PLATEFORME PAYSANNE

Agathe chargée de mission C.I. p. 30 (cliquer sur l’image pour l’agrandir)

DEFINITIONS ET USAGES

Qu’est-ce qu’une plateforme paysanne ? C’est une association nationale fondée par des organisations paysannes en vue de coordonner leurs stratégies, de les représenter, de parler quand il faut d’une seule voix face à leurs Etats, aux partenaires du Nord et aux institutions régionales et internationales.(p 126)

Depuis la fin des années 1990, dans la majorité des pays de l’Afrique de l’Ouest, des Plateformes Nationales coordonnent les diverses fédérations d’organisations paysannes et rurales. Ces structures faîtières nationales sont impliquées dans les négociations et la mise en œuvre de programmes et de politiques concernant les activités et la vie en milieu rural. Ces plateformes regroupent les agriculteurs, les pasteurs, les pêcheurs, les agro-pasteurs, les exploitants forestiers qui exercent au sein de leurs familles des activités variées pour faire face aux multiples risques liés à l’exploitation agricole. Ce mouvement a créé les espaces de dialogue et de concertation entre les paysans, les élus locaux, les services publics, les autorités administratives, les partenaires du développement, les hommes et les femmes, les groupes ethniques, les pays. Si aujourd’hui le paysan est mieux reconnu et a recouvré en grande partie sa dignité, si l’on commence à admettre que c’est grâce au travail des familles paysannes que nos pays ont pu se nourrir, malgré les sécheresses, les crises économiques et l’augmentation constante de la population, si le paysan peut s’asseoir aux tables de négociation et faire entendre sa voix dans la définition des politiques, c’est parce que nous avons pris notre part de responsabilité.

(CISSOKHO Mamadou, « Dieu n’est pas un paysan », GRAD, Présence Africaine, 2009)

ACTEURS

La vice-présidente d’une Fédération d’OP : « A chaque fois que notre président soulevait un problème au niveau des ministères, on lui disait : « vous, vous ne représentez pas le monde rural ». On est arrivé, avec les autres OP, coopératives, etc., à créer le Comité national de concertation et de coopération des ruraux. Aujourd’hui, celui-ci est l’interlocuteur du monde rural devant le gouvernement et les bailleurs de fonds » (Sénégal).

Un animateur : « Tant que les paysans n’arrivent pas à avoir leur place au niveau national dans les discussions face à l’Etat et aux ONG, on peut bien parler avec ces derniers de choses intéressantes même, mais les actions ne peuvent pas avoir des conséquences positives dans les exploitations. C’est très dommage. Parfois, on a des discussions très chaudes avec les services d’Etat et certaines ONG sur ces aspects-là » (Tchad).

(LECOMTE Bernard, VADON Christophe, « Aider c’est pas donné ! », GRAD, RITIMO, 2000, fiche 24)

Et puis nous aurons aussi besoin de créer un jour une fédération nationale des paysans guinéens. De là, nous pourrons mettre en place une fédération paysanne ouest-africaine… Voilà mon rêve. Une union forte et une grande communication entre tous les paysans africains. C’est une façon de lutter contre la dépendance économique et pour la dignité du paysan. Une fois que le revenu paysan aura atteint un niveau convenable, alors tout le monde pourra parler librement.

(DIALLO Moussa Para, VOGEL Jean, « Une Afrique qui réussit. Vie et combat d’un leader paysan guinéeen », Syros, 1996, p. 210)

CAS

Le premier travail du CNCR : l’autocritique des paysans

D’avril à fin décembre 1993, la plateforme sénégalaise, le CNCR , a eu pour souci essentiel de dresser le bilan des responsabilités des paysans dans la crise économique que traversait le pays. Les questions soulevées ont été les suivantes :

  • comment en sommes-nous arrivés là ?
  • pourquoi la vie dans les villages devient-elle de plus en plus difficile ?
  • pourquoi les nouveaux équipements, introduits par l’encadrement technique pour réduire les corvées, promouvoir la production et assurer la transformation des produits n’ont-ils pas permis une amélioration du niveau de vie ?
  • pourquoi les jeunes continuent-ils de quitter les villages ? LIEN

Partant du constat qu’au Sénégal, il est rare de vivre trois bonnes saisons successives et que trois saisons sur cinq soulèvent de véritables difficultés liées à la production, nous nous sommes aussi posé ces questions-ci :

  • pourquoi des systèmes d’épargne ne sont-ils pas organisés pendant les bonnes périodes agricoles pour contrer les difficultés des mauvaises ?
  • pourquoi des dispositions adéquates ne sont-elles pas prises pour éviter des problèmes de soudure, au niveau de centaines de villages ou de plusieurs régions ?
  • pourquoi les taxes rurales ne sont-elles pas régulièrement payées ?

