Le financement des OP, de leur fédération et des faîtières au Burkina Faso

Sans subvention de l’Etat, comment éviter d’être instrumentalisé par les agences d’aide ?

Source : entretien de Benoît Lecomte avec Karim OuedraogoLECOMTE Benoit. 21 octobre 2002

 1/ Le Burkina a t-il des ressources qui lui permette de s’autosuffire ?

En terme de ressources propres, il ne faut pas qu’on se leurre. Il y a quand même des difficultés majeures. Mais d’une manière globale, quand on prend  les différentes productions, on regarde nos rendements, ça pourrait s’équilibrer. Mais malheureusement il y a tellement de disparités entre régions que ça devient difficile. La zone ouest produit très bien du maïs mais pour des raisons de transport, de voies non praticables, on ne peut pas amener cette production au niveau de la zone qui en a besoin et qui est déficitaire. La question du réseau routier, ça coûte énormément d’argent, et c’est ça qui fait que c’est un peu difficile.

Mais de plus en plus quand même en terme d’action de développement, quand on regarde les 20 dernières années, à travers le type d’actions mises en place, il y a un revirement. Avant tout était financé de l’extérieur, sans aucune contribution au niveau interne, ça commence à changer. Parce qu’il y a ce qu’on appelle les financements propres, et les cotes-parts : voilà ce que le partenaire financier extérieur apporte, voilà ce que la population locale apporte. De plus en plus il y a une réorganisation de toutes les questions de développement à travers une prise en charge des actions de développement par les populations, du point de vue technique mais également du point de vue financier. Ca commence à porter fruit, parce qu’à travers ça il y a une appropriation des actions de développement par ces populations, elles se sentent liées parce qu’on a contribué à financer un bâtiment de santé ou bien une école ou bien un puits, le bailleur de fonds certes a amené mais moi aussi j’ai amené ma contribution. Donc quelque part, ça m’appartient.

2/ Et l’autonomie du mouvement paysan ?

l’autoévaluation fait partie de la préparation à l’autonomie des OP, parce que quand on veut être maître de ses idées, de ses productions, il faut que d’un point de vue financier on ne soit pas dépendants de l’extérieur. Pour peu qu’on partage les mêmes idées il n’y a pas de problème, mais si ce n’est pas le cas, on ne peut pas parler d’autonomie en tant que telle, autonomie en terme de réflexion. Et sinon, quelque part, celui qui finance, c’est ses idées qu’on va essayer de mettre en œuvre avec tous les risques que cela comporte. Donc je crois que c’est là que se situe la faiblesse des OP d’une manière générale au niveau du Burkina, parce qu’il n’y a pas de ressources propres qui permette à ces organisations de pouvoir vivre pour se passer de l’appui extérieur.

Il y a des réflexions qui sont menées actuellement en leur sein sur les ressources propres afin d’éviter une forte dépendance vis-à-vis des ressources extérieures qui permettent le financement des différents plans d’action. La plupart de ces organisations faîtières bien structurées ont leur plan d’action ; et quand on regarde ce que le plan d’action mobilise en terme de financements pour son exécution par rapport aux ressources propres, les disproportions sont énormes.

Mais les OP sont quand même de plus en plus autonomes, et c’est justement l’épine de la plupart de ces mouvements faîtiers-là, financer les plans d’action c’est difficile parce que les financements ne sont que sur la base des cotisations et des frais d’adhésion qui constituent en fait les ressources propres de ces OP. Et comme à l’heure actuelle les OP sont naissantes, ça fait qu’en terme de besoins par rapport aux ressources propres disponibles, le ravin est profond. Donc actuellement, c’est plus les bailleurs de fonds qui accompagnent et quand bien même il y a des ressources propres, même si on prend le cas par de la FENOP pour les Assemblées Générales et autres, il y a quand même une contribution des organisations membres de la FENOP qui participent à la tenue de ces assemblées générales qui, soit dit en passant regroupent beaucoup d’OP, donc ça fait un budget assez important.

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