CONFIANCE ET ARGENT

Agathe agent S.I., p. 24 (cliquer sur l’image pour l’agrandir)

DEFINITIONS ET USAGES
Sur ces deux éléments reposent qualité et durée de la relation
La confiance est le fondement de toute relation. Elle n’est pas accordée une fois pour toute, elle se construit et se renouvelle  en permanence …. et l’argent apporté peut tout détruire. 

QUE DISENT DES ACTEURS ?
« Si l’on t’appuie, on doit te faire confiance. On ne doit pas mettre en doute. Si l’on te donne avec le doute , c’est déjà un piège : « on va voir s’il peut le faire », pense celui qui dit nous aider ! » (Un paysan, Burkina Faso)
« Sur le plan de la gestion, ils n’hésitent pas à nous faire des critiques. Ils auraient pu, ayant constaté des failles dans notre gestion ou dans nos types d’organisation, tirer  une croix sour nos relations. Mais cela n’a pas eu lieu. Devant telle difficulté n’importe laquelle, ils ont essayé de nous comprendre pour nous orienter dans un sens plus indiqué ». (le Secrétaire d’une OP, parlant d’une ONG, Sénégal)
« L’argent de l’aide, c’est comme la pluie : on ne la voit pas pendant 9 mois et, d’un coup, on en a trop ! Ce qui est rare, c’est d’en obtenir un peu chaque moi, régulièrement » (secrétaire d’une association. Burkina Faso) CONF
Moi, je pense que le vrai problème du développement, c’est la responsabilité. Ce n’est pas recevoir de l’argent d’un groupement, ce n’est pas s’occuper des signatures, ce n’est pas négocier : pour moi, la responsabilité c’est – comment expliquer cela en français – tu es devant un groupe, il faut que tu ressentes le problème du groupe comme tu ressens ton propre problème. C’est cela qui se passe dans une famille. Les membres d’une famille sentent ton problème comme leur problème. C’est très différent dans un groupement que j’appellerais artificiel. Si dans un groupement le président par exemple reçoit quelque chose, s’il détourne quelque chose, il va le donner à sa famille. Mais si il est le président de la famille, il ne peut pas voler sa famille ! Un proverbe mossi dit « On ne se chatouille pas pour rire ». Si je prends l’argent de l’aide en parlant des problèmes du groupement et que finalement je prends cet argent pour résoudre mes propres problèmes, est-ce que je suis responsable ? Est-ce que je suis vraiment un responsable ? Non. Tandis que dans une famille, même s’il va bouffer, il ne prendra pas beaucoup, il ne le peut pas. Un chef de famille même s’il va bouffer, il ne peut pas prendre 500 CFA, bouffer 300 et remettre les 200 qui reste à la famille. Parce que s’il va bouffer, ce sera probablement avec une de ses femmes et cela n’est pas possible : les autres vont le savoir. J’ai connu des présidents d’associations qui bouffent vraiment tout alors que pendant ce temps-là, les gens au village attendent sous le soleil, parce qu’il leur a promis des choses … »
(OUEDRAOGO Baba (BF ),  1998   DPH195)

QU’ECRIVENT DES AGENTS ?
« Appuyer leur gestion  c’est non pas leur fournir un cadre de gestion pensé là-bas, mais voir avec les responsables de chaque organisation ce qu’il convient de faire de manière appropriée et non imposée de l’extérieur ». (un conseiller en gestion, Sénégal)
« La peur de perdre de l’argent , récolté souvent au prix d’efforts importants auprès du public ou des bailleurs de fonds, et les manques de confiance établie à la base, de transparence, de mise au point préalable, conduisent à une exigence, une rigueur et un contrôle externe qui – par certains côtés – s’opposent à la prise en main des projets par le partenaire du Sud » (Haute- Savoie)
Par ailleurs de nombreux partenariats se construisent aujourd’hui à partir de « cofinancements » mélangeant aide publique et aide privée. Ainsi, beaucoup d’organisations d’aide reportent sur leurs « partenaires » les conditions et les procédures qui leurs sont exigées pour obtenir ces financements publics : « Je dis aux ONG du Nord que je voudrais qu’au mois de janvier de chaque année 50% des fonds (prévus, pour cette année, par le contrat) arrivent, puis à mi-parcours 45% et enfin 5% après l’audit. Ils me répondent : « Non, on ne peut pas. Nous avons pas assez avec nos propres fonds, nous devons attendre les virements de notre bailleur ». (le fondateur d’une ONG togolaise, Togo)

