ORGANISME LOCAL

Agathe Agent S.I., p. 13

DEFINITIONS ET USAGES

Service public, collectivité ou association du Sud qui met en oeuvre un projet

QUE DISENT DES ACTEURS

Des milliers d’organisations locales

« Nous constatons au Burkina Faso la tendance à la forte « bureaucratisation des villages ». En effet, il existe environ 15.000 associations paysannes, des centaines de milliers de comités de gestion, au moins 1500 associations de développement, 450 ONG nationales et étrangères, 1700 élus locaux, 7 organisations faîtières de producteurs, et bien d’autres réseaux plus ou moins connus, plus ou moins influents. Tous ces acteurs ont pour cibles les populations de base. Très vite sont nées des rivalités et des conflits de leadership, de compétences et d’intérêts au détriment du développement local qui est ce pour quoi toutes ces organisations justifient leur présence ». (Un cadre de l’administration burkinabé, Burkina Faso)

QUE DISENT DES AGENTS ?

« Ici, chacun de son côté évolue sans même savoir ce que fait son voisin, c’est vraiment dans une totale dispersion que chacune des associations mènent leur activité. Il faut se dire que le regroupement est un peu difficile. Dans le monde des ONG et des OP, chacun essaye de maintenir ses acquis et ses relations ».  (Guiro, animateur, Burkina Faso)

« Si dans le village il existe déjà des groupements, des associations, il vaut mieux travailler avec eux et ne pas chercher à créer à tout prix des conseils villageois. » (Idé, animateur nigérien)

« La différence entre appui et création, c’est que les groupements déjà créés sont admis dans la communauté, ils en viennent, ils ont donc une certaine légitimité. Alors que si c’est un projet qui « place » des gens dans son comité cela ne sera ni efficace ni durable ». (Antoine , volontaire au Niger)

QU’ECRIVENT DES AUTEURS ?

Celui qui apporte l’aide (…) veut mobiliser les villageois pour mener à bien son projet. C’est ainsi qu’il est demandé aux populations de s’organiser. Comprenez : s’organiser selon les principes de chacun des agents de l’aide extérieure. Le plus souvent, cela se traduit par un comité de gestion pour chaque activité menée. On trouve ainsi dans un même village, un comité de santé, un comité de gestion de l’eau, un comité de construction de la banque de céréales, un comité du jardin maraîcher, etc. Fleurissent aujourd’hui en Afrique des milliers de pseudo-groupes créés essen-tiellement pour recevoir l’aide, les groupements-minute comme les baptisent les paysans du Mayo Kebbi au Tchad.

(Marie-Christine Gueneau, Bernard J. Lecomte, Les paysans dans les marigots de l’aide. L’Harmattan, p. 63,64)

« Inconsciemment n’a-t-on pas contribué à créer une situation exactement inverse de celle qu’on avait l’intention de générer ? Nos parcelles collectives, nos coopératives, nos comités et autres syndicats répondaient à notre préoccupation de contribuer à un développement pour tous et à renforcer la tradition communautaire des populations andines. Non seulement aucune de nos structures n’a résisté, mais il est à craindre que leur mise en place ait contribué à démanteler la communauté paysanne comme telle ».

(François Greslou, « Le coopérant, missionnaire ou médiateur ? Rencontre de Cultures et Développement dans les Andes : un témoignage », FPH Syros, Paris 1995)

Le travail de Six S nous a appris qu’un dispositif d’aide est plus efficace quand il ne cherche pas à organiser ceux qu’il souhaite épauler ; quand il laisse les petits groupes paysans, anciens et nouveaux, s’entraider ; quand il contribue, par le financement de rencontres, à ce que, petit à petit, ils s’organisent entre eux au sein d’unions locales puis régionales.

(Marie-Christine Gueneau, Bernard J. Lecomte, Les paysans dans les marigots de l’aide. L’Harmattan, p. 76)

« La capacité des organisations de base dépend dans une large mesure de la façon dont elles se sont construites. Elles doivent refléter l’expérience, les capacités et le système de valeurs de leurs membres. Ni leurs structures, ni leurs méthodes ne peuvent être prévues et mises en place selon un schéma uniforme. […] Le développement des organisations de base doit être considéré comme un processus d’apprentissage par tous les partenaires concernés. »

(Milton Esman et Norman T. Uphoff, « Local organizations and rural development : the state of the art », Cornell University, Londres, 1982)

