables conflits, invente des rites et des symboles qui correspondent à la vie d’aujourd’hui sans renier celle d’hier. […]

A [sa] tête, il y a le plus souvent l’homme quasi providentiel, un leader plus ou moins charismatique, pas nécessairement un élu (du moins au départ), qui a conjugué une fine analyse du territoire concerné et une intuition forte sur les voies de son devenir. ce leader est en quelque sorte à l’articulation de deux réseaux : extérieur – là où l va puiser informations et soutiens, y compris financiers, interne – c’est-à-dire le petit groupe d’élus et de responsables locaux qui partagent le projet, ou plus simplement font confiance et suivent.

(Jean-Pierre DEFFONTAINES, Jean-Pierre PROD’HOMME, «Territoires et acteurs du développement local. De nouveaux lieux de démocratie », L’aube , 2001,pp40/42)

OUTILS

Les 3 étapes : diagnostic, prospective, priorités

Dans une pédagogie de l’espoir, mieux vaut déceler d’abord les éléments positifs, les points forts et les ancrages qui redonnent confiance, qui offrent des prises possibles pour une action aux résultats rapides, tout en préparant les esprits à des actions plus durables au niveau des vagues de fond. Que la collectivité cherche d’abord en elle-même un remède à ses problèmes, avant d’aller chercher ailleurs les appuis nécessaires à sa démarche. On souligne partout, au Nord comme au Sud, l’importance des microréalisations qui redonnent confiance et audace pour regarder et aller plus loin […]

Entre le temps du diagnostic et l’élaboration du projet, on souligne l’intérêt d’une étape prospective […] Cette phase permet de dépasser les contraintes du moment et la simple prolongation des tendances, pour favoriser l’expression du souhaitable, des aspirations, alimenter les débats et la progression de l’opération. Il faut savoir laisser à l’imagination le temps de s’exprimer, avant d’arrêter des objectifs plus précis et des chemins pour les atteindre […]

A partir du diagnostic porté et de l’élargissement des perspectives, on peut définir le possible et arrêter les priorités. Aux commissions de travail de préparer des orientations stratégiques à 10-15 ans ; aux élus représentatifs de les choisir ; aux commissions d’approfondir ensuite des orientations retenues et de les articuler (au sein d’un plan de développement local).

(HOUEE Paul, « Repères pour un développement humain et solidaire », Editions de l’Atelier, Paris, 2009, pp128/129 ))

Une programmation concertée et donc décentralisée

Quand une action sur le terrain dépend de plusieurs acteurs, son succès demande de les réunir pour tenter d’établir entre eux une coordination. En pratique, la coordination d’opérations administratives et d’opérations aidées est très souvent stérile. Chacun de leurs responsables vient à la réunion avec un programme (sectoriel ou de projet) déjà arrêté par une instance de décision d’un niveau plus élevé que le sien. Or il ne peut y avoir de vraie coordination a posteriori.

Cependant on peut espérer réaliser, au niveau d’une zone par exemple, une programmation concertée en conjuguant souplement l’apport d’aide extérieure et celui des organismes de base. La rigidité des administrations nationales est une donnée structurelle, dont on ne peut espérer le changement. Mais les deux autres partenaires se prêtent mieux à la tentative.

Nous avons, d’un côté, l’apport d’aide extérieure. Une agence d’aide efficace (dans le domaine des actions dont le succès dépend des gens) est celle qui peut décider sur le champ d’engager une dépense pour appuyer un organisme de base ou une administration. Ceci implique nécessairement une décentralisation aussi complète que possible des décisions. Prenons l’exemple des programmes d’aide pour des microréalisations tels qu’en financent la Banque Mondiale, le FED et un grand nombre d’agences privées. La gamme et la taille des réalisations possibles sont limitées et bien connues. Il est peu utile d’envoyer au siège des agences d’aide, un an ou deux avant leur financement, une liste prévisionnelle des microprojets, de leur cofinancement avec l’organisme de base concerné. Cette démarche centralisatrice ne sert à rien d’autre qu’à vérifier qui il y a eu des études et des négociations préalables. Mais ceci peut être aussi bien fait sur le terrain par un agent (national ou étranger) habilité à décider de l’affectation de l’aide.

Toutefois la décision la plus sûre en ce qui concerne une microréalisation est celle que prend un comité local connaissant chacun des acteurs, et donc capable de les contrôler et de moduler l’appui en fonction des conditions du milieu. Si l’on constate que la majorité des programmes de développement rural sont en fait des milliers de petites actions semblables, appuyées par des services communs, cette flexibilité et cette décentralisation peut s’étendre non seulement aux microréalisations mais à la majorité des interventions d’aide.

De l’autre côté, se trouvent les efforts propres des organismes de base. Nous avons analysé, au chapitre précédent, selon quelles étapes ils pouvaient être mobilisés et combinés avec ceux des autres acteurs. Soulignons seulement l’aspect institutionnel : tant que les représentants des organismes de base ne siègent pas de plein droit au comité public (zonal ou régional) de coordination du développement, celui-ci est amputé et incapable de garantir le succès des opérations qu’il programme. Car peut-on garantir quelque chose qui ne dépend pas de soi ?

Prenons l’exemple sénégalais des CER ( Centre d’expansion rurale). Le chef ( de chacune de ces équipes polyvalentes de fonctionnaires locaux ) siège au comité local de développement mais ne disposant ni de moyens d’aide ni des moyens des gens, que peut-il programmer d’autre que ses jours de tournée et les réunions administratives ? Tout change quand, face à lui, siège au  méme comité le délégué élu d’une union locale de groupements paysans (ou d’une union des délégués des comités de santé, etc.) : le programme résultant de l’échange aura la caution de l’union qui se chargera de mobiliser les efforts des groupements pour le réaliser. De plus, le comité deviendra alors le lieu où seront organisés et budgétés les appuis au renforcement institutionnel des organisations de base (programmes de formation, d’alphabétisation, de visites, etc.), conditions de la réussite et de la reproduction continue des micro-opérations et autres réalisations.

(LECOMTE Bernard J., « L’aide par projet, limites et alternatives », OCDE, Paris, 1986,p107)

Pour télécharger la fiche en format pdf, cliquer ici : Plan local de développement


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Un commentaire pour PLAN LOCAL DE DEVELOPPEMENT

  1. PONTEULBE Emile dit :

    Bonjour a tout.
    Merci pour les riches idées que vous m’avaient données. Je viendrais éventuellement pour d’autres choses ou pour les mêmes choses auprès de vous.

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