QU’ECRIVENT DES AUTEURS ?
« Le capital social, par quoi l’on entend le tissu invisible des relations qui unissent vie des affaires, vie économique et vie politique, est à la base du développement d’un pays. Au niveau le plus élémentaire, cela se ramène à une question de confiance ». (p.107)
L’aide étrangère ne renforce pas le capital social. Elle l’affaiblit. En contrariant les mécanismes de la responsabilité, encourageant la recherche de la rente, détournant les quelques rares talents du marché du travail, supprimant toute pression pour reformer les politiques et les institutions inefficaces, l’aide garantis deux choses : que dans les pays les plus dépendants de l’aide le capital social restera faible et que ces pays eux-mêmes resteront pauvres. Dans le monde où l’aide domine, il n’y a ni besoin ni motivation pour faire cofinance à son voisin ».(p. 108)
(DAMBISA Moyo, »L’aide fatale », JC Lattes ,2009)
« La confiance joue un rôle essentiel dans une économie de marché. Logique : le niveau de l’activité économique dépend des décisions prises par des millions de consommateurs, investisseurs, dirigeants d’entreprise, etc. Le ressenti des uns et des autres peut donc influer fortement sur le niveau de l’activité.(p. 32)
« En résumé, si l’économie fonctionne, c’est que la confiance règne. Ça permet à l’immense majorité des échanges de se faire rapidement, à prix fixe, sans qu’il y ait à négocier longuement. On a là une caractéristique majeure des économies développées, qui les oppose aux sociétés où l’échange marchand est moins régulier ». (p. 33)
« Le marché n’est donc pas un processus abstrait où une offre et une demande désincarnée se rencontrent ; c’est au contraire une construction sociale dont le bon fonctionnement repose sur la confiance mutuelle entre les parties à l’échange, une confiance qu’il revient à la puissance publique de garantir ou de rétablir quand elle disparaît, en assurant la qualité des biens, la sécurité des transactions et la stabilité du système financier, notamment à travers la Banque centrale.
La confiance, enfin, c’est  la confiance dans l’avenir, qui permet à chacun de faire des projets. Ça vaut pour les riches, ça vaut aussi pour les autres : économie développée, c’est une économie où l’ensemble de la population cesse de vivre au jour le jour. Quand cette confiance dans l’avenir s’évanouit, parce que la valeur des actifs dans lesquels l’épargne s’investit devient incertaine, celui qui voulait investir hésite à s’endetter, et celui qui dispose de capitaux hésite à s’en dessaisir ».(p.36
(FREMEAUX Philippe, MATHIEU Gérard, « Petit dictionnaire des mots de la crise »)

