BESOINS

Agathe agent S.I., p.20

DEFINITIONS ET USAGES

Besoin : Au sens économique, désigne tout sentiment (manque ou envie) susceptible de déboucher sur un achat, seuls les besoins solvables débouchant effectivement sur cet achat.

(Dictionnaire de Denis Clerc, pour Alternatives économiques, 2009)

La liste des critères de sélection des projets de développement commence souvent par ceci :  » Le projet doit répondre à des besoins exprimés par ses promoteurs locaux et surtout par les bénéficiaires eux-mêmes. «  Dans une logique de justice redistributive et internationale, le système d’aide au développement est supposé intervenir en fonction du niveau de pauvreté ou des manques d’une population. Ainsi, l’analyse des besoins des bénéficiaires est très utilisée dans les phases d’identification des projets malgré les critiques. Cette analyse est dévalorisante pour les personnes aidées puisqu’elles mettent l’accent sur leurs faiblesses et leurs incapacités, elle conduit à une uniformisation des solutions proposées de l’extérieur et ignorant souvent les savoirs, les efforts et les ressources propres ainsi que les capacités des acteurs locaux.

Elle perdure cependant car, politiquement neutre, elle ne remet pas en question les rapports de force et ne propose aucun changement structurel.

QUE DISENT DES ACTEURS 

« Le plus souvent, les ONG quand elles veulent aider une organisation paysanne (OP), se basent sur les faiblesses de celle-ci ; elles disent : « De quoi vous avez besoin, qu’est-ce qui vous manque ? » Ainsi de suite, mais elles ne cherchent pas ce que l’OP a comme richesses. C’est une façon de créer un complexe d’infériorité chez les paysans. Chercher d’abord ses faiblesses, ses torts, pour après proposer des solutions, qui généralement ne sont pas les solutions des paysans mais celles de ceux qui « voient le problème ». Or, ne pourrait-on plutôt chercher auprès des paysans, comment ils sont construits, quelles sont leurs forces ? Et après chercher, ce qui leur manque pour que ces forces là, soient complètes.

Il n’y a pas une ONG qui échappe à cela, toujours leur première question est : « Qu’est-ce que vous avez comme problèmes ?  » On fait la liste de tous les problèmes et après ils disent : « Est-ce que vous avez besoin de solutions ? » Et de toute façon, ils ont déjà la solution à proposer. Alors ils disent : « Si vous faites cela, c’est la solution à vos problèmes » et ainsi de suite.

C’est le reproche que l’on peut faire aux ONG : elles croient que les solutions c’est eux qui les ont et que les autres n’ont rien à y voir. J’ai beaucoup regretté (alors que moi-même je suis membre du personnel d’une ONG d’appui) qu’on amène des solutions comme si les problèmes ont toujours existé. Et même certains problèmes n’existent pas, mais on a des solutions ! »

(Pierre Maney Pazimi, agronome et membre de l’Organisation Paysanne (OP) de Bissi Mafou,Tchad , DPH450)

QU’ECRIVENT DES AGENTS ?

Une liste des critères de sélection des projets de développement d’une ONG genevoise annonce très clairement : « Le projet doit répondre à des besoins exprimés par ses promoteurs locaux et surtout par les bénéficiaires eux-mêmes. »  Dans une logique de justice redistributive et internationale, le système d’aide au développement est supposé intervenir en fonction du niveau de pauvreté ou des manques d’une population. Ainsi, l’analyse des besoins des bénéficiaires est encore très utilisée dans les phases d’identification des projets et des programmes de développement. Depuis plus de trente ans, les techniques d’enquête de détection et de sélection des besoins continuent de s’appuyer sur l’approche des besoins fondamentaux. Cette dernière cherche à intégrer les plus pauvres dans le développement économique et social en satisfaisant leurs besoins les plus essentiels : l’alimentation, le logement, l’éducation, la santé, l’emploi.  Mais les besoins fondamentaux sont-ils universels ?

