Les organisations paysannes et la « filière coton » (Burkina Faso)

Source :  BICABA, Pierre. 3 mai 1998

Pierre  Bicaba, président de l’Union Provinciale des Producteurs  de coton et de céréales du Mouhoun :

« L’organisation des  paysans  en filières s’est faite en 1994, dans  le  cadre  du comité de suivi de la rencontre paysanne de Dédougou. A l’origine, il  y  a  une  étude  du  bureau d’études burkinabé  appelé  ARC commanditée  par  l’ONG Six S pour connaître  les  faiblesses  du mouvement paysan au Burkina. Durant 10 ans, Six  S  a  suivi  les relations entre paysans et s’est rendu compte qu’on était toujours au même stade. Il fallait comprendre pourquoi. C’est le Bureau ARC qui  a  mené l’étude. Pendant l’étude, ARC a vu que les  problèmes soulevés étaient différents  selon  l’activité  menée  (élevage, coton…).  Pour discuter des résultats de celle-ci, nous  avons décidé  d’en faire  une affaire nationale  ; on  a  demandé  des financements. On a demandé des fonds à la France, à la  Suisse, à l’ONG  SAARAUD,  à  la Commission nationale de décentralisation… Ils  ont  financé  la  rencontre de 1994. Puis  il  y  a  eu  la restitution des résultats de l’étude. Ceux  qui  font le coton se sont retrouvés à part, ceux  qui font l’élevage,  les mangues…, chacun s’est regroupé pour parler  de ses  problèmes  selon les produits. En 1994,  on  a poursuivi  la réflexion  (à Dédougou il y avait eu une certaine précipitation) avec l’idée de « profession ». Si l’éleveur parle de sa vache et que je  produis  du  coton, je ne vais pas l’écouter. D’où  l’idée  de regroupement par intérêt dès la base. A partir de 1994, il y a  eu une volonté  de mettre en place une structure nationale paysanne pour  continuer à suivre ces problèmes. A partir de là,  le Comité de  suivi  de  Dédougou a été mis en place. Il est  composé  de  5 membres.  En ce temps là on avait recensé au niveau du Burkina  10 filières. Une onzième filière nous avait été recommandée par ARC : la pêche.

Moi,  je  suis le responsable de la filière coton. Quand on s’est quitté  à Dédougou en 1994, le truc est resté lettre morte. C’est quand  le  Comité de suivi a élaboré son budget, son plan d’action et  qu’il  a réuni des financements que les activités ont vraiment démarré,  en janvier    1996. On a reçu le financement en  décembre 1995.  La  filière coton a tenu sa première réunion le 18  janvier 1996.  Ce  jour là, on a mis en place un Comité provisoire  de  la filière  nationale  qui avait pour mandat la mise  en  place  d’un syndicat des professionnels du coton au bout de 18 mois.  En  juin 1997, en principe, cela devait être terminé. Mais le groupe a  été divisé  par  la  société cotonnière, la SOFITEC.  On  était  8  au comité,  maintenant  4 travaillent  avec  la  SOFITEC.

Déjà à l’époque,  ces  quatre-là ne venaient pas et allaient  à  des réunions organisées par la SOFITEC. Selon eux, la SOFITEC doit décider pour les paysans. Ils étaient dans le Comité, sans savoir pourquoi.  Il n’y avait pas eu d’élection. On avait demandé à chaque Province de donner un  représentant pour le Comité.  Peut-être  qu’on  les a désignés  comme ça.  Il y a eu des divisions, lors de la  première rencontre  il manquait un membre. Mais on avait mis  en  place  un Bureau  avec  un  secrétaire et un trésorier.  Quand  celui  qui manquait  est  venu à la réunion suivante, il a  voulu  qu’on  lui donne  la présidence.  Le Comité est resté en  vivotage  jusqu’en avril 1997.

En octobre, ces mêmes gens sont venus au Comité et ont proposé de faire un blocus de la vente du coton. Il y avait eu un problème, la SOFITEC avait donné de mauvais produits, et donc il y a eu une mauvaise récolte. Donc, ils voulaient faire annuler les crédits des producteurs mais nous savions qu’ils avaient participé aux voyages d’études organisés par la SOFITEC. On a refusé leur demande en leur disant que,  puisqu’ils s’entendaient avec la SOFITEC, ils n’avaient qu’à lui demander eux-mêmes l’annulation des crédits. Pour faire le blocus il faut des assemblées des producteurs au niveau de chaque Province qui le décident. Il faut être s¹r qu’aucun groupement ne va vendre. Finalement, on a bloqué les ventes. La SOFITEC a dit  qu’elle pouvait faire des concessions mais pas sur l’annulation des crédits. Elle pouvait prendre en charge la part du crédit des insecticides (70%) car le problème semblait venir de là. Avec la SOFITEC, on a prévu une rencontre avec les responsables des unions départementales de producteurs. Au niveau de la FENOP (Fédération nationale des organisations paysannes), on a choisi un représentant pour la campagne cotonnière. J’ai été désigné pour cela. Avant de partir à la rencontre, j’ai demandé un financement au SAARAUD. Il y a eu discussion avec la SOFITEC qui a donné l’argent après négociation. Des journalistes ont raconté le conflit avec la SOFITEC. La SOFITEC a voulu m’anéantir. Il y a eu des réunions, des rencontres contre moi. J’ai été prévenu. Je suis arrivé à la réunion par surprise… ö

Commentaire : Comment a démarré, au Burkina Faso, l’histoire des filières de production après la rencontre de Dédougou en 1994 et en particulier quels ont été les premiers pas de la filière coton. C’est ce qu’explique le premier président du comité responsable de cette filière au sein de la Fédération FENOP (Fédération Nationale des Associations Paysannes du Burkina). Débuts difficiles, en particulier parce qu’une filière « réfléchie par des paysans » cela n’est pas habituel pour une société d’Etat comme la SOFITEC chargée de la transformation du coton.

 

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