CAUTIONNER DES EMPRUNTS

Agathe agent S.I., p.11

DEFINITIONS ET USAGES

Trois dispositifs permettent aux pauvres d’emprunter :

  • Les collecteurs de dépots : ils recueillent l’épargne des déposants et leur restituent sous forme d’une somme globale ;
  • Les prêteurs privés : ils fournissent la somme globale préalablement, puis reçoivent les montants d’épargne en remboursement ;
  • Les tontines : elles permettent aux gens de se regrouper pour épargner et de recevoir chacun de leur tour une somme globale.

Pour obtenir un prêt, il faut :

  • Prouver à celui qui prête que l’on a déjà épargné ;
  • Trouver une personne ou un organisme qui se porte caution, c’est à dire qui soit d’accord pour rembourser l’emprunt à la place de l’emprunteur en cas de défaillance de celui-ci.

En général, ils vont donc organiser ce qu’on appelle une caution mutuelle ; c’est-à-dire qu’ils vont demander à l’emprunteur de trouver quelques amis, membres de la même banque villageoise, qui paieront à sa place dés qu’une tranche de remboursement ne pourra être versée par lui.

Quelque que soit le moyen que trouvent les pauvres pour convertir leur épargne en sommes utiles importantes – épargne a priori, a posteriori, ou continue – ils n’ont pas d’autre choix que d’épargner. L’ironie de leur condition veut qu’ils soient trop pauvres pour épargner, mais pas assez riches pour se passer d’épargne.

(Stuart RUTHERFORD, « Comment les pauvres gèrent leur argent », Karthala, 2002, p. 50)

ANALYSE

Pourquoi épargner et comment emprunter ?

Le seul moyen sûr et viable pour eux de réunir ces sommes est de les constituer d’une manière ou d’une autre à partir de leur capacité à épargner occasionnellement de petits montants, et qui peut revêtir différentes formes :

  • Epargne a priori : l’épargne est d’abord accumulée et la somme globale résultante est utilisée ensuite ;
  • Epargne a postériori : la somme globale est d’abord utilisée sous la forme d’une avance (ou d’un prêt) sur l’épargne future ;
  • Epargne continue : la somme globale est utilisée au moment où elle est nécessaire, à partir d’un flux continu d’épargne ;

Les trois peuvent être combinés sous une forme ou une autre (…).

Les vrais constructeurs du bon mariage entre l’épargne et le crédit sont les amis de l’emprunteur qui paient à sa place quand il ne peut rembourser à la bonne date. On dit qu’ils apportent à ce dernier leur « cation mutuelle ». Ils garantissent son prêt.
Plus la différence est grande entre le volume épargné et le volume prêté à un emprunteur, plus les épargnants vont devoir se protéger par ce qu’on appelle des garanties.
Un banquier de la ville, par exemple, demandera à l’emprunteur de mettre ses biens à la disposition de la banque de façon à ce que celle-ci puisse  – en cas de non remboursement – vendre le champ ou la maison de l’emprunteur et récupérer une partie importante de la somme qu’elle a prêtée.
Ces garanties-là sont extrêmement négatives pour l’emprunteur car elles lui font courir un double risque. Le premier risque est celui de ne pas obtenir le résultat positif qu’il espérait avoir de l’emprunt : il n’aura pas de gains. Le deuxième risque est de voir saisir les biens qu’il a été obligé de mettre en garantie. Ainsi un emprunteur, dans le cas où il ne réussit pas, se trouve beaucoup moins en bonne position après avoir emprunté qu’il ne l’était avant. Est-ce que c’est cela que recherche la banque villageoise quand elle prête de l’argent à ses membres?
D’un autre côté, les prêteurs doivent se garantir contre le risque de non-paiement, mais il leur faut chercher des formes de garanties qui ne réduisent pas au désespoir leur ami qui emprunte.
Bien entendu, ces amis-là prennent aussi des risques. Ils vont donc veiller à ce que l’emprunteur ne cherche pas à contracter un prêt d’un volume trop élevé. Ensuite, quand le prêt sera effectivement remis à l’emprunteur, ils vont voir tendance à l’aider à réussir ses remboursements.
Pour que la banque villageoise évite complètement d’avoir à reporter les échéances de ses prêtes, l’organisation de la caution mutuelle doit être soigneusement étudiée.
Par exemple, il n’est pas bon que des maraîchers se cautionnent les uns les autres parce que la si la saison n’a pas été favorable, il est probable que la plupart des maraîchers auront de faibles recettes cette saison-là. On compose les groupes de caution mutuelle pour que l’on y trouve des gens ayant des activités différentes ; ils pourront ainsi prendre moins de risques à couvrir les dettes car ils ne gagent pas leur argent à partir de la même activité (…) ».

(Stuart RUTHERFORD, « Comment les pauvres gèrent leur argent », Karthala, 2002, p. 23, 26, 63)

CAS

Qu’est ce qu’une tontine ?

La tontine est une association financière informelle d’épargne tournante (chaque membre de l’association verse une somme identique et reçoit, à tour de rôle, le montant des cotisations) à motivation sociale d’abord. Les membres appartiennent à une même communauté quelle qu’en soit la caractéristique identitaire, ce qui est source de confiance. Ils se réunissent pour partager un moment amical tout en s’assurant une assistance mutuelle en cas de dépenses imprévues (funérailles, mariage, scolarité, maladie, etc.).

(JANIN, « L’Afrique des idées reçues », COURADE Georges (sous la direction de), Editions Belin, Paris, p. 67)

La tontine […] est merveilleusement transparente : sans registres sophistiqués, ses comptes sont clairs et compris par chaque membre, même illettré. Le système n’implique aucune personne extérieure, personne n’est redevable envers personne, et aucun membre ne profite des difficultés d’un autre membre.

Au fur et à mesure des cycles, les tontines tendent à retenir les membres qui donnent satisfaction et à se défaire de ceux qui ont des difficultés à payer ou qui sont en retard, tout en acceptant de nouveaux membres recommandés par les « bons » participants […] Les gens restent dans les tontines parce qu’ils constatent, tour après tour, que tous les autres observent les règles. La confiance est un processus plus qu’un état. De parfaits étrangers qui se réunissent dans le but précis de former une tontine peuvent établir et maintenir une confiance plus facilement qu’un groupe de personnes aux relations complexes.

(Stuart RUTHERFORD, « Comment les pauvres gèrent leur argent », Karthala, 2002, p.54, 63)

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