Les besoins fondamentaux ne sont pas des données absolues, ils varient selon les sociétés. C’est ce qu’ignorent les standards normatifs de l’OIT obtenus à partir du portrait robot de l’homme de référence : il a entre 20 et 35 ans, pèse 65 kilos, est en bonne santé, travaille chaque jour ouvrable, huit heures par jour dans une activité modérément fatigante, passe huit heures au lit, deux heures à  se promener ou à effectuer des tâches ménagères et se déplace peu. Cet homme-là doit consommer par jour 3.000 kilo-calories et 17 grammes de protéines. Combien de paysans d’Afrique se reconnaîtraient-ils dans ce portrait ? C’est pourtant le mécanisme de base de la définition du besoin essentiel de nourriture y compris pour les contrées  africaines.

L’analyse des besoins fondamentaux, ou des besoins tout court, perdure car elle est politiquement neutre, ne remet en question les rapports de force et ne propose aucun changement structurel. Outre le fait que cette analyse est dévalorisante pour les populations en mettant l’accent sur leurs faiblesses et leurs incapacités, elle a conduit à une uniformisation et une standardisation des solutions proposées en ignorant les savoirs, les efforts et les ressources propres ainsi que les capacités des acteurs locaux.

(Valérie BOULOUDANI , GRAD)

QU’ECRIVENT DES AUTEURS ?

Certains vocables, largement utilisés dans le développement, ont une propension quasi inéluctable au stéréotype. Besoin en est un assez bon exemple.En effet ce terme se veut « objectif », quasi scientifique : il y a des « besoins », dont on dira volontiers que certains sont plus indispensables, incompressibles, que d’autres. Il faut donc les « identifier ». N’est-ce pas là un appel à l’enquête ? De plus le terme de « besoin » offre le considérable avantage de combiner une connotation « sociologique » et une connotation « morale » : le développement doit se faire pour satisfaire les « besoins » des populations, autrement dit se faire selon leur intérêt. Ajoutez une troisième dimension (également morale) le fait que c’est aux intéressés eux-mêmes de dire quels sont leurs besoins […]

Or rien n’est plus flou, incertain, imprécis, et pour tout dire inutilisable que la notion de « besoin » qui définit les « besoins » de qui, comment s’exprime à l’adresse de qui ? Quel lecteur de ces lignes est capable clairement, à brule-pourpoint comme après mûre réflexion, « de quoi avez-vous besoin ? » (p.74-75)

Autrement dit la conception selon laquelle il y aurait des besoins objectifs, communs à toute une population, que les représentants de celle-ci exprimeraient ou se dégageraient spontanément par effet de consensus lors de sortes d' »assemblées générales » villageoises, besoins qu’il suffirait donc de « recueillir » ou d' »écouter », cette conception-là est erronée.

L’identification des besoins n’est dès lors qu’une procédure faisant légitimer par des « propos paysans », sous formes de « besoins » recueillis par des enquêtes hâtives, les projets que de toute façon les opérateurs de développement avaient déjà plus ou moins dans leurs cartons sous formes d' »offres ».(p127)

Jean-Pierre OLIVIER DE SARDAN, Le « développement participatif » : ni solution miracle, ni complot néolibéral, in Afrique contemporaine, Numéro spécial, 3ème trimestre 2001. 

PP282-283

Ces chants de sirènes. Je constate au contraire que le « commun des motels » n’a pas, comme Ulysse, le courage de s’attacher au mât du navire pour ne pas succomber aux séductions de l’économie et de la technique modernes. La plupart veulent croire qu’ils auront un jour part entière – ou sinon eux, leurs enfants – aux bénéfices supposés de la technologie et aux facilités et conforts de la vie dite moderne. S’étant interdit tout retour à la tradition, bon nombre des pauvres, veulent croire que la voie vers la modernité leur est ouverte individuellement et collectivement.

En conséquence, il existe une dissonance cognitive entre l’existence que mènent la majorité des gens et l’image qu’ils se font d’une vie digne d’être vécue. Comme tout mythe, le maintien de cette image exige un rituel qui, de nos jours, prend la forme de migrations alternantes de plus en plus exténuantes, de la recherche d’un emploi fréquemment introuvable, de la préparation d’examens ne donnant accès qu’à d’autres cycles de préparation débouchant souvent, diplôme en poche, sur de sempiternels cours de recyclage.

