SE RENCONTRER ICI ET LA-BAS

Agathe agent S.I., p.31

DEFINITIONS ET USAGES

Privilégier le dialogue et les échanges pour se connaître, connaître et se faire connaître.

Une telle attitude, nous situe assez loin des pratiques usuelles. Pratiques centrées sur l’enquête, elle-même focalisée sur « les besoins » survolant voire ignorant l’essentiel : les relations entre groupes, leurs projets, leurs cheminement. Sans oublier que dans les démarches d’enquête (même lorsqu’elles se drapent du label «enquête participative) il y a l’enquêté et l’enquêteur ; et l’enquêteur, toujours pressé, à ses propres compréhensions voire ses propres solutions….

QUE DISENT DES ACTEURS ?

Un leader paysan : « Tout d’abord, comprendre le paysan, essayer de comprendre sa culture, sa façon de parler, son comportement, ses réactions par rapport à tel ou tel propos. » (Sénégal)

Un membre d’association sénégalais : « Au début, notre erreur d’évaluation a été de ne pas bien comprendre les différences ; par ex. de ne pas prendre en compte leur rapport différent au temps, car celui-ci inclut tout le reste. Et puis nous étions pressés. » (Haute-Savoie)

Joseph, association ARAF :  » Beaucoup ne nous connaissent pas vraiment. Quand ils viennent discuter avec une association de paysans qui est là en train de travailler, ils ne peuvent pas se faire une idée de ce qui s’est passé avant pour arriver à ce que l’entente, puis les objectifs communs, soient solides ». » (Sénégal)

Un cadre sénégalais : « Les ONG du Nord connaissent le plus souvent mal les organisations du monde rural parce qu’elles les appréhendent à travers un « étiquetage » (ex: telle filière de production) qui ne correspond pas à la réalité vécue par les paysans. Elles ne gardent pas les organisations paysannes telles qu’elles sont, mais telles qu’elles voudraient qu’elles soient. » (Sénégal)

J’ai l’expérience des organisations féminines, et ce que j’ai vu c’est que souvent il y a des aides qu’on fait et les gens considèrent qu’on leur a donné cela comme cela et ne voient pas l’importance de ce qu’on leur a donné. Tu te dis que si l’argent disparaît, un autre t’aidera. Parfois aussi les gens qui vous encadrent vous trompent en vous donnant de mauvais conseils, parfois même jusqu’à ce que les appareils financés se détériorent. Donc il y a un mauvais encadrement, aussi bien de la part du donateur : on t’a donné comme cela et donc ce n’est pas une valeur que toi-même tu as dû dépenser pour avoir et aussi les gens qui t’encadrent qui n’ont pas non plus beaucoup de considération pour ce qu’on t’a donné.

Quelqu’un qui veut aider, il doit y avoir en face une confiance mutuelle. S’il y a une volonté de travailler ensemble dans le respect de l’un et de l’autre, là il y aura beaucoup de bénéfices. Il faut vraiment un rapport sincère, un rapport de collaboration entre celui qui aide et celui qui est aidé. Il faut que celui qui aide fasse un diagnostic pour savoir exactement pourquoi le bénéficiaire a besoin d’aide. Et celui qu’on aide doit prouver qu’il a besoin d’aide et pourquoi. Sinon, si on donne comme cela l’aide est perdu.

On ne peut pas toujours vivre de l’aide, sinon tu deviens paresseux. Si tu  veux réellement travailler, il vaut mieux qu’on te prête plutôt qu’on te donne. C’est mieux de faire des efforts que de vivre de l’aide.

(Mariam NDAO, Présidente de groupement féminin,(S),2001)

QUE DISENT DES AGENTS ?

Vous avez dit ”réciprocité” ?

« Le modèle régnant et dominant de coopération est très vertical, du Nord au Sud. La possibilité de vivre le processus inverse en venant de la Suisse est une reconnaissance implicite du fait que le Sud a des choses à apporter ; que l’on peut apprendre de nous ; que notre présence ici comme partenaire peut qualifier votre propre travail et votre engagement. »

Marcia Dias, brésilienne, à l’issue d’un séjour en Suisse (revue cooper-action, E-changer, décembre 2005)

« J’interroge des membres de groupes de jeunes Burkinabé sur l’intérêt pour eux de venir en visite au Nord. Ils concluent que s’ils peuvent apporter quelque chose, alors cela vaut la peine qu’ils cherchent des ressources pour venir. Disant cela ils prennent conscience de leur propre valeur. On entre dans un processus de réciprocité. »

Bernard (évaluateur)

Recevoir chez nous et se laisser connaître

Un président d’OP : »Souvent, les gens veulent nous aider mais ils ne veulent pas que nous allions voir là-bas chez eux comment eux agissent et négocient pour nous aider. » (Sénégal)

Un responsable : « Si notre ami béninois n’était pas venu, il n’aurait pas vu comment nous trouvons l’argent par des concerts mais surtout il n’aurait pas connu nos membres et notre contexte. » (Haute-Savoie).

Un autre responsable :  » Nous ne les invitons pas car ils auront trop envie de ne pas retourner chez eux. » (Haute-Savoie).

QU’ECRIVENT DES AUTEURS ?

« Je désirais passionnément observer les productions d’un pays si peu fréquenté et acquérir, par moi-même (« experimentaly »), la connaissance des mœurs et du caractère de ses habitants ».

(Mungo Park)

Quant à la tension entre connaître et agir

« Une difficulté majeure : comment pratiquer [un type] de rapport aux autres, fondé sur l’écoute patiente, la disponibilité constante et la compréhension en profondeur des raisons d’agir, des aspirations spécifiques et des obstacles que les situations vécues leur opposent, quand, dans le même temps, le volontaire se trouve immédiatement requis par les impératifs de l’action, ses résultats obligatoirement tangibles et visibles et ses échéances aussi impératives que rapprochées (les donneurs d’ordre et les bailleurs de fonds l’exigent ; la brièveté du temps disponible pour l’action- deux ans, trois ou plus, pour un volontaire-y oblige). »

Alain Marie , « La coopération et ses paradoxes », Karthala, Paris, 2005, p. 2

Il s’agit plutôt de les écouter, de s’ouvrir à eux, de comprendre leur langage, de les aimer et de faire confiance à leur puissance de pauvre, pour qu’un jour, peut-être, des peuples à venir puissent enfin redécouvrir la joyeuse liberté de la pauvreté.

Téléchargez la fiche en format pdf en cliquant ici : Se rencontrer ici et là-bas


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