UNE ANALYSE
« Les économies de marché impliquent quantité de relations économiques – des échanges. Beaucoup de ces échanges reposent sur la confiance. Un particulier prête à un autre parce qu’il a confiance : il est convaincu qu’il sera remboursé. Pour soutenir la confiance, il y a un système judiciaire. Si les individus ne respectent pas leurs obligations contractuelles, on peut les y contraindre. Si un particulier vole un bien, il peut être traduit en justice. Mais, dans les pays où les économies de marché sont bien assises et les infrastructures institutionnelles adéquates, les individus et les entreprises ne recourent qu’exceptionnellement au procès.
Les économistes appellent souvent «capital social» la «colle forte » qui soude la société. La violence aveugle et le capitalisme mafieux scnt souvent cités comme preuves de l’érosion du capital social. Mais, dans certains pays de l’ex-Union soviétique que j’ai visités, on pouvait voir partout, à plus petite échelle, des manifestations directes de cette érosion. Il ne s’agit pas seulement des méfaits de quelques chefs d’entreprise. C’est presque un vol anarchique de tous par tous. Au Kazakhstan, par exemple, le paysage est parsemé de serres sans vitres, donc inutilisables. Aux premiers jours de la transition, les gens avaient si peu confiance en l’avenir qu’ils ont pris tout ce qu’ils ont pu. Chacun était convaincu que les autres allaient voler les vitres des serres – ce qui mettrait celles-ci hors d’usage (et priverait l’ensemble de la population de ses moyens d’existence Mais, puisqu’on allait de toute façon perdre les serres, il n’était pas absurde, pour chaque individu, de prendre ce qu’il pouvait, même si ce verre ne valait pas grand-chose.(p213)
(STIGLITZ Joseph E., La grande désillusion, Fayard, 2002)

UN CAS
[…] Il est également intéressant de constater qu’aujourd’hui les parents surestiment ce que leurs enfants apprennent à l’école. En Uttar Pradesh, l’Etat le plus peuplé de l’Inde (il serait le sixième pays du monde s’il était indépendant) et l’un des plus pauvres, nous avons d’une part fait passer des tests de lecture aux élèves et, d’autre part, interrogé les parents sur le niveau de connaissance de leurs enfants (1). Parmi les parents dont les enfants ne savaient pas déchiffrer les lettres, un sur six pensait qu’ils lisaient couramment ! Seul tiers des parents avait conscience que leurs enfants ne savaient pas lire. Les connaissances en mathématiques sont encore plus surestimées : parmi les parents des enfants qui ne savaient même pas lire les chiffres, un sur cinq pensait qu’ils étaient capables de faire des divisions.
Cela n’est pas très étonnant : les parents, ne sachant eux-mêmes ni lire ni faire des divisions, ne peuvent vérifier ces compétences directement. Le phénomène de scolarisation massif étant relativement récent, les parents font encore confiance au système éducatif. Puisqu’on leur dit que leurs enfants vont acquérir des connaissances, ils le croient. Mais, nous l’avons vu, ils prêtent aussi attention aux bénéfices apportés par l’instruction. Le jour où ils s’apercevront que leurs enfants apprennent beaucoup moins de choses que ce qu’on leur a promis, il est très possible qu’ils perdent confiance et que les progrès réalisés en termes de scolarisation soient anéantis.
Réduire le coût de l’éducation ne servira pas à grand-chose si les parents n’estiment plus que l’école transmette à leurs enfants un savoir qui a le pouvoir de transformer leur vie future. Il serait à la fois cynique et dangereux de se reposer sur l’ignorance (ou la crédulité) des parents pour poursuivre une politique de scolarisation massive. Améliorer la qualité de l’école est donc une condition essentielle pour conserver la confiance des parents et leur motivation (ainsi que celle des enfants, eux-mêmes futurs parents). L’expérience acquise dans d’autres domaines (en particulier dans celui de la santé) montre que, lorsque la confiance dans le bien-fondé des politiques publiques est perdu, il est très difficile de recouvrer. L’amélioration de la qualité est donc non seulement essentielle, mais urgente. (p.39)

  1. Abhijit Banerjee, RuKmini Banerji, Esther Duflo, Rachel Glennerster et Stuti Khemani, »Pitfalls of Participatory Programs: Evidence from a Randomized Evaluation in Education in India”, document de travail, septembre 2008.Duflo1

OUTILS
1. Six outils pour construire un partenariat durable, outil no 4, fiche 24
2. Aide, c’est pas donné, cahier no 3, fiche 17

Pour télécharger la fiche en format pdf, cliquez ici : Confiance et argent

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s