PP284-285

Le tandem technoscience-économie, facteur principal de la transformation des sociétés contemporaines, a altéré la nature de la servitude humaine. Sous des degrés divers, cette servitude avait été inhérente à pratiquement toutes les sociétés historiques. Mais c’est le rapport des assujettis au « tyran » de type classique qui forçait ses esclaves ou ses sujets à se plier à sa volonté, le rapport tyrannique moderne est un dispositif ou un agencement de moins en moins personnel. Il s’agit d’une forme de pouvoir entièrement nouvelle, fondée sur une force de séduction, de persuasion et de dissuasion sans commune mesure avec les formes de domination du passé. Sa principale arme est l’induction chez ses sujets-clients de besoins et de désirs « exogènes » et de plus en plus « additifs » et ‘indépendants de leur raison ; des désirs et des besoins qui vont à l’encontre de leur conatus, mais si subtilement induites qu’ils les prennent véritablement pour ce qui est bon et utile pour eux.

Si, donc, des amies comme toi et moi allions sur la place publique, par exemple face à une grande surface, et déclarions vouloir, en toute honnêteté, montrer à la foule des chalands éberlués les risques et les dangers inhérents à ce qu’ils croient être leurs désirs et aux modalités économiques de leur satisfaction, il est assez probable et même certain que nous serions mal compris voire malmenés, tant par les personnes sortant du magasin chargées de paquets que les riches qui tirent bénéfice de tous ces besoins créés; des désirs et des besoins qui vont à l’encontre de leur conatus, mais si subtilement induites qu’ils les prennent véritablement pour ce qui est bon et utile pour eux.

Si, donc, des amies comme toi et moi allions sur la place publique, par exemple face à une grande surface, et déclarions vouloir, en toute honnêteté, montrer à la foule des chalands éberlués les risques et les dangers inhérents à ce qu’ils croient être leurs désirs et aux modalités économiques de leur satisfaction, il est assez probable et même certain que nous serions mal compris voire malmenés, tant par les personnes sortant du magasin chargées de paquets que les riches qui tirent bénéfice de tous ces besoins créés.

(RAHNEMA Majid, ROBERT Jean, « La puissance des pauvres », Actes Sud, 2008)

ANALYSE

”Pourvoir aux besoins immédiats y change peu, tant qu’on n’ouvre pas les intelligences […] tant qu’on aboutit pas à la suppression, ou du moins à l’atténuation des oppressions et des injustices, tant qu’on associe pas les personnes à la conquête progressive de leur bonheur.”

L.J LEBRET Principes pour l’action, Economie et Humanisme, 1946

La finalité du système d’aide n’est-elle pas de satisfaire les besoins de l’homme ? C’est ce qu’il est normal de croire mais la réalité est souvent plus complexe. L’offre d’aide répond fréquem-ment à notre propre vision des problèmes et à nos propres intérêts. Le système finit alors par rouler pour lui. L’approche des besoins fondamentaux se révèle ambiguë : qui, du système d’aide ou des paysans, satisfait les besoins de l’autre ?

L’approche par les besoins occulte les savoirs, les ressources propres, les capacités des acteurs locaux. […] Pourquoi ne pas prendre en considération leurs ressources monétaires ? On considère souvent trop rapidement que les individus ou les groupements n’ont rien, ce qui nécessite des apports importants d’aide extérieure. Pourtant, ils n’ont pas rien : ils ont peu mais ils disposent effectivement de ressources financières. Un mépris de l’effort propre