ANALYSES

« Il s’y ajoute le mythe largement répandu d’une Afrique  » naturellement communautaire « , régit par une tradition de consensus. Les diverses formes de développement communautaire posent pourtant de nombreux problèmes. Les sociétés rurales, en Afrique comme ailleurs, sont fortement divisées et connaissent de nombreuses rivalités. Tel ou tel  » comité « , mis en place par un projet de développement, apparaît vite, par une partie des villageois concernés, comme une  » faction  » faisant main basse sur les ressources du projet. […] En fait, toute association, comme tout  » collectif  » n’est jamais qu’une alliance provisoire et instable d’intérêts convergents mais particuliers. »
Jean-Pierre Olivier de Sardan, « Le développement participatif : ni solution miracle, ni complot néolibéral », in Afrique contemporaine, Numéro spécial, 2001

L’expansion des organisations locales ne peut être imputée seulement au retrait du au repositionnement de l’Etat dans le champ du développement. Des transformations sociales ont également eu une influence importante. Au Burkina Faso, comme dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, il y a une modification des élites rurales. Le nombre de paysans scolarisés ou alphabétisés progresse. De nombreux salariés, retraités, travailleurs précaires, chômeurs sont revenus au village. La place de la catégorie des producteurs plus intégrés au marché s’affirme dans le cadre de la différentiation des exploitations qui s’accentue. La majorité souhaite jouer un rôle dans le processus de développement. La crise de l’emploi dans les centres ruraux qu’urbains contribue à cette croissance du mouvement associatif.

Alain Bonnassieux, p. 86

Les deux parties s’étaient plutôt bien habituées, dans les années 60, à ce que ce sens s’exprime quasi uniquement par une politique d’investissements dans des grands équipements publics. Plus tard, s’est ouvert un deuxième champ : celui du progrès des capacités de production de coopératives villageoises et des capacités des services publics (santé, éducation, etc.). Maintenant, les partenaires semblent souhaiter ouvrir un troisième champ : celui de l’appui à des institutions territoriales à partir du niveau local et même parfois de la création de celles-ci. Par institutions, on entend non seulement des entreprises ou des administrations, mais aussi les organisations paysannes, les collectivités locales ou les sociétés de services aux organisations paysannes, etc. Ce troisième champ de coopération intervient dans le changement social, domaine beaucoup plus proche du domaine politique que les deux premiers. Un domaine risqué, pour les agences, pour les Etats sahéliens, pour les organisations paysannes et pour les collectivités locales.

Bernard Lecomte, Organisations Paysannes en Afrique de l’Ouest francophone et efficacité de l’aide, Etat de la question en Afrique de l’Ouest, 2007, p. 50

Schématiquement, quatre catégories d’acteurs sont en relation au niveau d’une zone rurale :

  1. les collectivités locales (dont les élus politiques qui les dirigent);
  2. les organisations paysannes variées, nombreuses, mixtes ou féminines;
  3. les intervenants externes : ONG du Sud ou du Nord, projets d’aide bi ou multilatérale;
  4. les administrations d’autorité ou de service.

Compter sur les ONG, comme certains bailleurs ont entrepris de le faire ? Les agences d’aide sont tentées de troquer sur le terrain l’administration contre le dernier acteur à la mode : les ONG. En lâchant brutalement les sociétés d’Etat et les services publics qu’elles ont longuement et massivement soutenus, elles provoquent volontairement le démantèlement de l’administration publique. Or, en milieu rural, cette dernière a un tout autre rôle que celui des ONG : elle a la mission d’apporter un ensemble de services cohérents, durables et disponibles pour tous les citoyens. Un pêle-mêle d’ONG, plus ou moins concurrentes entre elles et appuyées par des dispositifs d’aide discontinus et anarchiques, ne peut remplacer une administration publique locale même faiblement dotée en ressources. Laisser faire cela serait lâcher la proie pour l’ombre.

Alors, miser sur les collectivités locales ? Depuis le début des années 1990, les politiques de décentralisation offrent aux bailleurs de fonds l’occasion de trouver de nouveaux partenaires au profil attirant. Nombreuses et dispersées, autonomes et plus faciles à influencer que les administrations centrales, pauvres et avides d’équipements, désormais légitimées par des élections locales, les institutions publiques décentralisées présentent en effet d’attrayantes capacités d’absorption d’aide financière et d’assistance technique. Comment maîtriser cet attrait bénéfique et dangereux ?
Enfin, comment feront les Etats centraux pour éviter que ne se développe, entre les collectivités locales, une grande inégalité, fruit des appuis accordés par des intervenants externes agissant le plus souvent en concurrence ? (Marigots)

(Bernard Lecomte, Organisations Paysannes en Afrique de l’Ouest francophone et efficacité de l’aide, Etat de la question en Afrique de l’Ouest, 2007, p. 11-14,15)

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