DEMANDE / OFFRE

Agathe agent S.I., p. 5

DEFINITIONS ET USAGES

Demande d’aide : sollicitation exprimée par celui qui veut être épaulé : « La main qui donne recouvre la main qui reçoit » (Proverbe africain). Le bailleur qui la reçoit la fait entrer dans son programme, la refuse ou la fait modifier.

Offre d’aide : proposition faite par quelqu’un qui souhaite aider

QUE DISENT DES ACTEURS ?

« Premièrement, il faudrait que le besoin soit ressenti par celui qui veut demander l’aide et qu’il exprime, qu’il en fasse la demande lui même, qu’on ne vienne pas lui dire qu’il a besoin de telle chose. Ensuite il faudrait que celui qui veut apporter de l’aide connaisse bien celui à qui il veut apporter de l’aide quelles sont les activités de ce dernier, dans quel domaine l’aide sera investie,. Il faudrait bien le connaître aussi avant d’apporter son aide.

Supposons que l’aide apporte un financement pour que je fasse de l’élevage, celui qui veut apporter cette aide là doit chercher à savoir combien de  moutons j’ ai à élever, quelle expérience j’ai dans ce domaine car il faudrait une expérience préalable avant de recevoir  un appui.

Pour illustrer, je donne mon exemple. Pour démarrer, nous avons commencé avec notre propre élevage, à partir de dix têtes et maintenant, ils en sont à peu près à 150 têtes sans aucune aide. Des gens ont vu leur exemple et ils ont voulu les imiter mais au lieu d’aller avec leurs propres moyens, ils ont demandé l’aide du FED (Fonds Européen de Développement) et, là ,il faut des relations sûres pour bénéficier d’un appui. Ils ont obtenu un financement qui leur a permis d’avoir deux géniteurs et 50 brebis. Après deux ans d’activités, vous allez là-bas et vous ne pouvez pas trouver le troupeau. Ce sont seulement des bâtiments car l’expérience préalable n’y était pas »

(Komaï Safirou, Sokodé, Togo, 2003)

« L’aide extérieure arrive avec ce qu’elle veut faire. Ils viennent dans un village et disent qu’il faut former un groupement de femmes, d’adultes et un groupement de jeunes et ils partent de cela ».

« Chaque fois que quelqu’un de l’administration ou d’un projet vient pour travailler avec les paysans, les villageois ne leur donnent pas leurs idées. Ils attendent qu’on leur propose »

Un fondateur d’OP : » Le conseil que je peux donner à mon enfant bailleur de fonds, c’est que si tu vas dans les groupements ou dans les villages, il faut d’abord essayer de respecter les gens, de les écouter. Tout faire pour comprendre le sens de ce qu’ils veulent et essayer de faire un rapport où ressortent toutes les idées recensées au niveau du village et que cela ne soit pas différent de ce que les gens ont exprimé  » (Niger).

« Certaines ONG viennent nous proposer leurs programmes. On leur dit : « Dans tout ce que vous avez prévu comme priorités, nous ne voyons pas ce qui nous intéresse ; par contre, voici nos priorités à nous ». On discute pour leur faire tenir compte de nos priorités et de choses qui n’ont pas été préparées à l’avance par elles ».

Un membre d’association :  » Nous voulions relancer le jumelage qui végétait. Nous sommes partis à sept délégués, bien motivés. Mais nous avons été surpris. Les responsables là-bas ne savaient pas que demander. Et puis nous avions emporté 3000 crayons (collectés par les écoliers, chez nous) : je me suis senti ridicule avec ce cadeau à distribuer, sans rien connaître de leurs vies !  » (Haute-Savoie).

QUE DISENT DES AGENTS ?

Un animateur : « Il n’y a pas une ONG qui échappe à ceci : toujours leur première question est <qu’est-ce que vous avez comme problèmes ?> On fait la liste de tous les problèmes et après ils disent : <est-ce que vous avez besoin de solutions ?> Et de toutes façons, ils ont déjà la solution à proposer. Ils disent <si vous faites cela, c’est la solution à vos problèmes> et ainsi de suite. On devrait plutôt chercher auprès des paysans comment ils se sont construits, quelles sont leurs forces ? Et après, on cherchera ce qui leur manque « . (Tchad)

Un cadre d’une ONG : « Celui-là n’est pas venu pour aider, mais il est venu avec une idée arrêtée de ce que nous devons faire. Le gâteau fait avec du blé c’est bon, mais si le type est habitué à manger des beignets de mil, il faut l’aider à produire plus de beignets de mil plutôt que de lui dire : <Le gâteau, c’est très nourrissant ; il y a du sucre, ceci et cela>. Cela ne va pas car il faut qu’il ait les moyens de faire ce gâteau, qu’il produise assez de blé pour continuer à manger ce gâteau, qu’il connaisse la technique de fabrication de ce gâteau  » (Tchad)

QU’ECRIVENT DES AUTEURS

Le plus souvent, la demande s’adapte tout simplement à l’offre escomptée. » L’on sait bien, […] que si l’on demande simplement un budget pour mettre en place, par nous-mêmes, une gestion financière fiable du centre de santé, on n’aura rien ; alors que si on dit à l’ONG de nous envoyer des médicaments, on aura un colis dans les semaines qui suivent ». Les populations savent par expérience que les ONG du nord préfèrent donner du matériel que de l’argent. D’un autre côté, les donateurs refusent souvent la critique, partant de l’idée que les bénéficiaires devraient être bien contents de ce qu’on leur donne. Enfin ceux qui reçoivent se sentent le plus souvent obligés de donner des gages de satisfaction pour ne pas froisser, et dans l’espoir d’obtenir une autre fois quelque chose d’utile. […] Pour faire émerger une demande construite et adaptée, il est important de se mettre à l’écoute, de prendre le temps de comprendre ce que l’autre souhaite, sans imposer ses vues.

(Ritimo)

UN CAS

« Partir des situations vécues, au jour le jour, par les gens, même pas de leurs besoins. Les gens viennent nous voir en disant : « Nous vivons telle situation ». On discute alors des possibilités, des hypothèses d’actions qu’on pourrait mettre en place et c’est en fonction de cela que leur programme se définit petit à petit. Nous n’imposons rien, nous ne proposons rien. On chemine avec eux et au fur et à mesure qu’ils trouvent la nécessité de participer, par exemple, à une formation en alphabétisation ou en gestion, alors seulement nous intervenons.

(Joséphine Ndione, fiche DPH)

UN OUTIL

Télécharger la fiche « Aider, c’est pas donné » n° 8 : ACPD-8

Pour télécharger la fiche en format pdf, cliquez ici : Demande et offre

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