Enfin, et c’est en réalité le plus grave, l’approche des besoins fondamentaux n’accorde pas d’attention aux efforts propres des populations. Elle s’intéresse peu aux initiatives déjà prises, elle ignore ce que les populations savent, ce qu’elles font, ce qu’elles réussissent. Elle néglige leurs ressources propres.
Ainsi, par exemple, pourquoi si peu de considération pour les champs collectifs ? En dehors des régions de culture de rente, ils sont souvent le premier moyen de groupes dynamiques mais désargentés pour accumuler un petit pécule qui permettra ensuite de démarrer autre chose. Ils représentent alors le premier maillon d’un processus de développement. On remarque que lorsque les groupes sont rodés et ont engagé des activités plus rentables, ils arrêtent les champs collectifs. Cette activité correspond donc bien à un certain niveau de possibilités à un moment donné. Cette analyse de l’avantage des champs collectifs mérite d’être nuancée : dans les régions de cultures d’exportation, les champs collectifs ont souvent été utilisés par les vulgarisateurs comme une recette imposée aux paysans, sans leur laisser le choix des moyens à mettre en oeuvre pour générer des ressources ; ils ne représentent alors pas une initiative des populations.
Par ailleurs, pourquoi négliger le capital social que constituent les réseaux de relations sociales ? L’on constate pourtant couramment en agriculture, par exemple, que des exploitants ayant un potentiel technique égal atteignent des résultats différents, selon la diversité de leurs relations sociales, et leur capacité à mobiliser une force de travail.
Et encore, pourquoi ignorer le capital technique propre des populations ? Au Burkina Faso, au nord, en pays Mossi, dans les provinces autour de Ganzourgou, un grand projet de gestion des terroirs, dans les années 80, diffusait des techniques de restauration de la fertilité des sols, essentiellement du compostage et des fosses fumières. De leur côté, traditionnellement, les paysans pratiquaient le paillage des champs, technique qui constitue à répandre sur le sol une couche de paille sèche que les termites mangent et rejettent dans le sol sous forme de déjections. Ce processus permet une remar-quable fertilisation des sols les plus pauvres. Lorsque l’expatrié agronome du projet a constaté l’intérêt de cette pratique, il a proposé à l’équipe, agronomes et techniciens burkinabé, de valoriser ce savoir-faire mais ceux-ci l’ont jugé insignifiant, trop simple, pas assez technologique, et ne s’y sont jamais intéressés.
Et enfin, pourquoi ne pas prendre en considération leurs ressources monétaires ? On considère souvent trop rapidement que les individus ou les groupements n’ont rien, ce qui nécessite des apports importants d’aide extérieure. Pourtant, ils n’ont pas rien : ils ont peu mais ils disposent effectivement de ressources financières. Dans l’exemple des groupements de femmes au Tchad évoqué au Chapitre 2, les ressources ne provenaient pas de l’aide extérieure mais de l’effort propre des productrices ; ils tiraient leur origine des cotisations et des résultats de l’activité menée dans les champs collectifs, du bénéfice du petit commerce, de la location de leur force de travail…
Il est regrettable qu’au moment des identifications de projet et des évaluations, l’analyse soit focalisée sur l’utilisation des ressources apportées par l’aide et très peu sur l’utilisation des ressources propres des acteurs locaux.
Ce manque d’attention des acteurs de l’aide pour les avoirs des paysans, leurs pratiques, leurs idées laisse croire à ces derniers, qu’effectivement, leurs apports sont sans intérêt. Pape Maïssa Fall, animateur sénégalais, décrit cette situation ainsi:

 » Chaque fois que quelqu’un de l’administration ou d’un projet vient travailler avec eux, les villageois ne leurs donnent pas leurs idées. Ils attendent qu’on leur propose quelque chose. Un projet vient pour acheter du sel ou bien installer une petite entreprise, les gens disent, c’est la facilité : laissons-les faire. Tous les chargés de programme disent aux gens ce qu’il faut faire. Les gens sont habitués à cela. L’aide extérieure arrive avec ce qu’elle veut faire.
Jusqu’à présent les gens n’arrivent pas à se départir de cette idée qu’on ne peut rien faire sans l’aide extérieure. Pour qu’il y ait une résistance à la pression de l’aide, il faut un long travail. Certains responsables sont conscients de cela parce qu’il veulent préserver leur organisation. Ils sont conscients aussi que, faute de maîtriser l’apport de l’aide, ils ne pourront pas définir eux-mêmes leur propre projet d’avenir.  »

Enfin, il faut souligner le manque de pédagogie de l’approche par les besoins ou par les problèmes car elle utilise une porte d’entrée dévalorisante : par le négatif, par ce qui manque, ce que les paysans ne savent pas faire. Ce faisant, elle pointe le doigt sur leurs faiblesses et leurs incapacités. En outre, la recherche des besoins conduit à dresser des listes comme autant de doléances et, lorsqu’un besoin est satisfait, l’accent se trouve alors mis sur l’insatisfaction de tous les autres besoins.

