URBANISATION

Agathe chargée de mission C.I. p. 29 (cliquer sur l’image pour l’agrandir)

DEFINITIONS ET USAGES

Le pire des mondes possibles

En 1950 le monde comptait 86 villes, de plus d’un million d’habitants […] ; en 2015 il y en aura au moins 550. Les villes ont en réalité absorbé près de deux titres de l’explosion de la population mondiale depuis 1950, et croissent actuellement au rythme d’un million de naissances ou d’arrivées de migrants chaque semaine. […]

De fait, l’ensemble de la population urbaine de la Chine, de l’Inde et du Brésil égale à peu près celle de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Par son ampleur et sa rapidité, l’urbanisation du tiers monde est pailleurs absolument sans commune mesure avec celle que connut l’Europe victorienne. E 1910, Londres était sept fois plus grande qu’en 1800, mais Dacca, Kinshasa et Lagos sont aujourd’hui environ quarante fois plus grandes qu’en 1950. [p8/9]

Ce référer au tableau « La croissance de la population mondiale ».

Source: ONU, World Urbanization Prospects.,2002

(DAVIS Mike, « Le pire des mondes possibles. De l’explosion urbaine au bidonville global », La Découverte/Poche)

QUE DISENT DES ACTEURS

A Fortaleza,au Brésil,le bidonville de Conjunto Palmeiras

Dona Marinete est une « historique » de la favela. Quand elle est arrivée en 1975 avec son mari, Eliezer, le Conjunto Palmeiras était un no man’s land. Il n’y avait rien à des kilomètres alentour. « Que de la terre et des serpents », aime-t-elle à répéter. Avec son époux, elle a débroussaillé le lot qu’elle avait acheté 400 cruzeiros à la Fondation sociale de la mairie. En échange de la somme qu’elle versait tous les mois pour rembourser sa dette, elle a reçu une feuille dactylographiée. Un titre de propriété qui fixait les conditions de son achat. Le document précisait que le lopin de terre ne pouvait être ni vendu, ni loué, ni prêté ; que les propriétaires devaient être mariés et faire preuve de trente jours au maximum, et que, plus tard, la Fondation sociale de la mairie n’était pas obligée de transmettre la maison et le terrain aux enfants de Marinette, considérée comme une simple « emprunteuse » des lieux.(p52)

Les habitants ont décidé de s’unir dans une association pour revendiquer de meilleures conditions de vie. (…) Lors d’une réunion sous le manguier, et avec l’aide d’un médecin vénézuélien qui venait apporter son soutien au conjunto une fois par semaine, ils ont posé les bases de la crèche communautaire, qui a fonctionné pendant plusieurs années grâce aux bonnes volontés.(p53)

Maria do Socorro Cardoso a commencé à devenir une assidue des rencontressous le manguier. Sa participation était intéressée. Elle craignait de ne pas avoir une place dans la crèche pour ses petits.(…)De fil en aiguille, de réunions en discussions, elle s’est impliquée davantage et a finalement été « embauchée » pour garder les enfants. Les heures n’étaient pas payées, les employées de la crèche vivaient de la solidarité collective.(p54)

Au Brésil, à cette époque, on observe un processus de banalisation de la  misère. Le régime militaire parvient à faire entrer dans la tête des plus démunis qu’il est normal qu’ils soient pauvres et qu’ils vivent dans des conditions indignes. L’absence d’eau saine qui entraîne les épidémies n’apparaît jamais comme un scandale. Juste une fatalité.(p86)

En 1989, nous avions organisé un séminaire : « Habiter l’inhabitable ». Le slogan, écrit au marqueur sur une grande banderole accrochée au mur, reflétait l’ampleur du défi que nous nous proposions de relever. Autour de la longue table, posée sur une estrade, les associations d’habitants du quartier se sont succédées toute la journée à la tribune.Aucune exception n’avait été faite à la liste des intervenants : l’Association des alcooliques anonymes, la Communauté Ecclésiale de Base, les pastorales, les ligues sportives, le club de théâtre, les groupes de femmes et de jeunes, et, bien sûr, la puissante Asmoconp, l’association des habitants du Conjunto Palmeiras(p.143)

QU’ECRIVENT DES AGENTS

QU’ECRIVENT DES AUTEURS

Page 17/18

[…]Certains diraient que l’urbanisation sans industrialisation est l’expression d’un phénomène irréversible, la tendance inhérente au capitalisme technologique à désolidariser croissance de la production et croissance de l’emploi. Mais en Afrique, en Amérique latine, au Moyen-Orient et dans la plupart de l’Asie du Sud, l’urbanisation sans croissance, comme nous le verrons plus tard, est plus sûrement l’héritage d’une conjoncture politique mondiale — la crise de la dette mondiale des années 1970 et la restructuration subséquente des économies du tiers monde selon les directives du FMI — que la conséquence d’une quelconque loi d’airain du progrès technologique.

MIK

Page 152

[…] Les spécialistes de santé publique soulignent combien les habitants des bidonvilles sont affligés d’un double fardeau de maladie. « Les urbains pauvres, écrivent les membres d’une équipe de chercheurs, sont l’interface entre le sous-développement et l’industrialisation, et leurs pathologies reflètent les problèmes liés à ces deux sphères. De la première, ils héritent un lourd fardeau de maladies infectieuses et de malnutrition ; de la seconde, ils héritent la gamme habituelle des maladies chroniques et sociales. ».