A partir de ce moment, rien n’a plus été comme auparavant. Les dirigeants politiques ont pris conscience que leurs comportements vis-à-vis du monde rural ne pouvaient plus continuer. Les administrations ont, quant à elles, découvert avec surprise une nouvelle forme d’organisation paysanne, qui avait grandi et surtout mûri, sans qu’elles n’aient su l’observer, à moins qu’elles ne l’aient sous-estimée. Bref, ce premier acte a été le signal d’un réveil, en même temps, de tout le monde.

Ensuite, le deuxième acte a été de trouver un consensus autour des priorités. A cet égard, il est incontestable qu’une des maladies, rongeant les efforts de tous ceux qui veulent les aider, demeure l’attitude des ruraux vis-à-vis du crédit. Il est extrêmement difficile, en milieu paysan, de mettre en place un système de crédit à la fois fiable et sécurisé. En effet, et durant vingt années d’encadrement, des habitudes ont été acquises du fait de la politique adoptée par l’Etat qui consiste à annuler les dettes. Ainsi, les familles rurales sont convaincues qu’une dette peut être annulée et qu’en conséquence, elles peuvent continuer à s’endetter en attendant le jour où une décision politique viendrait les soustraire à leur devoir de remboursement. Or, selon les valeurs traditionnelles et religieuses, une dette se paye, que le débiteur soit vivant ou qu’il soit mort. D’autres aspects liés au financement constituent, eux aussi, une préoccupation fondamentale : taux élevé du crédit agricole, taux élevé des taxes sur le matériel agricole, etc. De plus, la dégradation des ressources naturelles a atteint un niveau si important que toutes les initiatives d’augmentation des rendements restent vaines.

Une fois ces différents éléments mis en évidence, a été élaboré un document appelé « Les responsabilités des paysans dans la crise socioéconomique ». Celui-ci a été diffusé auprès des milliers de groupements et à tous les groupes d’acteurs de notre pays grâce à une opération d’information inédite et d’envergure. Nous ne pouvions nous rendre dans chaque village (il y en a treize mille), ni dans toutes les communautés rurales (trois cent vingt communautés rurales). Nous avons alors décidé de rencontrer, au niveau de chacune des 90 sous-préfectures, les responsables des organisations paysannes et des villages ainsi que les élus locaux. C’est ainsi qu’une tournée a été effectuée dans les quatre vingt dix sous-préfectures, avec pour but également d’informer l’ensemble des membres des neuf fédérations fondatrices du CNCR, de ses ambitions et de ses objectifs.

Pour mener à bien ce travail d’autocritique puis d’information, nous avons fait appel à d’anciens fonctionnaires ayant travaillé dans les services d’encadrement rural et à des fonctionnaires retraités qui, une fois à la retraite, ont pris du recul pour juger de leurs activités menées au service de l’Etat et des populations, souvent pendant des dizaines années. Certains d’entre eux sont même allés voir leurs collègues plus jeunes, dans leurs anciens bureaux, pour les convaincre_

Ce travail a pu également se réaliser grâce aux appuis financiers et matériels des membres du CNCR qui ont apporté, dès le début, de la viande, des poissons et de l’argent ; mais également grâce à plusieurs appuis financiers_, que le CNCR a reçus. Avant cette opération d’information, toutes les activités menées ont été financées directement par les membres et par la FONGS.

(CISSOKHO Mamadou, « Dieu n’est pas un paysan », GRAD, Présence Africaine, 2009, pp.97/98)

Pour télécharger la fiche en format pdf, cliquer ici : Plateforme paysanne

Publicités

Un commentaire pour PLATEFORME PAYSANNE

  1. Ping : Etre paysan, un statut qui a de l’avenir ! | GRAD-S

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s