On voit donc que Pape Maïssa Fall considère que, non seulement, l’aide a créé une dépendance des paysans par rapport aux idées apportées par l’extérieur, mais de plus, elle est devenue tellement prédominante qu’elle les empêche de réfléchir  » eux mêmes à leur propre projet d’avenir « .
Enfin, il faut souligner le manque de pédagogie de l’approche par les besoins ou par les problèmes car elle utilise une porte d’entrée dévalorisante : par le négatif, par ce qui manque, ce que les paysans ne savent pas faire. Ce faisant, elle pointe le doigt sur leurs faiblesses et leurs incapacités. En outre, la recherche des besoins conduit à dresser des listes comme autant de doléances et, lorsqu’un besoin est satisfait, l’accent se trouve alors mis sur l’insatisfaction de tous les autres besoins.
On constate donc que la conception de l’approche pose problème et que sa mise en oeuvre induit des effets pervers de mépris des efforts propres. De plus, sur le terrain, la détection des besoins est brouillée par l’offre d’aide qui, souvent, devance la demande.

L’offre d’aide comme une vente sur catalogue

Les projets sont fréquemment la projection des solutions du système d’aide. Des solutions connues de ceux qui préparent les projets d’aide : experts, chargés de programmes et nous autres consultants. Leur démarche ne s’arrime pas toujours sur les priorités des populations mais souvent sur leurs idées de solutions, souvent toutes faites, déjà expérimentées ailleurs et qui servent de modèle de référence. Et comme tout modèle, on l’applique de manière quasi universelle :  » C’est exactement ce que j’ai déjà fait en Côte d’Ivoire  » dirons-nous. Comme experts, nous n’avons généralement qu’un petit nombre de cas d’expériences sortis comme les jokers d’un jeu de cartes. Difficile de laisser son bagage de côté pour faire le vide et se présenter l’esprit neuf à chaque situation nouvelle.

L’approche des besoins fondamentaux et plus largement des besoins tout court, approche tellement courante qu’elle en est devenue banale, a l’air légitime et inoffensive mais, en réalité elle se révèle être finalement surtout une vision du Nord. Une projection des intérêts, des fantasmes des bailleurs de fonds et des intermé-diaires que sont les experts. Elle permet difficilement un mouvement remontant de l’expression des idées des acteurs locaux vers les bailleurs de fonds, mais au contraire, elle ouvre souvent la porte à des phénomènes descendants de détection et de sélection des besoins par les experts et les bailleurs de fonds. Les paysans se retrouvent finalement progressivement manipulés par le système qui ne finance que les besoins correspondant à ses propres priorités.

(Marie-Christine GUENEAU, Bernard J. LECOMTE, Sahel : Les paysans dans les marigots de l’aide, Paris : L’Harmattan, 1998.)

UN CAS

Les besoins ignorés : pommes de terre d’abord ou barrage d’abord ?

Certains villageois(es), éprouvé(e)s par la sécheresse de l’année 1973, voulaient que la saison sèche devienne utile pour l’alimentation et fournisse d’autres produits que les fruits et racines de la cueillette destinée à relayer la réserve des greniers quand ceux-ci étaient vides. Douze villages envoyèrent des participants sur un chantier-école de maraîchage. De retour chez eux, ils construisirent clôtures et puits, cultivèrent leur premier jardin, mangèrent leur première récolte de la saison sèche, apprirent à cuisiner ces légumes jusqu’alors inconnus et en particulier la pomme de terre. Les femmes de cette zone se félicitaient, disant : «  Nous avons maintenant un deuxième grenier. Le grenier de saison sèche, c’est notre jardin collectif ! Grâce à lui nous ne grimperons plus aux banalités »(un arbre très épineux mais qui produit ses fruits à l’époque où les greniers sont parfois vides.)

Effectivement, à la saison sèche suivante le maraîchage réussit bien et elles purent obtenir deux récoltes successives. Mais, à la troisième saison sèche, les pluies précédentes ayant été médiocres, la deuxième culture maraîchère échoua presque partout car, le sous-sol n’ayant plus d’eau, les puits peu profonds se tarirent. Les responsables des différents groupements maraîchers se réunirent. Ils critiquèrent l’action avec véhémence : « Il fallait commencer par barrer la route à l’eau, dirent-ils, car aujourd’hui ce que nous avons cultivé est perdu. » L’un des groupes se mit alors à l’ouvrage avec ses propres moyens, construisant à la main une première retenue d’eau. Le besoin immédiat, satisfait imparfaitement, avait révélé le besoin, jusque-là ignoré, d’une action plus fondamentale, en amont.

(Marie-Christine GUENEAU, Bernard J. LECOMTE, Sahel : Les paysans dans les marigots de l’aide, Paris : L’Harmattan, 1998.)

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