Deux  rythmes d’urbanisation

Il faut d’abord comprendre pourquoi  les vllles ont connu une croissance aussi lente au cours de la première moitié de ce siècle. Même s’il existe quelques exceptions, la plupart des mégavilles du Sud ont eu une trajectoire commune : un rythme de croissance relativement lent, voir retardé, suivi d’un passage brutal à un rythme de croissance rapide dans les années 1950 et 1960, avec l’afflux croissant de migrants ruraux dans des bidonvilles périphériques. Au début du XXe siècle, le transfert massif de la pauvreté rurale vers les villes était rendu impossible par l’équivalent économique et politique de l’ancien mur d’enceinte : de vastes pans de la population agraire se voyaient refuser non seulement l’entrée dans la ville, mais encore, et c’est plus important, l’accès à une citoyenneté urbaine pleine et entière.

L’une des barrières principales fut, bien sûr, le colonialisme européen qui, dans sa forme la plus extrême des villes coloniales britanniques d’Afrique de l’Est et du Sud, refusait aux populations indigènes le droit de posséder des terrains urbains et de résider en ville de façon permanente. [p54]

Aujourd’hui , loin du stéréotype classique de campagnes à travail intensif et de métropoles industrielles à capital intensif, le tiers monde compte de nombreux exemples de campagnes à capital intensif et de ville désindustrialisées à capital extensif. En d’autres termes, cela signifie que le moteur de la « sururbanisation » est la reproduction de la pauvreté, et non la création d’emplois. […]

Les forces mondiales qui « poussent » les gens à quitter la campagne – mécanisation de l’agriculture à Java et en Inde, importations alimentaires au Mexique, en Haïti et au Kenya, guerres civiles et sécheresses en Afrique, et partout consolidation de petites holdings en grandes holdings et concurrence entre groupes agroalimentaires industriels – semblent alimenter l’urbanisation , même lorsque le « pouvoir d’attraction » de la ville est drastiquement affaibli par la dette et la récession économique. En conséquence de quoi une croissance urbaine rapide dans le contexte d’ajustements structurels, de dévaluation monétaire et de retrait de l’Etat a toujours fonctionné comme une implacable machine à produire des bidonvilles.(p20)

(DAVIS Mike, « Le pire des mondes possibles. De l’explosion urbaine au bidonville global », La Découverte/Poche)

UNE ANALYSE

L’urbanisation pirate

Le développement périphérique des zones urbaines du tiers monde prend deux formes principales : les camps de squatteurs et – pour reprendre l’expression colombienne évocatrice – les « urbanizaciones piratas ». Les uns comme les autres donnent naissance à des paysages de « bidonvilles » avec d’importantes proportions de logements construits par des habitants eux-mêmes et pauvres en infrastructures. […]

La plupart des communautés de squatteurs sont cependant le résultat de ce que le sociologue Asef Bayat, parlant de Téhéran et du Caire, a appelé le « tranquille empiètement de l’ordinaire » : l’infiltration pacifique, à petite échelle, dans des sites marginaux ou interstitiels. Contrairement au « mode brechtien de lutte et de résistance de classe » des pauvres paysans – dont James Scott a parlé dans ses «études célèbres -, ces combats des pauvres urbains ne sont pas, selon Bayat, « simplement défensifs, mais subrepticement offensifs », dans la mesure où ils visent inlassablement à étendre l’espace de survie et les droits des exclus. Ce genre d’empiètement, comme nous le verrons dans le chapitre suivant, s’opère fréquemment à la faveur d’une occasion favorable à l’occupation des terres, par exemple une élection serrée, une catastrophe naturelle, un coup d’Etat ou une révolution. [p40/41]

(DAVIS Mike, « Le pire des mondes possibles. De l’explosion urbaine au bidonville global », La Découverte/Poche)

UN CAS

Le Conjunto Palmeiras est un vaste terrain vague en cuvette où la mairie de Fortaleza a relogé de force, fin 1973, des familles qu’elle jugeait indésirables dans le centre-ville. Pendant que les hôtels flambant neuf pour touristes du monde entier se construisaient face aux plages de sable fin de l’Atlantique, les habitants les plus pauvres étaient expulsés de la côte et relogés à 20 kilomètres du centre.

Les exilés – environs 1 500 familles- ont acheté pour une modeste somme un petit lopin de terre avec l’espoir d’une vie meilleure (p45)

Très vite, les premiers habitants ont été rejoints par les exilés de l’intérieur, le Sertao. Le Nordeste est une des régions les plus pauvres du Brésil. A chaque catastrophe climatique, les retirantes, paysans chassés de l’intérieur nordestin par la faim et la soif, viennent grossir les favelas de Forteleza.[ p.46]

En ce jour d’octobre 2007, le Conjunto Palmeiras devient, par décret, un bairro comme les autres, inscrit dans la ville et ses registres Ce statut nous offre de nouvelles possibilités de développement. Sans existence administrative, nous étions également sans statistiques officielles. Maintenant que nous sommes un quartier, nous auront des données tangibles comme les autres parties de la ville, qui nous permettrons d’aller plus loin notre autonomie.( p.275)

(MELO Joaquim, « Viva Favela ! Quand les démunis prennent leur destin en main », Michel Lafond, 2009)

Télécharger la fiche en cliquant iciUrbanisation

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s